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Interview confinée de Jean Blaise : «Croire que rien n’est impossible, tout essayer, continuer»

Interview confinée de Jean Blaise : «Croire que rien n’est impossible, tout essayer, continuer»

04 mai 2020 | PAR Laetitia Larralde

Jean Blaise, le Directeur Artistique de l’évènement Le Voyage à Nantes qui propose chaque été des parcours artistiques et des évènements dans toute la ville, s’est prêté au jeu de l’interview confinée. Un entretien entre acceptation tranquille de la situation et préparation active de la reprise.

Comment allez-vous ?
Je vais bien mais je n’ose pas le dire. De 16 à 18 ans, je suis resté des journées entières confiné dans ma chambre à écrire un «grand roman». J’ai l’habitude de me passer des autres. Le retour sur soi est tellement étrange ! Un fantôme est là qui vous regarde mi amusé mi inquiet.
Finalement, mon roman était très mauvais.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermé ?
Je sors un peu, pour des déplacements brefs, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de mon domicile…

Quelles sont vos routines culturelles pour diminuer l’angoisse ?
Le soir, après dîner, trois de mes enfants, ma femme et moi regardons deux voire trois épisodes de la série Le Bureau des Légendes en alternance avec un film un peu lourd. La semaine dernière, nous avons revu La Grande Vadrouille. Un chef d’œuvre…
J’ai repris Simenon, les romans durs, parfois très bien écrits parfois bâclés. L’escalier de Fer : magnifique.
J’écoute Air et Purcell.

Quels projets ont été repoussés ou suspendus ? Jusqu’à quand ?
Le Voyage à Nantes qui devait avoir lieu en juillet et en août est repoussé au 8 août pour une clôture le 27 septembre.
Nous avons dû abandonner certaines œuvres, les prévoir pour la prochaine édition comme le bateau échoué de Ugo Schiavi sur la fontaine de la Place Royale.
A la HAB galerie, l’exposition de Gilles Barbier est reportée au printemps 2021 et remplacée par l ‘exposition de Feipel et Beichamel qui devait avoir lieu ce printemps-ci. Nous nous adaptons. Croire que rien n’est impossible, tout essayer, continuer.

Quel est l’impact du confinement sur le Voyage à Nantes, festival dont vous vous occupez ?
L’impact n’est pas le même que pour les festivals traditionnels car ce n’est pas un évènement, c’est un parcours dans la ville qui traverse tous les musées et les lieux culturels proposant des expositions et qui passe aussi par des œuvres d’artistes plasticiens dans l’espace public, éphémères ou appelées à devenir pérennes, par des installations de designers, des enseignes de boutiques crées par des graphistes…
Les étapes de ce parcours n’appellent pas de grands rassemblements sur un même lieu au même moment. De ce fait nous avons pu maintenir notre programmation en modifiant les dates pour laisser aux entreprises qui avaient cessé leurs activités à la mi-mars, le temps de réaliser les œuvres.
L’évènement d’ouverture qui réunit des dizaines de milliers de personnes dans les rues la nuit, prévu à l’origine le 4 juillet, s’est transformé en évènement de clôture fixé au 27 septembre, si l’épidémie s’est éteinte d’ici-là.
Mais le Voyage à Nantes c’est aussi une société publique locale qui réunit de grands sites culturels et l’activité touristique de la ville. Plus de trois cents personnes y travaillent dont les deux tiers sont aujourd’hui en chômage partiel.
Nos recettes propres qui avoisinent, en temps normal, les 13 millions d’euros risquent d’être réduites du tiers. C’est donc un grand bouleversement pour nous aussi qui risque d’affecter fortement notre fonctionnement durant quelques années.

Pensez-vous qu’un festival artistique entièrement virtuel soit possible ?
Durant cette période, le numérique nous a rendu de grands services en nous montrant en même temps qu’il n’était qu’un outil comme un autre qui ne pouvait se substituer à la présence humaine. Un festival virtuel serait pure science-fiction et d’un ennui désespérant. J’enfile des lieux communs…

Pensez-vous que le confinement aura des répercussions sur la création artistique contemporaine ?
On peut le penser dans la mesure où le confinement est un retour sur soi obligatoire.
Est-ce que cet état inédit va favoriser la redécouverte de notre vie intérieure d’une manière plus profonde ou au contraire nous maintenir la tête dans l’abîme de nos angoisses délétères ? Les baudelairiens se délectent, les autres tombent un peu dans le cliché du nouveau monde. Les plus lucides, sans doute, pensent : « il faut que tout change pour que rien ne change ».

Pour passer à des sujets plus légers, quel est le défaut qui s’est révélé dans les premiers jours du confinement ?
Malheureusement, à mon âge, je connais parfaitement tous mes défauts, je n’ai pas eu de révélations…

La chose la plus incongrue que vous ayez faite pour vous occuper ?
Rien d’autre que ce que je fais d’habitude à la différence que tout paraissait un peu incongru.

L’activité que vous avez découverte ?
La visio-conférence en mode soutenu.

Quels sont vos espoirs et envies pour l’après confinement ?
Recommencer à voyager très loin, je ne suis pas sorti d’Europe depuis longtemps. Partir loin… et puis retourner à Venise avant que les touristes en paquebot ne le fassent.

visuel : © Olivier Metzger – LVAN

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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