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Ladj Ly : Une histoire exhumée met en danger sa course aux Oscars

07 janvier 2020 | PAR Louise Marchand

 

Une vieille affaire sortie du placard fait de l’ombre à l’un des réalisateurs français les plus cotés dans la course aux Oscars avec son film Les Misérables. Il est évoqué tentative de meurtre et extrémisme religieux, les faits sont déformés par des médias que le cinéaste attaque en justice pour diffamation. Explications.

Les faits qui remontent à 2009

Amad Ly, figure connue du quartier de Montfermeil par son travail de médiation après les émeutes de 2005, découvre que sa sœur à une aventure avec le mari de sa cousine. Ne pouvant pas supporter cette situation, il décide d’emmener ce dernier en voiture pour l’effrayer, entraînant avec lui ses compères : son frère Mamoudou et Ladj Ly. La victime sera frappée au visage par les deux frères, ensuite gardée dans la voiture par Amad cette fois seul qui la menace de mort. Parvenue à s’échapper, elle est retrouvée par un fermier de Seine-et-Marne.

Pour ces faits, Amad Ly écope de cinq ans de prison dont un avec sursis, tandis ce que Mamoudou et Ladj sont condamnés à trois ans dont un avec sursis.

Des accusations manquant de fondement

Cette affaire est extirpée des archives par le média Causeur. Anne-Sophie Nogaret y analyse la situation en ces termes « Elle n’est plus vierge, elle n’est pas mariée. Selon la religion musulmane, cela porte un nom, la fornication. Comme il y va de l’honneur d’une famille, c’est une transgression qui doit être sévèrement punie. La charia doit s’appliquer. » Une interprétation sans aucune source quelque peu malvenue mais peu étonnante dans un climat qui tend vers l’islamophobie.

La réponse de l’intéressé

Ayant purgé sa peine, et considérant l’allégation religieuse comme honteuse, le cinéaste se défend. Il déclare dans un communiqué son intention de porter plainte pour diffamation et diffamation raciale les organisations « Causeur » et « Valeurs Actuelles ».

Des détracteurs inhérents à un travail reconnu

Son film Les Misérables est considéré comme l’un des films de l’année : prix du jury au festival de Cannes, plus 1,7 millions d’entrées, nommé aux Golden Globes du meilleur film étranger, en lice pour représenter la France aux Oscars. C’est un succès qui attire les détracteurs, surtout quand il parle d’un sujet de société délicat : la violence policière en cité, et plus largement de la violence sociale.

 « Mes amis, retenez ceci. Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »
Victor Hugo, Les Misérables

C’est cette citation qui est choisie par Ladj Ly pour clore son œuvre. Rien de tel que les leçons de sagesse de son père spirituel pour rappeler au cinéaste qu’ignorance est mère d’intolérance, et une fois de plus, que son travail de cultivateur est absolument nécessaire.

 

Visuel : © Affiche du film Les Misérables, Ladj Ly, SRAB Films

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