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Notre-Dame, bien aimée

Notre-Dame, bien aimée

16 avril 2019 | PAR La Rédaction

Evidemment abasourdie par l’incendie de ce 15 avril 2019, la Rédaction partage ses émotions, souvenirs et aussi les témoignages qui lui sont venus du monde entier sur la Cathédrale de Paris. 

« Près de Notre-Dame, parfois court un drame / Oui mais à Paname, Tout peut s’arranger ». « Sous le ciel de Paris », il y a les cendres ce mois d’avril parisien un peu frais. Je suis née à Paris et ai grandi avec elle et pourtant, je crois que j’ai toujours été intimidée par Notre-Dame. Peut-être comme beaucoup à cause de Victor Hugo, de l’évocation de ce grand animal vibrant. Peut-être parce qu’elle était massive et sombre quand j’étais petite. Peut-être aussi à cause des longues files, des touristes rangés devant, de l’animation constante qui jurait avec la pierre et la hauteur. Peut-être enfin parce que je n’entrais pas dans les églises, sauf peut-être hors de Paris quand nous visitions en famille les châteaux de la Loire ou descendions dans le Sud-Ouest. Un bâtiment de 8 siècles quand je n’avais même pas trace du lieu où habitait ma famille quand Hugo a écrit son roman, c’était presque vertigineux. Il a fallu l’adolescence, la découverte de la musique baroque, quelques cours pris non loin, le mythe de la vie estudiantine rive gauche, la découverte de la plaque devant l’immeuble où habitait Jankélévitch, l’ébahissement devant le petit toit kitsch des toilettes du parcs derrière Notre-Dame et le coup de glace et de froid de découvrir le mémorial « à tous les déportés » de France derrière le bâtiment pour que je m’approprie un peu Notre-Dame.  Il a fallu aussi la nuit, voluptueuse et l’impression d’avoir la grande dame pour soi vers les trois heures du matin en novembre, pour que les gargouilles, les pierres, l’esplanade immense me deviennent familiers. Depuis, c’était un point fixe, plus du tout intimidant, mais rassurant, que j’aimais provoquer des yeux, de tous les toits Paris, ou encore en traversant la Seine à pied. Dimanche dernier accompagnant un ami Suisse vers une rétrospective Agnès Varda, j’ai dit mi-ironique : « Faisons les touristes, passons devant Notre-Dame ». Comme nous avons eu raison. Je ne sais pas encore si j’aurais à nouveau le cœur de faire la touriste dès aujourd’hui. Yaël. 

« Notre-Dame de Paris, c’est d’abord pour moi un souvenir de cinéma. Je ne suis pas parisien. Je suis lillois. Je ne découvrirai Notre-Dame de mes propres yeux qu’aux alentours de 14-15 ans. Elle fut d’abord pour moi un émerveillement de cinéma. Je la découvre au Ciné-Club de Claude-Jean Philippe, ou au Cinéma de Minuit de Patrick Brion, dans le sublime film de William Dieterle Quasimodo (1939 – The Hunchback of Notre Dame). Je dois avoir 8 ans. J’ai pris la mauvaise habitude de me lever la nuit, quand mes parents dorment, pour voir des bijoux de cinéma, diffusés tardivement. Je n’ai pas encore lu le roman de Victor Hugo. Je suis abasourdi par la force de la mise en scène. Charles Laughton est époustouflant sous son maquillage. Je tombe amoureux d’Esméralda (Maureen O’Hara). Surtout les décors du film me sidèrent. Quelle reconstitution de Notre-Dame ! Elle est tour à tour majestueuse et inquiétante (l’expressionnisme allemand n’est pas loin). Je suis emporté par la force des personnages, des situations, du souffle romanesque. Notre-Dame est un personnage capital, central du film. Quasimodo est l’un des films qui m’a fait aimer le cinéma. Un classique qui m’ouvre la voie à la littérature aussi, me donne l’accès au chef-d’œuvre de Hugo. Et me donne l’envie, bien sûr, de voir Notre-Dame de Paris, pour de vrai, dès que j’ai la possibilité (assez tardive, donc) de le faire. Loin des décors reconstitués du cinéma. Ce jour-là, une autre magie est apparue sous mes yeux. » Grégory Marouzé

