Théâtre

Les Trois Sœurs de Anton Tchekhov Mise en scène Timofeï Kouliabine, l’erreur.

Les Trois Sœurs de Anton Tchekhov Mise en scène Timofeï Kouliabine, l’erreur.

09 octobre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

Étoile montante des scènes russes, Timofeï Kouliabine est invité en France. Lors de leur création, ses Trois Sœurs ont été qualifiées d’“événement historique” par la critique. Effectivement cela est historique puisque la proposition d’une curiosité extrême est de jouer le Tchekhov intégralement en langue des signes russes. Historique aussi de constater l’erreur d’avoir eu ce courage là.

Sur scène, les murs de la maison des Prozorov sont indiqués au sol et le spectateur en reçoit le plan en polycopié. Du coup le plateau ressemble à la circulation d’un Conforama entre des meubles cérusé bas de gamme. Les comédiens jouent intégralement en langue des signes.  Afin d’éviter à nos oreilles un ennui inhabituel, sont sans cesse ajoutés des bruits, des sons, inutiles sauf à nous tenir réveillés.

La langue des signes est sans syntaxe et sans affects; aucune intention ne peut être rendue par le ton de la voix, le rythme des mots. Le parti fut donc d’ajouter des grimaces et des gestes exagérés dignes du cinéma muet. Chaque spectateur renonce vite à suivre les mouvements ésotériques des mains des comédiens mais s’amuse aux grimaces, aux déhanchements ou claudications comiques. Hors ces brèves performances clownesques on s’ennuie un peu d’autant que la langue des signes plus lente allonge une intrique que l’on connait déjà.

Le spectacle de troupe est d’une originalité absolue et exige une implication du spectateur nouvelle. En cela le geste est vertueux. Toutefois, au théâtre le texte est toujours un hors champ qui créé la représentation tout en s’en retirant. Le primat du texte est remplacé par le primat de l’interprétation dans immédiateté. Le grand Louis Jouvet résumait cela en écrivant qu’au théâtre tout le monde ment sauf le texte. Ici le texte est lu par le spectateur sur les prompteurs avant d’être vaguement suivi sur les mains et les corps des comédiens. Le primat du texte transforme l’exploit en cette bizarrerie où les comédiens semblent traduire le texte en leur langue là où l’on s’attend à ce que les afficheurs traduisent la langue des comédiens. Ce sont eux, les acteurs qui sous titrent en quelque sorte. C’est donc raté et si l’on s’ennuie copieusement c’est aussi parce que le texte que nous avons vocation à savourer ne se constitue qu’en sa version en réduction des prompteurs. Reste la question de pourquoi cette erreur de programmation

 

Les Trois Sœurs
De
Anton Tchekhov
Mise en scène
Timofeï Kouliabine
Avec
Linda Akhmetzianova, Sergeï Bogomolov, Ielena Drinevskaïa, Denis Frank, Daria Iemelianova, Klavdia Katchoussova, Irina Krivonos, Valeria Kroutchinina, Alexei Mejov, Ilia Mouzyko, Sergeï Novikov, Pavel Poliakov, Andreï Tchernykh, Konstantin Télégine, Anton Voïnalovitch
En langue des signes russe, surtitré en français et en anglais.

 

Crédit photo © Victor Dmitriev

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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