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Le cendres de Notre-Dame, une brûlure interculturelle !

Le cendres de Notre-Dame, une brûlure interculturelle !

16 avril 2019 | PAR La Rédaction

Paris se réveille ce matin avec la bouche pâteuse et la gueule en bois brûlé. Notre-Dame de Paris, monument religieux qui transcende sa fonction n’est presque plus. Retour sur les réactions et les enjeux d’une reconstruction.

Par Amélie Blaustein-Niddam et Pierre-Lou Quillard

La violence du sinistre

Il est presque 19h00 ce lundi 15 avril, qui restera à jamais gravé dans notre mémoire comme « le jour où Notre-Dame brûla », quand un départ d’incendie est constaté dans les combles du monument historique le plus visité d’Europe. Cette partie de la cathédrale est en travaux. Ironie du sort, un chantier colossal sur les dix prochaines années devait permettre de restaurer une partie de la toiture et la flèche de la Dame de Pierre. Les travaux de la seule flèche, estimés à 11 millions d’euros, devaient durer quatre ans. En avril 2018 avait été dressé un immense échafaudage de métal autour de la toiture et de l’édifice. Le lieu est rapidement évacué et le périmètre sécurisé pour permettre aux secours d’intervenir sur la construction qui s’embrase rapidement. Heureusement, pas de blessés ni de victimes civiles à déplorer. Un soldat du feu a cependant été gravement blessé. 

La charpente en bois du XIII ème part en fumée avec la quasi-totalité de la toiture de la nef, du cœur et du transept de l’édifice. « Les deux tiers de la toiture de Notre-Dame ont été ravagés », a précisé le général Jean-Claude Gallet, commandant de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Evènement marquant de cette tragédie suivie en direct par tous les médias, la flèche néo-gothique de Violet-le-Duc (XIXème) s’est effondrée un peu avant 20h00, laissant un trou béant dans la voûte, au-dessus du cœur. 

 

On a sauvé les murs ! 

Si le bilan humain est rassurant un pompier blessé gravement et deux policiers également touchés mais aucun civil inquiété, les dégâts matériaux sont considérables. Quelques consolations tout de même. Les tours et la façade de l’édifice ont pu être préservés. Les œuvres et reliques du Trésor de Notre-Dame ont pu être mises à l’abri et les grandes peintures qui ont été endommagées par les fumées de l’incendie devraient prochainement être transférées au musée du Louvre pour restauration. Les vitraux des grandes roses ne semblent pas avoir subi de dommages trop importants et les vitraux qui ont explosé sont plutôt des ouvrages plus récents, datant des rénovations du XIXème siècle. Au centre du cœur, la croix et certains éléments de l’autel ont été épargnés. 

 

Après les flammes, le déluge !

Si le feu fût évidemment le premier destructeur, il fût maîtrisé aux environs de 3h45, cette nuit. Cependant, les soldats du feu ont continué à noyer l’édifice pendant plusieurs heures, afin de le refroidir, en puisant directement de l’eau de la Seine, sa voisine. Le combat pour la préservation de l’édifice ne fais que commencer comme le rappellent les historiens et conservateurs du patrimoines invités dans les matinales, ce mardi. L’eau a infiltré la roche. Il va falloir identifier les vulnérabilités de l’édifice en pierre de taille qui mettra plusieurs semaines à sécher. De même, pour les œuvres et trésors épargnés par les flammes. « L’orgue est manifestement assez atteint, les grands tableaux, a priori, ont des dégâts liés à l’eau. Il faudra les restaurer », a déclaré ce matin sur France Inter le ministre de la Culture Franck Riester. 

 

Notre cœur en cendres

Au-delà de l’aspect matériel, c’est évidemment toute la symbolique de ce haut lieu qui a vu naître Paris, qui a résisté au temps, à la Révolution, aux guerres mondiales, qui est atteinte en son cœur. Depuis cette nuit affluent les hommages à la Dame de Pierre depuis le monde entier. L’occasion de se rappeler les nombreuses œuvres qui l’ont célébrée, racontée, chantée, dessinée…

