Les trois sœurs à la structure architecturale de Simon Stone

12 novembre 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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L’Odéon n’en finit pas de présenter la troisième pièce de Tchekhov. Après la version en langue des signes de Timofeï Kouliabine , c’est au tour de Simon Stone, LA révélation du dernier festival d’Avignon de s’attaquer à cette pièce classique.

Après John Gabriel Borkman à Bâle, Peer Gynt à Hambourg, Médée à Amsterdam (présenté en juin à l’Odéon) ou Thyestes, Simon Stone s’intéresse aux Trois sœurs. Nous l’avons laissé mi-juillet sur la scène du Lycée Saint Joseph à Avignon avec Ibsen Huis, un conte fantastique et dramatique tourbillonnant qui prenait comme source tous les personnages d’Ibsen.

Pour Les Trois Soeurs déjà présenté en mai à Berlin avec la troupe de Bâle, Stone a gardé intactes les fondations de la maison Tchekhov, dans le fond et dans la forme. Les actes et les personnages sont ceux de la version de 1901. Dans la forme, le Suisse propose une nouvelle fois une maison d’architecte, verrée et anguleuse, symbole du huis-clos. On s’arrête là pour le jeu des sept erreurs. Stone a tout réécrit, tout adapté comme si l’intrigue se passait en novembre 2017. Comme le monde est devenu mobile, la maison n’est plus le foyer principal, mais la résidence secondaire, celle où l’on se retrouve pour les vacances. L’occasion alors, de faire le point sur les frustrations, les mélancolies et les nostalgies.

L’histoire était déjà en 1901 ultra contemporaine, et dans la version 2017 elle l’est tout autant. Il s’agit de regarder évoluer les petits tracas de gens du quotidien. Olga (Amira Casar) est enfermée dans son job de prof, Irina (Eloïse Mignon) rêve de Berlin et de quitter Nikolaï (Laurent Papot), Macha (Céline Sallette) veut changer de mec (Jean-Baptiste Anoumon) et s’amourache d’un bad-boy hipster (Assaad Bouab), et avale ses sornettes avec passions. Le frère, Andrei (Eric Caravaca) épouse une « salope » (Servane Ducorps) , et crame tout l’héritage en drogues dures. Pour la veillée de noël on reprend le refrain de « Umbrella » de Rihana, on pleure la mort de Bowie et l’oncle Roman ( Frédéric Pierrot) refuse de croire que Donald Trump a été élu.

La structure scénographique, désormais classique, permet de changer de point de vue avec une élégance totale. Stone nous donne à voir les personnages sans qu’ils changent forcément d’espace et nous cache ce qui doit l’être.

Tout est parfait ici, un peu lisse même. La direction d’acteurs ( Jean-Baptiste Anoumon, Assaad Bouab, Éric Caravaca, Amira Casar, Servane Ducorps, Eloïse Mignon, Laurent Papot, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Assane Timbo et Thibault Vinçon) est parfaite, l’adaptation du texte est dépoussiérée et brillante. Simon Stone pointe parfaitement le spleen baudelairien dans sa version Instagram. Si dans Ibsen Huis, il changeait d’époque en un coup de tournette, ici, il change de scène de la même façon que l’on swipe sur Tinder et envoie des répliques comme des punchlines de rap « Je tire sur des mouettes » balance Vickor ( Thibaut Vinçon).

Mais l’idée n’est pas neuve. Faire tourner un décor, traiter d’existentialisme urbain, cela a déjà été fait sur les scènes, Ostermeier en chef de fil il y a déjà dix ans. Le resultat est donc biaisé.  Les trois sœurs de Simon Stone est une parfaite pièce de théâtre mais elle ne confirme pas la sensation de génie qui nous hante encore, en repensant à Ibsen Huis.

photo de répétition © Thierry Depagne