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Marie Richeux: «L’inverse du mépris. L’élévation».

Marie Richeux: «L’inverse du mépris. L’élévation».

13 novembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

A l’occasion des deux ans du Bataclan, le chanteur Babx a pris les rênes de la rédaction. Il sera sur la scène de la Cigale le 27 novembre pour présenter Ascensions, son dernier album. Sa direction a été claire : interroger la notion de relève dans le monde culturel.

Être journaliste, c’est observer, encore et toujours, le monde dans lequel nous vivons. Une telle observation entraîne forcément son lot de dégoût, de rage et de sentiment d’injustice – de chutes, survenues comme par surprise, au détour d’une révélation ou d’un nouveau scandale. De ces chutes, Marie Richeux, productrice et animatrice radiophonique à France Culture, a choisi de se relever en faisant un maximum de bruit, optant pour le militantisme comme arme et la culture comme champ de bataille.

Depuis quelques années la culture a dû apprendre à accepter la présence d’une nouvelle meilleure amie prénommée Relève, apparue là comme une nécessité pas vraiment désirée. Parce qu’il en va du rôle des artistes de nous apprendre à nous relever après un évènement marquant, voire traumatisant, un attentat, un scandale, l’annonce d’une maladie, une révélation brutale.

Alors parlons de révélations. Pas de celles qui rythment notre quotidien, comme l’emplacement d’une clé que l’on croyait perdue mais de celles qui bouleversent notre vision du monde, nous ouvrent les yeux, entraînent avec elles un petit bout de ce que nous étions auparavant. Peut-être une telle révélation viendra-t-elle de la lecture d’un article, d’un essai, d’un roman, du visionnage d’un film, de l’écoute d’une émission radiophonique. Un beau jour nous voilà devant un exemplaire un peu poussiéreux d’Orientalisme ou de Trouble dans le genre et tout d’un coup le regard que nous portions sur le monde s’en retrouve brutalement chamboulé. Le voile se lève, une facette du monde que l’on pensait si bien connaître nous apparaît pour la première fois et sa lumière est si forte qu’elle en devient douloureuse. Peut-être cette révélation sera celle des inégalités dont notre société dépend pour survivre, du sacrifice de beaucoup effectué le plus souvent dans l’ignorance de tous les autres. Une fois cette révélation effectuée arrive l’horrible question: et maintenant? Comment vivre avec, comment s’en relever?

Marie Richeux, productrice et animatrice radiophonique pour France Culture, a peut-être trouvé la réponse. Elle passe son temps à observer le monde actuel et le bilan qu’elle en a tiré n’est ni rose, ni mignon, ni rassurant. Depuis l’été 2010 elle anime et produit sur France Culture des émissions radiophoniques dans le but de décrypter l’actualité culturelle, s’entourant de nombreux artistes dont le travail questionne l’état du monde. Il y a, d’abord, Pas la peine de crier, une émission quotidienne axée sur la littérature. Puis à partir de septembre 2014 Les Nouvelles Vagues, qui lui permet d’aborder et d’explorer un thème par semaine: le passé, l’expérience, l’enfant, la ligne. Aujourd’hui, Marie Richeux anime et produit Par les temps qui courent, où elle reçoit chaque soir un ou une artiste dont l’œuvre permet le dialogue avec notre époque. On y retrouve le chorégraphe Boris Charmatz, la plasticienne Tania Mouraud, la cinéaste Mariana Otero, l’écrivain Eka Kurniawan… la liste est longue. On y parle écologie, féminisme, langage, amour et terrorisme. Le tout dans le but de comprendre et de mettre en avant cette capacité que possède la culture à se faire arme contre la haine, à se faire moyen de relève après le coup porté par l’observation de ce monde qui est le nôtre.

Parce que la culture, c’est déjà bien, mais lorsqu’elle est militante c’est encore mieux. Marie Richeux sait que, quand il s’agit d’égalité, rien n’est donné, tout est acquis durement et cela après de longues années de détermination et de combat. Son militantisme, elle l’affiche fièrement et sans relâche. Dans le choix des artistes qu’elle invite, d’abord, ceux qui posent un regard critique sur l’Histoire, ceux qui rendent hommage à ses victimes, ceux qui rêvent de et défendent un futur meilleur. Dans les œuvres qu’elle écrit et publie, ensuite, deux romans et un recueil à ce jour, où résonnent ici et là quelques notes transpirant une colère contenue, celle-là même née de sa constante observation du monde et des révélations qui en ont résultées. «Elle me raconterait l’histoire autrement et me consolerait, peut-être, de n’avoir à entendre que si peu de voix de femmes. A Alger, à Paris, sur le chantier de Meudon-La-Forêt, au ministère du Logement, dans les bureaux de l’architecte, leurs voix me manquent», écrit-elle dans son roman le plus récent, Climats de France, paru aux éditions Sabine Wespieser en août dernier.

Face à l’horreur, face à la désolation provoquée par nos multiples révélations il faut, bien sûr, se relever encore et toujours – mais se relever en criant, le poing brandi, pour espérer faire une différence.

 

Visuel: capture d’écran YouTube

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Sarah Reiffers

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