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La défaite : une exposition d’actualité

La défaite : une exposition d’actualité

16 novembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Xavier Gras propose une exposition consacrée au thème de la défaite. Elle se déroule à la galerie « Le bonheur est dans l’instant », 72 rue Amelot, Paris 11e, du 15 au 20 novembre 2022 de 14 à 19 heures. Le vernissage aura lieu le 17 novembre à partir de 18 heures.

« Le Bonheur est dans l’instant ». Cette galerie intimiste, chaleureuse, relève un challenge : une exposition sur le thème de la défaite. Il s’agit d’une petite exposition, concernant onze artistes. Peintures, collages, photographies, les œuvres sont très variées mais réunies par un thème universel, l’expérience de la défaite. Chaque artiste affiche une courte biographie et les poèmes sont nombreux, des poèmes qui paraissent nourrir les œuvres affichées. L’exposition est complétée par un film, un court métrage d’Olivier Wahl.

Les défaites sont multiples. Les nus de Patricia Blok sont remplis de douceur par les formes, les couleurs mais les corps paraissent souffrir d’une défaite amoureuse. Le visage de femme de Julien Burette exprime une souffrance indicible, émouvante, la douleur de la défaite de l’amour. La défaite est mystérieuse dans les œuvres de Linda Caldéron. Elles sont créées à partir de jeux d’osselets anciens partiellement brûlés. Les visages paraissent émerger d’un « souffle de cendre », des visages inquiétants comme celui d’Yvan Colonna ! Xavier Gras a choisi l’abstraction. Le noir domine dans son tableau. Le visiteur pourrait évoquer des étendards noirs ballotés par le vent. Pour Jacques Muray, la défaite c’est d’abord la guerre puis la déchéance corporelle. Un squelette, une armure, un corps qui chute, expriment cette angoisse. L’Américaine Karen Ghostlaw expose un leporello, une magnifique fresque de photographies des manifestations de femmes à New York après les restrictions imposées par la Cour suprême sur l’avortement. Une défaite des femmes mais une défaite qu’elles veulent provisoire.

L’art pour sublimer la défaite : interview de Xavier Gras

JM Chamouard : Monsieur Xavier Gras, comment est née cette exposition sur le thème de la défaite ?
Xavier Gras : Elle a pour origine une rencontre entre Olivier Wahl, Morgane Gander et moi-même. Morgane a participé à la création d’une revue universitaire, Défriche, consacrée chaque trimestre à un thème spécifique. Celui de la défaite a été choisi après les difficultés traversées pour la naissance de la revue. C’est une réflexion sur la création et sur la crainte de l’échec. Pour Morgane, cette exposition est l’occasion de toucher un autre public, de permettre à la revue de sortir du milieu universitaire.
JMC : Pour vous, pour la galerie, qu’apporte ce sujet ?
XG : C’est un challenge ! Ce n’est pas gagné d’avance ! Mais ce thème doit susciter un débat. Les visiteurs vont se questionner, je l’espère. Mais je l’avoue, ce projet est ambitieux, nous ne ferons pas le tour de la question.
JMC : L’expérience de la défaite est universelle, à quelles défaites pensez-vous personnellement ?
XG : À mes défaites personnelles, aux défaites amoureuses. L’art aussi est une défaite, une incomplétude. Il manque toujours quelque chose, il n’y a pas de victoire définitive. Dans son film, Olivier Wahl parle de la défaite de l’art. Il montre l’autodestruction de ses peintures sous l’effet du temps.
JMC : Cette exposition résonne avec l’actualité.
XG : Oui. Je suis très touché par la guerre en Ukraine, par cette défaite de la paix en Europe, mais aussi par la situation en Iran, aux USA. Toute cette actualité difficile devient envahissante.
JMC : L’exposition aborde aussi la « défaite écologique ».
XG : Oui bien sûr. Cette exposition n’est pas véritablement militante mais certains exposants le sont. Michèle Polak et Paul Allander abordent le péril de la montée des eaux aux Pays-Bas. Morgane Gander présente une banderole : le texte poétique contraste avec des photographies de décharges…
JMC : Cette exposition est elle aussi porteuse d’espoir ?
XG : Oui je le crois. Une défaite peut être un nouveau point de départ, une occasion de rebondir.
Effectivement. Pour Morgane Gander, ce thème de la défaite est « un moyen de sublimer nos échecs, de les envisager de manière constructive ». Ce que nous enseignent les photographies de Karen Ghostlaw : les manifestantes ne se résignent pas à la défaite, leur détermination est entière.

Visuel : © Le Corps qui chute de Jacques Muray DR

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Jean-Marie Chamouard

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