L’oeuvre de Serrano saccagée par des chrétiens radicaux

17 avril 2011 Par
Amelie Blaustein Niddam
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L’archevêché d’Avignon s’affole depuis plusieurs semaines face au Christ de Serrano, affiche de l’exposition anniversaire pour les 10 ans de la Collection Lambert. « Je crois aux miracles » a débuté le 12 décembre et se termine le 8 mai. Ce dimanche, une vitesse supérieure a été passée dans la folie extrémiste. Cinq chrétiens radicaux ont saccagé l’œuvre d’art. Stuppeur.

Avignon, ville papale. Samedi après-midi, sous le soleil quasiment estival, un spectacle d’un autre temps à provoqué l’étonnement. Au slogan de » Serrano t’es foutu, les cathos sont dans la rue », les hommes en soutanes et les femmes en habits, accompagnés d’une horde de femmes, coupe au carré, serre-tête et famille nombreuse aux bras. Ce petit monde a souhaité la disparition de la superbe photographie d’Andrés Serrano, datant de 1987, mondialement connue et exposée depuis quatre mois déjà à au sein de la collection Lambert dans le cadre de « Je crois aux miracles » , l’exposition anniversaire pour les 10 ans de la présence du musée à Avignon.

Nouvelles de France raconte: « des individus ont profité de l’ouverture du musée pour se rendre en milieu de journée devant l’œuvre et la détruire à coups de masses et de marteaux , le visage découvert, ils ont détruit la protection en verre et sont venus à bout de celle en plexiglas avec des masses et des marteaux avant de s’en prendre au Piss Christ  au cris de « Vive Dieu ! Vive Dieu ! »

Le photographe Andrés Serrano présentait récemment à la galerie du 108 rue Vieille Du Temple un nombre imposant de photos, toujours perturbantes par leur grand format et le choix des sujets. Corps flétris nus, militants du klus Klus Clan . Son travail dérange et fascine. L’archevêché d’Avignon a demandé jeudi dernier le retrait de la photographie sous-titrée « Piss Christ » , réalisée en 1987 par l’artiste new-yorkais d’origine haïtienne. Elle met en scène un crucifix trempé dans son urine. « Devant le côté odieux de ce cliché qui bafoue l’image du Christ sur la croix, cœur de notre foi chrétienne, je me dois de réagir. Toute atteinte à notre foi nous blesse, devant le côté odieux de ce cliché tout croyant est atteint au plus profond de sa foi », a déclaré dans un communiqué l’évêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz.

Le directeur de la collection Lambert, Eric Mézil, avait alors affirmé à l’AFP ne pas être informé de la réaction de l’archevêché et avait démenti tout caractère « blasphématoire » de l’œuvre offerte par l’artiste qu’il présente comme « très catholique ». « C’est une crucifixion comme il en existe des milliers dans l’histoire de l’art. Il faut reprendre le contexte d’une œuvre qui a été faite en 1987 au moment du sida aux Etats-Unis et qui reprenait une thématique un peu médiévale de ce que l’on appelait les humeurs du corps, le sang, la sueur, l’urine, les larmes », avait ajouté M. Mézil.

Il a rappelé que l’œuvre avait fait l’objet d’une polémique aux États-Unis dans les milieux « extrémistes » au moment de sa création, mais n’avait suscité aucune réaction lors d’une rétrospective il y a cinq ans à Avignon. La municipalité, qui subventionne la collection, a indiqué dans un communiqué qu’elle n’avait pas « vocation à s’immiscer dans les choix artistiques effectués par les responsables d’un lieu qui n’est pas un musée municipal et dont la collection appartient à un mécène privé ».

La réponse donnée n’a pas convaincue, Avignon est redevenue en quelques heures une ville où l’Eglise fait la loi, bafouant la liberté artistique au nom du fondamentalisme religieux.