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L’arrivée en fête du Théâtre de la Ville à l’Espace Pierre Cardin avec Khan, Stereoptik et Frisch

L’arrivée en fête du Théâtre de la Ville à l’Espace Pierre Cardin avec Khan, Stereoptik et Frisch

28 novembre 2016 | PAR Christophe Candoni

Pour une période de conséquents travaux de rénovation, le Théâtre de la Ville quitte la place du Châtelet et s’installe à l’Espace Pierre Cardin en bas des Champs-Elysées. A l’occasion de l’investissement des lieux refaits à neuf, de nombreux artistes « maison » toutes disciplines confondues, donnent rendez-vous aux spectateurs pendant deux week-ends de lancement et de fêtes.

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Etroite et solide est la relation qui unit le chorégraphe britannique Akram Khan au Théâtre de la Ville. Aussi, quand lui fut proposé d’ouvrir l’événement vendredi soir à l’Espace Pierre Cardin, n’a-t-il pas hésité une seconde : c’est donc la valise remplie d’un festival chorégraphique que le danseur s’est rendu à Paris. En ce qui nous concerne, l’hésitation a été également brève, sinon inexistante, à l’idée de découvrir Toro. Solo accompagné de quatre musiciens, Toro est l’histoire d’une réinvention, celle du duo mythique Torobakaque que Khan a dansé avec Israel Galvàn. Du taureau et de la vache sacrés originels, Khan n’a conservé que le premier sans pour autant déposséder la pièce de sa dimension trans(e)-cendante ni de son influence indienne. Derrière l’empreinte sévillane omniprésente, on sent poindre, en effet, le goût de Khan pour les rencontres et la narration, son désir d’engager le dialogue par-delà les frontières géographiques et culturelles. Aussi, nous transporte-t-il dans un monde onirique où musique, sons, pieds et mains ne forment qu’un seul corps. De la place centrale accordée aux musiciens et chanteurs à l’énergie déployée par Khan lorsque, explorant le pouvoir musical du corps, il engage chacun de ses muscles et de ses membres, chacune de ses articulations, rien dans Toro n’est fait pour épargner un spectateur qui n’a de cesse de se laisser surprendre. Duel ou duo ? Solo ou soliste ? Mouvement ou onomatopées ? Peu importe, l’envoûtement n’a pas de pays d’origine et les palmas de la culture flamenco peuvent, tout à fait bien, être universellement partagées.

Dimanche, c’est au tour de l’illusion de prendre ses quartiers d’une manière aussi jouissive que transgressive avec deux formats courts. La Compagnie Stereoptik qui expose également en sous-sol les croquis et esquisses préparatoires à ses dernières créations présente Congés payés. Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond, les signataires du génial Dark Circus découvert au Festival d’Avignon, déploient dans un dispositif semblable leur geste hybride et inventif entre performance filmique, plastique et musicale. A l’heure où l’augmentation du temps de travail passe pour un argument de poids pour gagner une élection électorale, on plonge avec bonheur et amusement au temps du Front populaire. On prend la route des vacances, le chemin des plages bondées, des campings sauvages et des bals fiévreux. Comme un roman-photo revisité et animé pour la scène par le dessin et la vidéo, la pièce est maligne, astucieuse et offre une bonne vague de fraîcheur et de liberté.

On découvre Yann Frisch, magicien dément et peu académique dans une étonnante séance de cartomagie. L’humeur blagueuse et l’humour mordant, sous les regards impressionnés de l’assistance prise à partie dont il bouscule les certitudes avec un remarquable aplomb, le jeune artiste s’adonne à l’art de la divination, fait apparaître et disparaître ses cartes sur un rythme infernal. Enfin, il redonne un numéro d’anthologie, Baltass, qu’il tourne partout depuis 2011 et qui lui a valu d’être champion de France, d’Europe et du monde de magie. Manipulateur particulièrement dingue de balles rouges et d’une tasse à thé, il tourne à la déraison totale et nous entraîne dans sa folie.

Le Théâtre de la ville qui a entamé en septembre dernier sa saison aux Abbesses ainsi que dans une vingtaine de théâtres partenaires, va poursuivre désormais sa programmation Avenue Gabriel, dans la salle de spectacle que le couturier Pierre Cardin dirigeait depuis 1970 et à laquelle il a donné son nom. Les lieux comptent une grande salle de presque 700 places, deux autres plus petites dont une modulable, des espaces d’expositions et des jardins accueillants que devraient investir des artistes confirmés ou émergents pendant au moins deux ans a indiqué Emmanuel Demarcy-Mota qui rêve déjà de projets à plus long terme. Après Fabrice Melquiot le week-end prochain, le grand Robert Wilson donnera à partir du 15 décembre Letter to a Man d’après le Journal de Nijinski. Enfin toute la troupe du Théâtre de la Ville évidemment dirigée par son directeur et metteur en scène présentera une nouvelle création d’après L’Etat de siège d’Albert Camus.

Marianne Fougere et Christophe Candoni © Jane Hobson /Shutterstoc / Sipa

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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