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Interview de Julien Lestel et Alexandra Cardinale pour la présentation en avant-première de « Dream », un spectacle onirique polysensoriel.

Interview de Julien Lestel et Alexandra Cardinale pour la présentation en avant-première de « Dream », un spectacle onirique polysensoriel.

07 janvier 2020 | PAR Geraldine Elbaz

A l’occasion de la représentation exceptionnelle du ballet Dream le 16 janvier 2020 à la Salle Pleyel, le talentueux chorégraphe Julien Lestel et la majestueuse Alexandra Cardinale, productrice et artiste invitée, nous parlent de leurs inspirations, du bonheur de travailler ensemble et de la beauté des émotions partagées.

Votre dernière création, le ballet Dream, sur le rêve, est un voyage céleste, puissant et charnel, à la fois tellurique et aérien. Comment vous est venue l’idée de cette thématique ?
Julien Lestel : C’est un thème qui m’est cher depuis longtemps et que j’avais envie de mettre en scène car cela parle des fantasmes de tout le monde, de tout ce qui nous anime, souvent quand on dort d’ailleurs. Le domaine de l’inconscient est un sujet qui concerne tout le monde, on est tous animés de désirs, de passions secrètes et j’avais vraiment envie d’en faire un ballet. Je trouvais que par rapport à l’évolution de la compagnie aussi, c’était le bon moment pour le faire. Depuis l’enfance, je m’interroge sur plein de choses. Pourquoi prenons-nous telle ou telle décision ? Pourquoi sommes-nous attirés par l’inaccessible ? Ce sujet m’est très familier et j’ai eu envie de m’y intéresser de plus près. C’est ancré, viscéral, c’est là depuis le début. Lorsqu’on crée une œuvre, ce n’est pas nécessairement une fulgurance, quelque chose qui arrive comme ça, c’est un long travail de maturation au travers de sa propre existence, de ce qu’on vit et c’est le cas pour Dream en ce qui me concerne.

Vous partagez avec Alexandra des valeurs fortes comme la passion, l’exigence, l’émotion, la beauté : est-ce que vous pourriez nous parler de la transmission de ces valeurs à travers votre nouvelle chorégraphie ?
JL : Avec Alexandra, c’est un parcours particulier puisque nous nous connaissons depuis très longtemps. On s’est rencontrés jeunes quadrilles à l’Opéra de Paris, on a très vite eu une amitié très forte, très vite eu envie de partager notre passion qu’est la danse et c’est vrai qu’aujourd’hui on a envie de transmettre cette sensualité, cette beauté, cet art à tout le monde et on a envie de le faire ensemble et c’est pour cela qu’elle a souhaité produire ce spectacle et moi, chorégraphier sur ce thème.
Alexandra Cardinale : Nous nous connaissons en effet depuis très longtemps, on a un parcours similaire avec parfois aussi des éloignements mais en tous les cas, je pense qu’on a en commun un sens artistique très pointu, on va dans la même direction donc c’est vrai que transmettre des émotions, la beauté, c’est pour nous comme une mission. En plus j’ai la chance de danser les pièces de Julien et de recevoir autant en tant qu’artiste et ensuite de pouvoir le communiquer au public. Il y a une boucle qui est sans fin, on en est là aujourd’hui, mais cela va nous amener encore ailleurs. C’est une histoire vibrante. Le public, initié ou non, en sortant de Dream – car on a eu la chance d’avoir déjà deux représentations à l’Opéra de Marseille et à l’Opéra de Massy lors de la création, ressortait avec l’incapacité de pouvoir prononcer un mot, c’est-à-dire qu’ils avaient reçu quelque chose, ils étaient incapables de pouvoir l’exprimer avec des mots, ils étaient comme foudroyés, subjugués et Julien a ce talent de saisir les âmes et de toucher le cœur.

Comment s’est fait le choix des musiques pour Dream ?
JL : Par rapport à ce thème, je cherchais un compositeur qui pouvait refléter cet univers-là. Tout de suite j’ai pensé à Johann Johannsson, c’est un compositeur que j’affectionne particulièrement et ça correspondait vraiment à ce que je voulais dire en mouvements, ça collait parfaitement. J’ai également demandé à un danseur de la compagnie, Ivan Julliard qui compose de très belles choses, de signer une partie de la création musicale. Ça a été un bonheur de travailler avec lui parce qu’il a un talent fou et en plus c’est un grand luxe de l’avoir « à domicile ». Il danse sur le ballet et du coup parfois aussi sur sa propre musique. Il a d’ailleurs signé entièrement la création musicale de ma prochaine chorégraphie. Enfin Nina Simone, c’était un choix d’avoir une cassure dans le style, dans la couleur musicale parce que Johann Johannsson et Ivan Julliard sont quand-même dans deux univers qui se ressemblent un peu, alors qu’avec Nina Simone, on est dans un autre monde, complètement décalé et c’était mon idée qu’à la fin du spectacle on soit plongé complètement ailleurs, d’emmener le public subitement autre part. Il y a plein de surprises comme ça dans la chorégraphie, où le public ne pense pas aller et on l’y emmène, c’est un peu inattendu et ça fonctionne.

