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Académie des César: vers un nouveau souffle paritaire ?

Académie des César: vers un nouveau souffle paritaire ?

07 juillet 2020 | PAR Chloé Hubert

Après la démission collective de la direction de l’Académie des César en février dernier, le devenir de l’institution est incertain. Le vote des nouveaux statuts inscrivant notamment la parité obligatoire se tient jeudi prochain et scellera ainsi le destin de la prestigieuse Académie des arts et techniques du cinéma: parité, diversité et transparence seront-ils au rendez-vous ? 

Une démission collective qui marquait déjà la fragilité de l’Académie

Jeudi 9 juillet aura lieu le vote des nouveaux statuts encadrant le fonctionnement de l’Académie des César. Le confinement nous ayant presque fait oublier la débâcle de l’édition de 2020, le vote des nouveaux statuts sera l’occasion de contrecarrer la lente chute d’une institution qui se voit offrir la possibilité de rebondir, notamment sur le sujet de la parité. En effet, l’édition 2020 des César n’avait pas commencé du bon pied. Suite au refus arbitraire de l’Académie d’inviter Virginie Despentes et Claire Denis au dîner des Révélations, une tribune est publiée le 10 février en réaction dans Le Monde. Celle-ci, signée entre autre par Jacques Audiard et Léa Seydoux, réclame davantage de transparence et déplore qu’ « aucune voix au chapitre ni dans les fonctionnements de l’académie et de l’association, ni dans le déroulé de la cérémonie  » ne soit donnée aux 4700 membres de l’Académie des César. En effet, c’est la plus restreinte association pour la promotion du cinéma (APC), réunissant 45 membres dont les noms n’ont été connus que récemment, qui est en réalité seule à la barre. À la suite de cette interpellation publique, l’APC pose sa démission collective le 12 février. Les César auront toutefois bien lieu mais se donneront en spectacle. 

Polanski ? Vraiment ? 

Si l’ambiance était déjà tendue, la surréaliste soirée du 28 février 2020 a sidérée, par le choix de récompenser Roman Polanski du titre de meilleur réalisateur. En effet, la cérémonie qui a notamment accueillit le puissant discours d’Aïssa Maïga sur le manque de diversité dans le cinéma français s’est vu chamboulée par la sortie en trombe d’une partie du public – notamment la remarquée Adèle Haenel –  et la désertion de la maîtresse de cérémonie, Florence Foresti, suite à la consécration du réalisateur visé par plusieurs plaintes pour viol. Si l’Académie avait déjà été critiquée par le collectif 50/50 pour le manque de parité et de diversité dans le cinéma français et notamment au sein de l’Académie elle-même, le choix de récompenser de Polanski semble avoir démontrer l’urgence d’un renouvellement. Celui-ci se jouera surtout par « la bataille des chiffres » comme le revendique le collectif pour l’égalité dans le cinéma. Avec une parité, le dénouement de la soirée aurait en effet pu être bien différent.

Ce qu’il va changer avec ce vote 

Ce vote des nouveaux statuts apparaît toutefois comme périlleux. Ils ont en effet été rédigés par des juristes sous l’égide du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) érigé en arbitre, sans consultation préalable des 45 membres de l’APC. Certains sont en effet contre de nouvelles élections et pour un mandat à vie, et d’autres tout bonnement contre le principe même de parité. C’est toutefois de ce vote que va dépendre l’organisation de la prochaine édition des César, dont le futur est encore incertain. S’il s’avère que ces nouveaux statuts sont votés, voici les changements qui s’annoncent: l’Académie et l’association vont fusionner, les 4700 membres de l’Académie, réunie en assemblée générale, décideront ensuite d’un conseil d’administration de 40 personnes dans lequel la parité devrait être respectée. Le respect de la diversité qui est quant à lui jugé plus difficilement comptable est toutefois également un objectif de cette nouvelle orientation. Ensuite, les 4700 membres actuels de l’Académie devront devenir membre d’une nouvelle académie qui devra trouver un nouveau visage, un président ou plutôt, dans les conditions actuelles, une présidente. Si certains noms son évoqués, les éventuelles candidates ne sont pas encore connues. Les discussions devraient avoir lieu au cours de l’été, mais le vote de jeudi s’annonce comme la première étape nécessaire – qu’on espère toutefois n’être qu’une formalité – vers la concrétisation des changements post #metoo, et d’un « 50/50 pour 2020 ».  

 

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Chloé Hubert

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