« Notre Dame c’est d’abord, adolescente, le roman d’Hugo avalé en quelques jours. C’est ensuite une blessure, celle de la sculpture de La synagogue aux yeux bandés, qui n’est pas tombée hier, signe de l’ancrage de l’antijudaïsme  chrétien. C’est également une chanson chantée à tue-tête dans mon jeune âge. C’est un acte politique qui voit le patrimoine être délaissé au point de le jouer au loto. Depuis hier, c’est un crève cœur. Et en voisine de la belle, ce matin j’étais surprise de la voir debout, presque heureuse, puis, je me suis souvenue de ce que « décor de façade » voulait dire. »Amélie

« Bien avant le système GPS et les systèmes de navigation, les panneaux routiers qui quadrillaient le réseau routier consistaient les seules balises permettant à  l’automobiliste de se repérer dans l’espace et en pensée sur une carte imaginaire. Cette carte avait un centre, un pôle. Notre Dame de Paris était et est toujours le pôle pour chaque boussole de celui qui voyage sur le système routier en France et en Europe. La distance inscrite sur les panneaux indiquant la direction de Paris, sur les balises blanches et rouges, cette distante calculée entre chaque point du globe et Paris est mesurée à partir de la Cathédrale. Ainsi, partout sur terre la capitale de la France a une adresse, l’adresse de la France elle même, et cette adresse est la Cathédrale Notre Dame de Paris. Car elle est le monument intemporel et aussi éternel. Cette nuit, nous avons tous cru perdre la boussole. » David 

« Notre-Dame de Paris s’est d’abord dévoilée à moi au fil du roman de Victor Hugo. Une belle entrée en matière pour celle qui me livra toutes ses secrets quelques années plus tard, lors de mes études à l’École du Louvre. Que de fois j’ai déambulé en son sein, admiré ses trésors et plongé dans les siècles de son histoire ! Aujourd’hui mutilée, je sais que je te contemplerai de nouveau car, tel le phénix, tu renaîtras de tes cendres ! Je vous salue Notre-Dame ! » Magali Sautreuil

« Cette grande Dame qui est la Notre, au regard bienveillant pour chacun d’entre nous, trônant et majestueuse sans pour autant être dédaigneuse qui, sous un mal incendiaire s’est écroulée dans la nuit… Les larmes continuent de me serrer la gorge au souvenirs de ces images que l’on croirait tout droit sorties d’un film catastrophe. Combien de fois, moi qui ne suis pas parisienne, suis-je venue à Paname contempler cette belle Dame ? Combien de fois – avec regrets aujourd’hui – ne suis-je pas rentrée face à la queue sans fin qui se faisait à son entrée ? Combien de fois aussi ai-je admiré ces vitraux et cette bâtisse, ces toits à l’histoire chargée sur lesquels glissait dans mon imagination le fameux bossu ? Combien de fois encore ai-je foulé son parvis ? La dernière fois, c’était aux bras de ma future épouse, durant une nuit froide, mais le cœur réchauffé par l’instant et ce sentiment de bien-être que je ressentais devant Notre Dame, cette belle Dame que l’on croyait tous à tort invincible, toujours debout malgré le temps, les révolutions, les guerres et la folie de l’Homme… Pourtant, la voilà fumée, souvenirs et cendres, et sa flèche, en tombant, s’est écroulé en plein cœur, celui de tout le monde, le mien compris, battant au rythme des morceaux de toiture tombant. La douleur ressentie hier soir et cette nuit n’a pas de mot, n’a pas de nom. Pourtant, malgré son superbe chapeau disparu, Notre Dame est toujours là, et je ne doute pas que, chacun, nous apporterons notre pierre à cet édifice qui est bien plus que cela : notre Dame. Une Dame qui fait définitivement partie de ma famille. Et on n’abandonne pas sa famille. Avec l’ardent désir de la serrer dans mes bras comme on le ferait avec un âtre cher, j’attends donc notre prochaine réunion en continuant d’admirer sa grandeur et sa persévérance, cicatrice au cœur, car malgré tout, la Dame est encore debout, et je ne doute pas qu’elle continuera de surplomber Paris et l’ensemble du pays durant bien des siècles à venir, renaissant de ses cendres, ces mêmes cendres que nous pleurons aujourd’hui… « Elodie Martinez

