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Les rencontres de Blois : la tension anti Marcel Gauchet monte d’un cran

Les rencontres de Blois : la tension anti Marcel Gauchet monte d’un cran

05 août 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous vous parlions il y a quelques jours du boycott lancé contre les Rencontres de Blois. Elles se tiendront du 9 au 12 octobre, et cette 17ème édition a pour thème « Les Rebelles ». Ces dernières heures, la tension est montée et l’accusation d’homophobie ne tait plus son nom.

(Mise à jour 6/08/14)

Le 30 juillet, le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie et l’écrivain du célèbre En finir avec Eddy Bellegueule ,Édouard Louis, ont appelé à boycotter les Rendez-vous de l’histoire en raison de la présence de Marcel Gauchet, invité à intervenir en séance inaugurale. Si on se trouve un peu loin du giron universitaire, l’affaire est inaudible.

Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis argumentent dans une tribune postée sur leurs sites respectifs et relayée par la presse, ils dénoncent les positions anti-gays de Marcel Gauchet : « Comment accepter que Marcel Gauchet inaugure un événement sur la rébellion ? Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le PaCS, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la « pensée 68 », contre les revendications démocratiques ? Il a publié dans Le Débat tout ce que le France compte d’idéologues réactionnaires. Il a organisé des campagnes haineuses contre tous les grands noms de la pensée critique, etc.. ».

Le Debat, Marcel Gauchet l’a fondé avec Pierre Nora et il en est aujourd’hui le rédacteur en chef. Pour comprendre, il faut se pencher sur le numéro actuel de la revue

(180 de mai-août 2014), où se niche un dossier « Les enfants du mariage homosexuel ». Les intervenants, telle Catherine Dolto, se sont engagés contre le mariage gay et défendent l’idée qu’un couple homosexuel n’est pas en capacité d’élever un enfant. Pour exemple, citons Jean-Claude Quentel, Jean-Yves Dartiguenave (Université de Rennes II) « «« L’analyse nous conduit à conclure que le contexte socio-historique réduit nécessairement les possibilités d’exercice de la parentalité par des couples de homosexuels […]. Ces couples se sont mis dans la position de ne pouvoir procréer. […] L’homosexualité porte en elle-même la contestation de la différence naturelle des sexes, plus exactement de leur complémentarité et, du coup, de la procréation. », plus loin, « Telle est la raison première pour laquelle l’homosexualité a été et est toujours condamnée dans de multiples sociétés ; il y va pour celles-ci non seulement du devenir de l’espèce, mais de celui de la société et de son organisation ».

Marcel Gauchet est sorti du silence avec emphase, relayé par Bibli Ob’s : »Mon opposition à Foucault et Bourdieu, qui a été mon collègue et avec qui j’ai eu maintes fois l’occasion de me bigorner, c’est un problème théorique, estime Gauchet. Je suis prêt à en discuter. Mais pour les plus fébriles de leurs séides, j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques.

Pour le moment, trois intervenants ont annulé leur participation : Geoffroy de Lagasnerie, Edouard Louis et Didier Eribon. Mais, un collectif appelle au boycott, leur appel est paru dans Liberation le 6 août. Les premiers signataires sont : Dominque A., chanteur, Laurent Binet, écrivain, Sylvie Blocher, artiste, Ronan de Calan, philosophe, Philippe Calvario, comédien et metteur en scène, Robin Campillo, cinéaste, Jil Caplan, chanteuse, Arnaud Cathrine, écrivain, Jean Baptiste Del Amo, écrivain, Chloé Delaume, écrivaine, Didier Eribon, philosophe, Thomas Hirschhorn, artiste, Leila Kilani, réalisatrice, Lola Lafon, écrivaine, Sebastien Lifshitz, réalisateur, Florent Marchet, artiste, Philippe Marlière, politiste, Marie Nimier, écrivaine, Véronique Ovaldé, écrivaine, Bruno Perreau, politiste, Beatriz Preciado, philosophe, Todd Shepard, historien, Abdellah Taia, écrivain et réalisateur, André Téchiné, cinéaste, Edmund White, écrivain. Ils disent « Nous ne voulons pas reconnaître les discours que Marcel Gauchet et les cénacles qui tournent autour de lui relaient comme des discours acceptables et sujets à l’on ne sait quel débat. Nous ne voulons pas que soient présentées comme tolérables les idées selon lesquelles les femmes seraient naturellement portées vers la grossesse, que la société souffrirait d’une «marginalisation de la figure du père» et de l’avènement d’un «matriarcat psychique», que le mariage pour tous représenterait un «dispositif pervers», que la lutte antiraciste pourrait comporter des risques, ou que les revendications LGBT pourraient mener à un «anéantissement du social»… Pour ne citer que quelques-uns des poncifs ultraréactionnaires que Marcel Gauchet fait circuler à travers ses écrits, ou dans sa revue Le Débat.

Visuel : ©Rencontres de blois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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