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Cannes, jour 5 : « Les Siffleurs » à bout de souffle, une « Perdrix » inspirée et des rencontres nourrissantes

Cannes, jour 5 : « Les Siffleurs » à bout de souffle, une « Perdrix » inspirée et des rencontres nourrissantes

20 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Un dimanche pluvieux, sur une croisette qui signe le retour d’Honoré et une folle nuit chez Madame Arthur.

Dimanche 19 mai au matin, un jour brumeux se lève sur la planète Cannes, où l’on attendait de pied ferme le film de Corneliu Porumboiu, Les Siffleurs. Les attentes étaient grandes : en 2015, Le Trésor avait été un des temps forts d’Un certain regard – il avait remporté le prix Un certain talent. Cette année, le cinéaste roumain a les honneurs de la compétition, mais révèle un film qui se contente du programme de son titre. Une histoire de mafia (encore une) entre Bucarest et les Canaries. Boiteuse, l’intrigue n’avance pas, Les Siffleurs ne décolle pas, et on est franchement déçu.

Ce même dimanche matin, un vieil ami du Festival y faisait son retour, un an seulement après y avoir posé ses valises en compétition, avec son magnifique Plaire, aimer et courir vite : Christophe Honoré était déjà de retour, en section Un certain regard, avec Chambre 212. Révélée vers 8 h 30, cette réflexion malicieuse et alerte sur les sentiments et la fidélité, avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste et Camille Cottin entre autres, s’est montrée convaincante.

A 11 h 30, les métiers culturels étaient à l’honneur, au Village international : l’équipe de Toute La Culture a tourné deux interviews en partenariat avec l’ICART, école de médiation culturelle.

Nous avons rencontré Jean-Noël Tronc, directeur de la Sacem, sur les fronts de défense de la culture européenne dernièrement

Et aussi Geoffroy Grison, scénariste et consultant scénariste sur son travail notamment avec le réalisateur Raphaël Nadjari.

Puis, à 13 heures, les rédacteurs se sont réunis sur la plage de la Quinzaine des réalisateurs pour un déjeuner, organisé par l’équipe du Forum des images, à Paris (qui, entre autres événements, donne à voir chaque année à Paris les films de la Quinzaine, après Cannes). Passionnante, la rencontre avec Claude Farge, le directeur général du Forum, Fabien Gaffez, le directeur des programmes, et Diana-Odile Lestage, la responsable presse, a donné lieu à des échanges nourrissants sur la manière de parler de la culture et sur la variété de la cinéphilie en France.

Quelques gouttes de pluie étaient au rendez-vous, mais qu’importe, on a poursuivi notre journée à la Quinzaine des réalisateurs, avec Perdrix, le premier long-métrage d’Erwan Le Duc. Une comédie décalée, en équilibre entre l’absurde et l’émotion. Swann Arlaud et Maud Wyler y sont formidables, le premier dans un rôle de gendarme doux-dingue incapable d’exprimer ce qu’il ressent et la seconde dans celui de la femme fantasque et délurée qui se fait voler sa voiture par un groupe d’extrémistes nudistes. Un franc moment de légèreté et un succès pour celui qui est aussi journaliste au Monde. Durant la longue ovation du public à la fin du film, Maud Wyler était émue aux larmes.

A la Quinzaine, la soirée s’est terminée sur The Lighthouse (dont on vous parlera très vite plus longuement). Signé Robert Eggers, le long-métrage est tourné en 4/3 et en noir et blanc. Sublime de bout en bout, cette histoire d’un gardien de phare nous a totalement happés : la photographie signée Jarin Blashke captive l’œil. L’expérience sensorielle est totale, le duo d’acteurs Willem Dafoe et Robert Pattinson est époustouflant… Et même malgré les cinq minutes de coupure technique que le public de la Quinzaine a dû subir, on ne saurait tarir d’éloges sur ce choc esthétique.

A 22 heures, la traditionnelle fête de la Semaine de la Critique s’est ouverte, sur la belle plage Nespresso. Ce soir, les équipes de certains films – dont Tu mérites un amour, réalisé par Hafsia Herzi, avec Jérémie Laheurte ou Anthony Bajon (distribué par Rezo Films) – étaient présentes avec leur classe, et cette soirée qu’on ne rate jamais, année après année, a encore une fois fort bien fait son office. Outre sa musique dansante plus qu’efficace, et son cadre de rêve, elle nous a offert bien des délices à déguster, à commencer par les crèmes brûlées préparées sur place, qu’on a été tout heureux de retrouver, et de regarder rôtir. Avec aussi au menu : hamburgers faits devant nous, crêpes… Et alcools en tout genre, bien entendu. Même si, en ce milieu de Festival, quelques jus de fruits n’ont pas été de refus, à minuit… Une fête en tout cas scintillante, sur une plage heureusement épargnée par la pluie et très agréable, au sein des nuits cannoises.

A minuit, direction le Silencio où la reine de la semaine, la chanteuse Corine, avait programmé ce dimanche soir le cabaret de Madame Arthur. Au programme : des chansons (françaises) au micro, une ambiance foutraque comme seul ce haut lieu de Pigalle à Paris sait en créer, des festivaliers invités à faire leur karaoké, et des cocktails qui remettent d’aplomb.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuels : © Toute La Culture-DR

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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