« Paris brûle-t-il ? me demandais-je hier soir, émue autant par les flammes que par cet élan sentimental d’une foule cosmopolite, bigarrée, de toutes confessions, rassemblée comme pour un dernier hommage et pour partager le frisson terrible : et si elle s’écroulait complètement ? Angoisse au réveil, et si c’était vrai ? Soulagement relatif : elle est encore là. Et pour des siècles espérons-le, même si je ne sais pas quand j’oserai pour ma part lui rendre de nouveau visite, comme à une endeuillée. Distorsion des temps : comprendre qu’on ne la reverra peut-être jamais entière de son vivant, mais que nos enfants si. Nous voici revenus au temps des cathédrales. » Géraldine

« Les yeux levés vers le Ciel, les coeurs animés par la Foi, Notre Dame tu a été, et Notre Dame tu seras ! » Pulcherry

« Notre Dame de Paris

En Pologne, les spectacles débutent à 19h. C’est dans les coulisses des théâtres que les artistes ont été les premiers à découvrir les images de la catastrophe qui a frappé le Lundi Saint Notre Dame de Paris. Et c’est à la sortie des représentations qu’elles ont commencé à circuler chez les spectateurs. Déjà les chaînes de télévision et de radio avaient interrompu leurs programmes pour diffuser en continu les vues de la cathédrale en flamme et les journaux d’aujourd’hui les publient en première page.

Notre-Dame de Paris, pour les Polonais, c’est un symbole presque aussi puissant que pour les Français. Longtemps, au XIXe siècle surtout, Paris a été le siège principal de l’émigration polonaise survenue avec la main mise des tsars de Russie sur le royaume de Pologne en partie reconstitué. Il n’y a qu’à signaler les noms d’Adam Mickiewicz, de Cyprian Norwid, d’Adam Czartoryski et bien sûr de Chopin, tous résidant à Paris, pour comprendre la place que la capitale française tient dans le coeur des Polonais. Et cela s’est poursuivi tout au long du XXe siècle, jusqu’à l’époque tout récente de l’état de guerre institué en 1981 en Pologne au cours duquel de nombreux Polonais ont trouvé refuge en France.
Notre-Dame de Paris, c’est surtout un haut lieu de la spiritualité chrétienne qui compte infiniment dans la très catholique Pologne et un monument incontournable pour les visiteurs. C’est là que les croyants vont s’incliner devant la Couronne d’épines. Ce sont aussi les souvenirs de lecture du roman de Victor Hugo pour les écoliers ou étudiants polonais. C’est encore la comédie musicale inspirée par le roman, jamais représentée à Varsovie, mais qui a été vue par de très nombreux spectateurs au Théâtre musical de Gdynia où le succès l’a maintenue à l’affiche durant de nombreuses années. »Raphaël de Gubernatis

« Notre Dame… Je l’ai vue la première fois un peu avant mes 10 ans, ma mère m’avait emmenée du Mans à paris quelques jours avant mon anniversaire. Tour Eiffel, bateaux mouches… Et Notre Dame m’est apparue derrière un pont, alors que nous étions sur les bateaux mouches. Depuis, j’habite paris et je fais souvent des détours d’hôtel de ville à St Michel, pour la longer. Pourtant, «trop de monde », « une autre fois »… je ne suis jamais rentrée dans Notre Dame de Paris. Je l’ai vue ce soir-là en sortant d’un cours à Micadanse, il était 20 heures, et je me suis glissée dans la foule Pont Marie, la flèche était déjà tombée. C’était le lundi de la semaine Sainte 2019, c’était hier. » Annabelle Ambler

 

« Chère Notre-Dame,

Les mots me manquaient hier alors que je voyais les flammes te ronger. Mes Maîtres m’ont appris que la plume pouvait tant être une arme qu’une larme. Aussi, chaque fois que le drame survient sur mon chemin je noircis ainsi des pages de mes larmes. Souvent je les garde pour moi, mais aujourd’hui, me prend l’envie de les partager.

(…)

Chère Notre-Dame, je n’ai jamais prié sur tes bancs, mais par l’art que tu renfermais et la musique que tu accueillais, j’ai communié. Je me souviens en tes murs avoir pleuré sur le Lacrimosa du Requiem de Mozart (un souvenir mémorable avec la Maîtrise de Notre-Dame) et m’être sentie si petite alors que sonnait celui de Berlioz sous les doigts du Philharmonique. Et les ondes puissantes de ton orgue mythique qui, m’ont tant de fois faite chavirée. Me reviennent en mémoire les accords tonitruants de cette célèbre Toccata et Fugue de Bach à en faire pâlir tes rosaces ». Marie-Charlotte Mallard

La suite du texte, sur la page facebook de Marie-Charlotte Mallard.

Visuel : ©Annabelle 

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