Le rôle de la lumière dans votre spectacle est essentiel aussi. Comment avez-vous travaillé avec Lo-Ammy Vaïmatapako, votre Chef d’Orchestre des lumières qui a quitté la Nouvelle Calédonie pour vous suivre ?
JL : Toutes les histoires avec les gens qui travaillent autour de moi, ça a été des coups de foudre et donc forcément des décisions importantes dans nos vies. J’ai rencontré Lo-Ammy en Nouvelle Calédonie, j’ai adoré sa lumière, elle a adoré ma chorégraphie, du coup elle m’a suivi en France et c’est elle qui signe toutes les créations lumières depuis 10 ans maintenant. Je suis ravi de travailler avec elle et c’est vrai que la lumière est essentielle dans mes chorégraphies car je n’aime pas les décors, je trouve ça trop lourd, j’aime les choses épurées et elle a ce talent de créer un décor avec la lumière, avec ce jeu d’ombres et de lumières, de contrastes, avec une touche tellement sensuelle, raffinée, élégante ; elle accompagne le geste à chaque instant. Elle est vraiment essentielle pour moi.

Dans votre spectacle, grâce au jeu de lumières qui sublime tout on a un peu l’impression d’être dans un tableau du Caravage, y avez-vous pensé lors de votre création ?
JL : Oui, exactement, j’adore la peinture et Lo-Ammy aussi, elle s’inspire d’ailleurs beaucoup de grands peintres donc forcément il y a des influences et des choses qu’on peut ressentir de cet ordre-là.

Et la lumière crée cette atmosphère spéciale qui nous plonge dans un univers polysensoriel. Quand le public vient vous voir, ce n’est pas juste avec les yeux ou les oreilles, tous les sens sont mis en éveil. Est-ce ainsi que vous avez pensé votre ballet ?
JL : Exactement, non seulement je le pense mais je le travaille, je le chorégraphie ainsi. La gestuelle est vibrante, tous les sens sont mis en éveil, donc quand on regarde les mouvements, ça se partage, ça se transmet et c’est vrai que la lumière met en relief le tout.
AC : Julien a ce talent de s’entourer des meilleurs qui transmettent son désir.

Un petit mot au sujet de votre troupe ? Vous travaillez avec 11 danseurs incroyables, qui sont solistes à la base et quand ils dansent tous ensemble, c’est magnifique.
JL : Oui, mon désir est de rechercher des danseurs avec une forte personnalité et une vraie générosité de cœur, de partage. On travaille ensemble, on se soutient, on est vraiment comme une famille artistique avec aussi des individualités, des personnalités marquantes, car j’aime qu’on les voie et qu’ils ne se ressemblent pas.
AC : Et c’est ce qu’il y a de fascinant avec la compagnie, ils sont tous solistes, très différents (ce ne sont pas des clones) et lorsqu’ils sont réunis dans les mouvements d’ensemble, de groupe, cela amène une force incroyable et sublimée, où chacun préserve sa personnalité.

Au sujet de votre prochain spectacle, que vous êtes déjà en train de préparer, pourriez-vous nous donner le thème ou est-ce confidentiel encore ?
JL : La prochaine création aura lieu au mois d’avril à l’Opéra de Massy, c’est pour bientôt. Ça va s’appeler Mosaïques et on est vraiment dans la lignée de Dream, qui a marqué une étape pour la compagnie. L’univers est différent mais ce seront les mêmes ambiances, la même puissance et sensualité. On est en train de travailler les costumes avec notre créateur qui s’appelle Patrick Murru, il y aura beaucoup de nouveauté. Le public qui aime Dream aimera Mosaïques.

Un dernier mot pour donner envie au public de venir voir Dream ?
JL : C’est une danse qui parle à tout le monde, qui est très accessible, sans a priori ni appréhensions. On est dans le mouvement et toutes les interprétations sont possibles. Tout le monde peut se projeter, s’identifier. Le public n’a pas besoin de connaître la danse pour s’évader, voyager, pour vivre un moment fort. Ce n’est pas codifié. Les émotions et le rêve concernent tout le monde, c’est très universel.
AC : Oui, c’est une pièce émotionnelle, ce n’est pas une pièce narrative.

Crédits photos : © Philippe Escalier et Isabelle Aubert
DREAM
Compagnie Julien Lestel
Chorégraphie : Julien Lestel
Avec Alexandra Cardinale, artiste invitée et productrice du spectacle.
Représentation exceptionnelle le 16/01/20 Salle PLEYEL à 20h

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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