« Le Cri Quotidien », de la délicatesse du papier plié à l’explosion des confettis

15 avril 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

A l’origine de la compagnie Les Anges au plafond, il y a un premier spectacle, créé en 2000: Le Cri Quotidien. Théâtre de marionnettes de papier à la fois minimaliste et expansif, il fait cohabiter sur scène la lectrice d’un journal qui se déploie au-delà de l’ordinaire et une violoncelliste à la partition étrange. Spectacle intimiste de papier plié, adapté à tous les publics, gentiment iconoclaste, un poème visuel et sonore qu’on peut savourer en famille sans hésitation.

Incurie du personnel politique et ineptie de son discours. Inéluctabilité de l’accident de voiture sur une route de campagne verglacée. Inexorabilité de la rurbanisation et du développement de l’élevage intensif. Fatalité du dénouement tragique d’une union multiculturelle… Derrière les faits divers relatés dans Le Cri Quotidien, organe de presse imaginaire, se tapissent quelques-unes des grandes tragédies de notre temps. C’est la matière, lourde, compacte, dont Camille Trouvé et Brice Berthoud s’emparent pour composer une dentelle de poésie, ludique et vivante.

Le Cri Quotidien, évidemment, n’existe pas vraiment… Mais est-ce bien certain? Après tout, cet immense journal que Camille Trouvé porte sous le bras quand elle entre en scène, plein de vérités graves et d’astucieuses marionnettes, n’est-il pas aussi vrai, aussi réel, ne nous informe-t-il pas finalement mieux sur nous-mêmes et sur le monde que nous nous sommes construits, que la première chaîne d’informations en continu venue? Pour avoir été imaginé, pour relever de la fiction, pour s’adresser au coeur autant qu’à l’esprit, pour être bien plus beau et pour être accompagné d’un violoncelle, en est-il moins digne d’intérêt? On aurait tendance à répondre par la négative…

Les décors se déploient à partir du journal étalé sur la table, selon la technique du pop-up. La deuxième dimension devient ainsi troisième dimension, tandis que des marionnettes et véhicules divers sont extirpés de sous la table pour venir s’y promener. Tout est fantaisiste, tout est jouissif, tout est plus grand que nature malgré l’échelle miniature: les poulets en batterie dans leur usine folle caquettent, les voitures s’écrasent les unes dans les autres à grands renforts de papier froissé, les hommes politiques se font rabattre violemment face contre page, le papier déchiré vole dans les airs tandis que les enveloppes de graines de tournesol s’amoncellent sur scène… Une approche réjouissante de la marionnette, qui ravit particulièrement les enfants qui farfouillent dans les papiers déchirés qui jonchent le sol à la fin du spectacle…

Sur scène, Camille Trouvé lit son journal à une table tandis que Sandrine Lefebvre joue de son instrument dans son coin. Les deux semblent s’ignorer mutuellement, sauf quand le hasard d’un accident les fait se croiser. Pourtant, d’une façon secrète et souterraine, le violoncelle vient bel et bien compléter les scénettes qui naissent de la lecture des nouvelles. Des cris, des grincements, des couinements s’échappent parfois des cordes et de l’archet, entre deux sonates. Cette double solitude n’est que d’apparence: un dialogue mystérieux se noue entre les deux interprètes, entre le registre vocal et visuel de la manipulatrice et le registre musical de la violoncelliste…

Le Cri Quotidien est un spectacle qui vaut à un double titre. D’abord, il est comme une archéologie du travail de la compagnie, qui, au fil de ses oeuvres, a montré toute l’étendue de sa force créative et de sa puissance poétique. Dans Le Cri Quotidien, comme le confie elle-même Camille Trouvé, on trouve en germe tout le travail ultérieur des Anges. Mais surtout, c’est un spectacle qui a extrêmement bien vieilli, ceci d’autant plus qu’il n’est pas resté figé au travers des années. Ses 35 minutes contiennent autant de surprises et de plaisirs que lorsqu’il fut présenté pour la première fois en 2000. C’est un petit régal d’humour, de légereté, d’inventivité visuelle et sonore, qui se déguste avec simplicité.

Le Cri Quotidien, forme courte, ludique et poétique, sera proposé aux spectateurs de Frouard (54) au Théâtre Gérard Philipe le 16 avril, et aux spectateurs de Bourges (18) au MCB° Bourges les 3 et 4 mai.

Jeu : Camille Trouvé
Musique : Sandrine Lefebvre
Mise en pli : Brice Berthoud

Visuels: (C) Les Anges au Plafond


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