Arts
Le voyage à Nantes, un art du territoire

Le voyage à Nantes, un art du territoire

25 juillet 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, Le Voyage à Nantes nous entraîne à la découverte de son territoire dans un parcours mené pavois au vent.

Au Voyage à Nantes, les œuvres sont reliées entre elles par une ligne verte qui serpente dans la ville. Pas de thématique commune imposée, si ce n’est la volonté de nous amener à sillonner la ville et de nous faire découvrir ses différents visages. Les œuvres de cette saison d’été s’adaptent au territoire et en soulignent les mutations, les évolutions. Venant enrichir les 67 œuvres du parcours permanent et les enseignes des commerces mises en place depuis dix ans maintenant, elles animent et transforment l’espace public.

Occuper des lieux insolites

La grande majorité des œuvres et expositions se trouvent dans le centre-ville et à l’extrémité ouest de l’île. Cette année, la ligne verte s’échappe vers le nord jusqu’au marché de Talensac et au cimetière Miséricorde. Dans la halle du marché, Gavin Pryke réactive ses enseignes-automates qui racontaient la rencontre d’un couple rue Maréchal-Joffre, aujourd’hui déposées. Le couple a vieilli et se promène entre les étals, toujours amoureux, et rendant hommage à la production locale.

A quelques pas, dans le cimetière Miséricorde, se dissimule l’œuvre la plus poétique de la saison : Miroirs des temps de Pascal Convert. Dans la partie la plus ancienne où les herbes folles se mêlent et recouvrent parfois les pierres tombales, l’artiste a installé quatre œuvres de verre. Les cervidés en bas-relief, nimbés d’une brume figée dans le verre, dont les cassures sont réparées à l’or, reprenant le principe du kintsugi qui sublime la cicatrice de l’objet, sont des présences légères et fantomatiques.

Nous retrouvons Pascal Convert au Passage Sainte-Croix avec Le temps du sacré, une sélection d’œuvres sur le thème de la mémoire et du sacré. En plus d’un film retraçant le processus de création du Miroir du temps, l’artiste interroge avec des sculptures, vidéos et photos d’empreintes. Il mêle évènements historiques et histoire intime pour une réflexion sur la modification du regard avec le temps qui passe et la perte inévitable que celui-ci entraîne.

Souligner l’histoire de la ville et ses transformations

Krijn de Koning s’est installé dans l’un de ces espaces intermédiaires dont les villes modernes regorgent, en face du CHU de Nantes. Dans cet espace austère, il vient insuffler un peu de vie en soulignant les spécificités architecturales qui se perdaient dans l’uniformité grise du quartier. Il repeint un portique des années 1930 en ocre rouge et un ancien parking circulaire dans un dégradé de verts et ponctue l’espace entre les deux d’objets totems, incitant ainsi à l’appropriation de l’espace public par ses usagers.

Toujours dans le centre-ville, la place du Commerce, récemment rénovée et jamais encore investie par le Voyage à Nantes, se transforme avec les décors de théâtre d’Alexandre Benjamin Navet. Très colorées, les installations font référence à l’histoire et aux motifs de la ville et invitent le visiteur à monter sur la scène de l’espace public. A quelques pas de là, Hélène Delprat trace le parcours d’une procession d’ombres de la place Graslin à la place Félix-Fournier, souvent éclipsée par sa voisine la place Royale. En restant dans l’univers du théâtre, ses personnages inspirés des motifs de la basilique Saint-Nicolas et d’héraldique se préparent à un défilé de carnaval, drapeaux au vent.

Le Château des Ducs de Bretagne accueille des créatures hybrides plus lointaines, elles aussi prêtes à défiler. Les photographies de Charles Fréger inaugurent la saison indienne du Château avec un travail qui vient prolonger celui entamé sur les mascarades du monde entier. Aam Aastha met en scène les masques et les costumes en lien avec les religions et les rites d’Inde, dans cette composition presque immuable chez l’artiste : le personnage de face, l’horizon perpendiculaire, le décor minimal et en retrait. Dans un tourbillon de couleurs et de matières précieuses ou de récupération, les divinités sont célébrées et incarnées.

L’île de Nantes, du chantier naval au pôle de la création

Dans le récent « quartier de la création » qui regroupe de nombreuses écoles d’art, les étudiants, enseignants et leurs partenaires proposent tout un parcours sur ce Campus de l’art. Entre l’Ecole nationale supérieure d’architecture, l’Ecole des Beaux-Arts Nantes Saint-Nazaire, le Pôle des Arts Graphiques, l’Ecole Supérieure des Métiers Artistiques et CinéCréatis, les propositions nous interrogent autant sur les années de pandémies que nous vivons que sur les futurs que nous pouvons créer.

Certains des prototypes d’architecture se retrouvent au Solilab, où une toute nouvelle passerelle en bois a été installée pour le relier aux quais. Pensée par l’Atelier Vecteur, cette passerelle qui enjambe une friche destinée à devenir un jardin relie un lieu d’économie solidaire à la Cantine du Voyage.

Juste à côté, à la HAB Galerie, nous découvrons un autre projet collaboratif, Plonger et puiser de Michael Beutler. Avec les étudiants en architecture et beaux-arts de la ville, l’artiste a imaginé toute une chaîne de production de feuilles de papier de dimensions hors normes. Uniquement avec des matériaux de récupération, ils ont créé des feuilles qui viennent structurer l’espace de la HAB. A cheval entre industrie et artisanat, poids du papier et légèreté d’une structure, pièce unique et série, l’installation prend toute son épaisseur dans le récit de sa création.

Depuis dix ans, Le Voyage à Nantes suit l’évolution de la ville qu’il habite et habille d’art et d’humour, transformant lui aussi le paysage urbain, dans une dynamique plus que nécessaire. Car comme l’affirme son directeur Jean Blaise, l’art ouvre et éclaire les esprits, et en ces temps difficiles teintés de pandémie et de populisme, il est essentiel de le soutenir. Soutenons un art accessible à tous les regards !

Le Voyage à Nantes
Du 02 juillet au 11 septembre 2022

Visuels : 1- Visuel de l’édition 2022 du Voyage à Nantes © Hélène Delprat / 2- Pascal Convert, Miroirs des temps, 2022. Œuvre pérenne pour le Cimetière de la Miséricorde. Maître verrier Olivier Juteau © Pascal Convert / 3- Automates à l’unisson, Gavin Pryke, De l’art des enseignes, Le Voyage à Nantes © Philippe Piron _ LVAN / 4- Extensions. Rue Bias, Nantes.2022, Krijn de Koning, Le Voyage à Nantes 2022 © Martin Argyroglo _ LVAN / 5- Façades chromatiques, Une invitation aux voyages imaginaires, Alexandre Benjamin Navet, Place du Commerce, Le Voyage à Nantes 2022 © Martin Argyroglo _ LVAN / 6- Exposition AAM AASTHA de Charles Fréger – du 2 juillet au 27 novembre 2022 ; Château des ducs de Bretagne – musée d’histoire de Nantes_© David Gallard _ LVAN / 7- Michael Beutler – Exposition _Plonger et Puiser_ – HAB Galerie – Nantes, le Voyage à Nantes 2022 © Martin Argyroglo _ LVAN

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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