Des Odelettes de Robert de Nerval à Charles Péguy, en passant par Théophile Gaultier voyait en elle la preuve la Création : « Monde de poésie, en ce monde de prose, À ta vue, on se sent battre au cœur quelque chose ; L’on est pieux et plein de foi!», la cathédrale est bien plus qu’un décor romanesque. Elle apparaît, en 1831 au cœur de l’intrigue des Proscrits d’Honoré de Balzac. Notre-Dame de Paris est évidemment personnifiée la même année dans son roman éponyme de Victor Hugo (1831), monument (lui aussi) de la littérature française. Un appel de Victor Hugo pour sa restauration puisque l’édifice en 1831 était déjà menacé, dans un état de délabrement avancé. Roman iconique, il est adapté une douzaine de fois au cinéma, notamment par Jean Epstein en 1931. Le Bossu de Notre-Dame des studios Walt Disney (1996) s’en inspirent librement.  Deux années plus tard est jouée la première au Palais des congrès de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, composée par Richard Cocciante. Garou, Hélène Ségara, Patrick Fiori chantent « Belle » devant des salles combles. Succès populaire qui fit le tour du monde : le spectacle est joué dans 20 pays, adapté en 9 langues, avec plus de 5000 représentations. Mais avant eux, des grands noms de la chanson française comme Edith Piaf et Léo Ferré l’avaient déjà célébrée.

C’est incontestable, Notre-Dame touche au-delà des confessions, au-delà des frontières et fut au cœur des inspirations.  C’est un symbole et un personnage de notre histoire qui irrigue nos représentations collectives depuis des siècles. Un monument qui touche toutes les tranches d’âge, de la culture. Mêmes les joueurs ont pu se l’approprier au travers de divers jeux-vidéos dont Assassin’s Creed Unity (2014) qui a travaillé deux ans sur une modélisation en trois dimensions de l’édifice, à l’époque de la Révolution Française. 

 

« Nous rebâtirons Notre-Dame » (Emmanuel Macron)

Alors que le Président de la République, Emmanuel Macron, annonçait sur le parvis de Notre-Dame, hier soir, la mise en place d’une souscription nationale pour rebâtir ce patrimoine inestimable, des propositions de dons ont afflué de toutes parts. Très vite, la famille Pinault a annoncé un don exceptionnel de 100 millions d’euros pour la reconstruction tandis que la famille Arnault à la tête du groupe LVMH en promet deux fois plus. 200 millions aussi promis par les Bettancourt et L’Oréal. On serait déjà à plus de 500 millions de dons rien que pour les fortunes françaises. « Les sommes affluent, j’ai plus de mal à sauver nos églises de campagne et notre patrimoine local » a annoncé Stéphane Berne ce matin au micro de France Inter. Anne Hidalgo a quant à elle promis une enveloppe de 50 millions de la Mairie de Paris. Plusieurs plateformes de collectes de dons et cagnottes ont déjà été lancées en ligne. Le gouvernement a lancé mardi une « collecte nationale » sur un site hébergé par le ministère de la Culture et le centre des monuments nationaux. De son côté, l’Unesco annonce se tenir aux « côtés de la France pour sauvegarder et réhabiliter ce patrimoine inestimable », inscrit à son patrimoine mondial, selon les mots de sa directrice générale, l’ancienne ministre française de la Culture Audrey Azoulay.

Cependant, il apparaît évident que le coût réel des restaurations est encore difficile à évaluer et que les sommes évoquées à l’heure actuelle seront plus qu’insuffisantes. 

Combien d’années seront nécessaires à la restauration de ce cœur historique de Paris comme de l’Histoire française ? Nul ne le sait encore. Le président de la République a annoncé vouloir terminer les travaux d’ici 5 années, sans doute l’échéance des JO 2024 qu’il n’a pas mentionné. Est-ce bien réaliste ? 

Consolons-nous en nous rappelant que ce monument à tellement été étudié par les architectes, scanné par les conservateurs du patrimoine qu’il pourra être reconstruit à l’identique et que la France dispose de compagnons tailleurs de pierres et charpentiers qualifiés qui œuvres déjà à la restauration des monuments du patrimoine français. 

En attendant, on ne pouvait résister à ces quelques vers d’Aragon, repris dans tous les médias depuis ce matin,

« Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine 
Ignore ce que c’est que ce déchirement 
Quand prise sur le fait la nuit qui se dément 
Se défend se défait les yeux rouges obscène 
Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant. » 

Le Paysan de Paris chante, Louis Aragon

 

Visuel :©Manon

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