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Confinement : Créer malgré la précarité, Portraits d’artistes

Confinement : Créer malgré la précarité, Portraits d’artistes

21 avril 2020 | PAR La Rédaction

Les professions artistiques n’ont pas échappé à l’impact économique causé par le coronavirus. Malgré des revenus limités voire inexistants, certains artistes continuent néanmoins de créer, permettant à la culture de devenir un espace d’évasion durant le confinement.

Par Salomé Lemaître, étudiant(e) à l’EFJ Bordeaux*

Habitué à déambuler afin de croquer les villes du monde entier, le dessinateur Lapin semble aujourd’hui bien immobile dans son appartement barcelonais. Comme pour bon nombre d’artistes, le confinement a affecté son activité. « Étant spécialisé dans le reportage in situ, tous mes projets de reportages, d’éditions ou expositions ont été annulés jusqu’à cet été à cause de l’épidémie. Mes seules rentrées d’argent proviennent des cours que je donne à l’Université via une plateforme en ligne » explique le carnettiste. Pour autant, cette crise n’a pas eu raison de sa créativité. Sur sa feuille, les paysages urbains ont cédé leur place à des motifs végétaux : « Je travaille sur des illustrations botaniques inspirées par la collection de plantes succulentes que nous avons sur la terrasse. » De nouvelles créations, qu’il partage avec plaisir sur son compte Instagram. « Grâce aux nombreux retours que j’ai, je m’aperçois que mes illustrations inspirent, encouragent à créer ou apaisent. Montrer que l’inspiration se trouve également dans des plantes, loin de mes sujets de prédilection est également une leçon pour les personnes qui me suivent : se contenter de ce que l’on a et se dépasser grâce au temps offert par le confinement. » Astrid Loren, photographe bordelaise, adhère à cette même leçon. À la tête de sa micro-entreprise depuis janvier 2019, la jeune femme tient financièrement grâce à son deuxième emploi au sein d’un bar, pour lequel elle touche le chômage partiel. « J’ai beaucoup de chance d’avoir un deuxième boulot en ce moment contrairement à certains qui ne vivent que de leur art. C’est assez frustrant et compliqué de ne plus exercer mais on revient à l’essentiel. Pour ce qui est de la création, je m’adapte. J’ai commencé à faire des autoportraits par exemple, que je poste par la suite sur Instagram. J’avais toujours hésité à en faire, mais le fait de ne plus avoir d’autre choix, ça m’a permis, quelque part, de m’y mettre, de ne compter que sur moi et de m’adapter à mon environnement. » détaille la photographe.

« Je me sens paralysée dans ma création »

Créer malgré l’impact économique, un défi qui reste cependant difficile à relever pour certains artistes. Kelly Allison, artiste peintre, n’a plus aucun revenu, ses expositions étant annulées ou repoussées et les points de ventes fermés. « D’habitude je vends environ un tableau par semaine. Depuis le début de cette crise, je n’ai vendu qu’un tableau » déplore la jeune femme. À cette problématique financière s’ajoute une forte angoisse face à cette pandémie mondiale. « Je vis très mal la crise. Ce n’est pas vraiment le confinement qui est compliqué, mais plutôt la détresse et la souffrance du monde, surtout dans les pays les plus démunis, qui m’inquiètent et me plongent dans la tristesse. J’avoue que c’est aussi difficile de vivre si loin de ses proches [elle est originaire du Canada]. Nous n’avons aucune idée du moment où nous pourrons nous retrouver. Pour toutes ces raisons, je me sens vraiment paralysée dans ma création. » Pour remédier à cette précarité artistique, certaines institutions ont mis en place des programmes d’aide. La FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) Nouvelle-Aquitaine a par exemple lancé un appel d’offres afin de soutenir les créateurs. Ces derniers sont invités à proposer « un projet conçu dans cette période de pandémie et de confinement ». 20 projets seront, par la suite, sélectionnés et récompensés d’une bourse de 2000 euros afin que les artistes puissent concevoir leurs idées. Le ministre de la Culture, Franck Riester, a, par ailleurs, annoncé un plan d’aide d’urgence à hauteur de 22 millions d’euros pour aider les secteurs culturels et leurs acteurs.

« Si on nous appelle ‘artiste’, c’est parce que ‘the show must go on‘ »

Manu Roig, musicien – chanteur professionnel, membre du groupe « La Rafa Mia » qui a participé cette année à l’émission The Voice, gagne sa vie en tant qu’intermittent du spectacle. Il appartient à une profession fortement impactée par cette crise du Covid, avec l’annulation des évènements culturels. « J’ai vu s’annuler plus de 30 concerts prévus sur les 43 nécessaires à renouveler mon dossier d’intermittent. » raconte le musicien. « Heureusement je reçois des mails de Pôle Emploi Spectacle qui nous explique que des mesures de soutien sont en train d’être créées pour nous, afin que notre dossier 2020 puisse être assuré au mieux.» Manu reste cependant positif et continue lui aussi de créer : « Dans les premières semaines, j’ai peaufiné mon show 2020. Puis, j’ai suivi l’élan de mes amis candidats en proposant des lives depuis ma page Facebook, tous les vendredis soir. J’essaye de créer au mieux l’illusion que je suis avec les personnes du public, en leur proposant une possibilité d’échanger entre elles dans les commentaires, de chanter des chansons qu’elles connaissent, en rappelant qu’il faut soutenir le personnel soignant en restant chez nous pour qu’on puisse vite se retrouver. Si on nous appelle « artiste », c’est parce que « the show must go on », donc on s’adapte et on s’efforce de trouver des moyens de faire ce que l’on sait faire. »

crédits : (c)  Les illustrations de Lapin (c) Portrait de Manu Roig DR

*Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre l’École du nouveau journalisme de Bordeaux (EFJ) et Toute la culture, à la suite d’un atelier de journalisme culturel.

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