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Du cyberpunk au seapunk : le punk numérique

Du cyberpunk au seapunk : le punk numérique

08 novembre 2013 | PAR La Rédaction

L’histoire du mouvement punk commence dans les années 1970, au moment-même où les prémices culturelles d’Internet sont en pleine ébullition. Si le punk n’a rien emprunté au numérique, l’inverse n’est pas tout à fait vrai. Retour sur trois formes d’hybridation entre le punk et les nouvelles technologies.


Le cyberpunk

En 1984, un an avant la dissolution des Clash, paraît un livre de William Gibson qui va faire date : Neuromancer est en effet le premier roman qui consacre l’expression cyberspace et qui sera qualifié de cyberpunk – un néologisme entre cybernétique (l’art du contrôle, et par extension le contrôle des technologies) et punk. Neuromancer est une dystopie magnifiquement sombre et désabusée, qui parle de hacking et de technologies prospectives (implants oculaires, prises neuronales) dans un monde où règne la loi du plus fort.

Pour comprendre le cyberpunk, il faut revenir 20 ans en arrière. L’histoire d’Internet ne se résume pas à une histoire technique et technologique, elle incorpore aussi une couche culturelle qui prend racine à partir des années 60’, dans un joyeux mélange entre contre-culture de la côté Ouest des Etats-Unis, cybernétique et débuts de l’informatique. Les mots d’ordre sont alors : expérimentation et liberté, notamment de l’information.

Enfant de ce mix, le cyberpunk croise quant à lui des thèmes récurrents : fascination pour les machines et les technologies, et velléités anarchistes face à un futur proche décrit comme sur-robotisé et inégalitaire. Dans les univers cyberpunk, l’homme est sous l’emprise des intelligences artificielles, et c’est seulement en hackant la technologie qu’il parviendra à s’en affranchir.

Le steampunk
Petit cousin du cyberpunk, le steampunk est un courant littéraire et artistique qui réunit âme du cyberpunk et atmosphère de la Révolution industrielle du XIXème siècle (d’où l’utilisation de steam). Pour résumer, montres à gousset, bras mécaniques et ordinateurs d’avant l’heure se côtoient dans une ambiance que n’aurait pas reniée Jules Vernes.

Le steampunk se retrouve dans de nombreux ouvrages, films et jeux vidéo. Sur Internet, il est intéressant de constater qu’il est devenu un mouvement à part entière porté par des milliers de fans, amoureux de son esthétique de cuivre, d’écrous et de boulons. Bricoleurs et bidouilleurs, les passionnés partagent et s’échangent des tutoriaux pour transformer machine à écrire en clavier de PC ou relooker son smartphone en machine d’inspiration victorienne.

On l’aura compris, le goût pour le design prévaut largement sur les aspirations idéologiques. Ce qui en fait aujourd’hui, en apparence, un mouvement bien plus « steam » que véritablement « punk ». Mais les orientations « Do It Yourself » des fans de steampunk, résumées dans le slogan de Steampunk Magazine « Love the machine, hate the factory », rendent malgré tout justice à l’origine du terme.

Le seapunk
Le plus récent de ces trois mouvements, le seapunk n’a plus grand-chose à voir avec le punk.
Pur produit des références propres au folklore numérique, notamment via la plateforme Tumblr, le seapunk fleure bon le bleu et le vert turquoise, les motifs psychédéliques, les vagues et les dauphins.

Tout est mélangé, mixé et remixé selon les codes – ou plutôt, l’absence de codes – de la culture du mash-up, une grammaire de la juxtaposition que l’on retrouve dans les mèmes, ces bribes de folklore numérique.

Très exposé en 2012, et notamment repris par le monde de la mode, le seapunk s’est fait plus discret en 2013. N’est pas punk qui veut sur Internet.

Gageons cependant que d’autres mouvements digitaux « punk-oriented » sont d’ores et déjà en train d’être inventés.

Maud Serpin

visuel : montage : Cyberpunk => Cyberpunk Symphony, by Hunterkiller / Steampunk => Steampunk Goggles, TGTstudios sur Etsy / Seapunk => capture d’écran de la vidéo Atlantis d’Azealia Banks réalisée par Fafi

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La Rédaction

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