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Le musée d’Harvard promet de restituer les cheveux de 700 Amérindiens

Le musée d’Harvard promet de restituer les cheveux de 700 Amérindiens

16 novembre 2022 | PAR Camille Curnier

Le Peabody Museum d’Harvard s’est engagé à restituer les échantillons de cheveux d’enfants amérindiens datant du début du XXe siècle, à l’époque où les théories racistes menaient les grands travaux anthropologiques.

Une démarche de restitution qui prend du retard

Dans un communiqué du 10 novembre, le Peabody Museum de l’Université d’Harvard, détenant la première collection d’artefacts anthropologiques d’Harvard, a rendu publiques des informations concernant une collection de cheveux datant du début des années 1900 et qui aurait appartenu à l’anthropologue George Edward Woodbury. À partir de là, le musée s’est excusé auprès des familles et des communautés indigènes pour avoir détenu pendant plus de 80 ans les cheveux de leurs proches et d’avoir ainsi participé à l’objectification des populations indigènes.

Depuis, le musée travaille en étroite collaboration avec les communautés et les familles des étudiants à qui les cheveux appartenaient, afin d’initier un processus de restitution. Cette restitution fait notamment suite à la publication, en juin 2022, d’un rapport qui aurait fuité, et dans lequel on apprend que l’Université d’Harvard détiendrait des restes humains de presque 7 000 natifs amérindiens et de 19 individus réduits en esclavage au siècle dernier. Ce rapport avait fait polémique lors de sa divulgation, et pour cause, l’Université avait été pointée du doigt pour ne pas avoir accéléré le retour de ces restes aux communautés comme le prévoit la loi fédérale depuis 1990.

Les origines de ces échantillons au cœur d’un racisme scientifique

Entre les années 1930 et 1933, George Edward Woodbury a effectué des recherches entre les différentes communautés indigènes pour étudier les « variations humaines » et appuyer les théories anthropologiques autour des populations du nord de l’Amérique. Le chercheur a pu récupérer au total près de 1 500 échantillons provenant d’Asie, d’Amérique ou encore d’Océanie avec l’aide de plusieurs anthropologues et administrateurs de « pensionnats » et de « réserves » indiennes en Amérique. Il faut cependant rappeler que la majeure partie des recherches anthropologiques conduites dans les années 1900 étaient souvent réalisées directement ou indirectement en support aux théories de race et au racisme scientifique qui servait la cause d’une catégorisation et d’une hiérarchisation raciale.

Les 700 échantillons de la collection Woodbury proviennent pour la plupart d’élèves amérindiens de 300 communautés différentes. Ces élèves avaient été contraints de se retrouver dans les « Indigenous boarding schools », des pensionnats financés par le gouvernement et ouverts entre 1819 et 1969 aux États-Unis. Pour beaucoup de communautés natives américaines, les cheveux avaient une dimension sacrée et spirituelle. Les administrateurs de ces pensionnats étaient connus pour systématiquement couper les cheveux des enfants autochtones nouvellement inscrits dans un principe d’assimilation culturelle.

Le Peabody Museum propose aujourd’hui sur son site, une liste des tribus et des communautés représentées dans la collection, ainsi qu’une liste des localisations où les échantillons ont pu être récupérés. Le musée n’a cependant pas tenu à rendre public le nom des individus.

 

Visuel : © Peabody Museum of Natural History

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