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Martin Bouygues, l’histoire d’un mort vivant

Martin Bouygues, l’histoire d’un mort vivant

03 mars 2015 | PAR Simon Théodore

Samedi 28 février, les réseaux sociaux s’affolent. Pendant quinze minutes, Martin Bouygues, Président Directeur Général du groupe éponyme, est déclaré mort. Cette incroyable histoire n’est pas celle d’un spectaculaire retour d’entre les morts mais celle d’un tragique besoin de consommation de scoops.

 martin bouygues

Il est dix minutes avant 15h00, samedi, lorsque la nouvelle tombe. Martin Bouygues, 62 ans et dans la force de l’âge est décédé. Aussitôt, les rédactions tournent à plein régime et préparent les premières nécrologies. 14H53, l’information est relayée par le site internet du quotidien Le Monde. BFM, L’Express ou encore RTL embrayent le pas. L’information aurait pu être une blague de mauvais goût du Gorafi ou d’un site de détournement de l’actualité. Mais non, ce sont bien des organes de presse rigoureux qui communiquent et font le buzz !

Que s’est-il passé pour que les médias tweetent, retweetent et assassinent, en moins d’un quart d’heure, l’une des plus importantes personnalités de l’économie française? À l’origine de cette erreur, une dépêche de l’AFP annonçant la mort de l’industriel français. Cette déclaration, fruit d’un qui pro quo à la suite du décès d’un Monsieur Martin annoncé par le maire de Saint-Denis-Sur-Sarthon (Orne) s’ensuivit d’un effet « boule de neige ». Commune située non loin de l’un des lieux de résidence de Martin Bouygues, le contexte était figé pour le début incroyable d’un scénario.

Comment une telle erreur a pu se produire au sein de l’Agence France Presse? En premier lieu, il y eut négligence, de la part du journaliste, qui en bravant l’un des fondamentaux de la profession, à savoir la vérification des sources, commit un « meurtre ». Plus grave et plus inquiétant encore, c’est cette frénétique demande du buzz et cette consommation du scoop. Comme l’explique la directrice de l’info de l’AFP, Michèle Léridon, aux confrères de Libération : « la décision de publier la dépêche sur le fil n’aurait jamais dû être prise. La source n’était pas suffisante. Et même si l’information avait été vraie, on ne doit pas faire de scoop sur la mort de quelqu’un ». Cette histoire rocambolesque invite donc à s’interroger sur les valeurs morales de notre société et cette soif d’instantanéité.

Heureusement, et c’est aussi la magie de la « buzzosphère », Martin Bouygues a ressuscité aussi vite qu’il était mort. À 15h05, ce communiqué est démenti par le journal Libération, puis par TF1, groupe appartenant à Bouygues. À l’heure où Emmanuel Hoog, président de l’AFP, présente ses excuses et où d’autres parlent de maladie du journalisme français, la réflexion sur cette boulimie de l’information doit être menée. Malgré un laps de temps très court, des rédactions ont pu avoir le temps de produire une nécrologie du patron français. Certains journalistes, feignants et peu méticuleux, penseront cyniquement à la garder …

Visuel : (c) Pierre-Emmanuel Rastoin

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Simon Théodore

One thought on “Martin Bouygues, l’histoire d’un mort vivant”

Commentaire(s)

  • Al Koholic

    Comme l’explique la directrice de l’info de l’AFP, Michèle Léridon, aux confrères de Libération : « Oh la la, on ne savait pas que ça pouvait potentiellement être faux et, oh!, qu’est-ce que c’est mal d’essayer de faire de l’audience avec la mort des gens. La la, la la, qu’est-ce que c’est pas bien…nous on est des gentils, et on aime pas les choses méchantes parce que c’est méchant. Je vous ressers un peu de pet de licorne ou plutôt de l’arc en ciel? »

    mars 3, 2015 at 12 h 21 min

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