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Designated Survivor: une Amérique affaiblie face à un attentat terroriste

Designated Survivor: une Amérique affaiblie face à un attentat terroriste

13 novembre 2017 | PAR Donia Ismail

A l’occasion des deux ans du Bataclan, le chanteur Babx a pris les rênes de la rédaction. Il sera sur la scène de la Cigale le 27 novembre pour présenter Ascensions, son dernier album. Sa direction a été claire : interroger la notion de relève dans le monde culturel. La question de la relève face à un attentat. C’est ce que traite la série de ABC, Designated Survivor. Rempilée pour une deuxième saison, le show réalisé par David Guggenheim, est une ode au rassemblement.

« Durant le discours sur l’état de l’Union, un membre du gouvernement est emmené dans un lieu tenu secret. Dans l’éventualité d’une attaque contre notre gouvernement, ce membre devient notre nouveau président ». C’est par ces mots que s’ouvre Designated Survivor, l’un des mastodons de la chaine ABC aux États-Unis.
Un homme, Tom Kirkman, Secrétaire du Logement, est assis dans une salle. Sa femme l’accompagne. Sur une télévision, le discours de l’actuel président face au Congrès. Soudain, tout s’arrête. La connexion semble perdue. Tom Kirkman s’avance vers la fenêtre, ouvre les rideaux et au loin apparait un Capitole détruit, en feu. Le Secrétaire du Logement devient alors le Président des États-Unis.
Se dessine alors face à l’homme un défi de taille. Apaiser les esprits, relever tout un peuple face à un des attentats les plus meurtriers commis sur le sol américain.

Une relève perpétuelle

Malgré un début de saison 2 plus décevante que la précédente, où la série semble se perdre entre différents genres — 24 heures chrono? The West Wing? —, Designated Survivor nous offre un aperçu de ce qu’il se passe derrière la porte du Bureau Oval. Ce thriller politique nous coupe le souffle, et est totalement prenant. On se prend rapidement au jeu. On soutient l’idéaliste Tom Kirkman, beaucoup trop bon pour être vrai. Un président proche du peuple, qui questionne la politique et ses fins tout au long de la série.

La série zigzague entre moments de doute du nouveau Président non élu, et menaces terroristes en tout genre, tout en traitant de la question de la relève. Celle d’un président qui voit ses collègues mourir dans un attentat sans précédent et qui ne se sent pas légitime. Celle d’un agent du FBI qui voit son fiancé disparaitre. Celle d’un peuple qui ne se sent plus en sécurité. Un sentiment commun à tous, dans un contexte bien précis qui nous touche nous, spectateurs. On suit alors la reconstruction de tout un pays: une construction matérielle mais aussi mentale. Des questions sont posées. Comment faire pour vivre après une telle catastrophe? Comment se sentir à nouveau en sécurité? Comment affronter de nouvelles épreuves? Mais surtout, comment ré-apprendre à vivre tous ensemble? Préjugées, racisme, contrôle des armes, tous les maux de la société américaine sont analysés au peigne fin.

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Ce que l’on pourrait rapprocher à la série, c’est son schéma répétitif, redondant: une situation critique déstabilise un pays déjà fragilisé: conflit interne — un Sénateur qui défie le Président — ou externe — un pays qui s’élève contre les États-Unis . Après des rencontres entre diplomates, des menaces, des coups de pressions à répétition, tout s’arrange comme par magie. Beaucoup trop idéaliste pour être vrai. Décevant par moments? Oui. Mais si on se limite à cela, on perd de vue l’essence même de la série. Bien plus qu’un thriller politique sur le fonctionnement interne de la Maison Blanche et la gestion d’incidents, Designated Survivor analyse les différents stades d’un deuil qui touche tout un peuple. Et de ce fait, nous prend au tripes, car il réveille en nous quelque chose de précis: la compassion.

Designated Survivor peine à se renouveler. Malgré ces petites moments de flottement, la série reste un thriller politique intéressant qui nous livre une fine analyse du concept de la relève: politiquement parlant — les stratégies d’un staff présidentiel — mais aussi au niveau émotionnel. Cette relève se fait par des actions d’un homme fort, par des discours inspirants, presque clichés. Une relève difficile, confrontée à des obstacles prédominants. Une lutte quotidienne, mais qui débouche sur une nouvelle configuration de vie: nouvelles règles, installations. Designated Survivor nous ramène à notre propre condition d’hommes et femmes qui avons été touché par de semblables horreurs.

visuel: capture d’écran

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Donia Ismail

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