L’apprentissage de Jean-Luc Lagarce aux Déchargeurs

21 octobre 2008 Par Yaël | 0 commentaires

C’est un combat de catch qui se donne jusqu’au 25 octobre au théâtre Les Déchargeurs. Un homme, Alain Macé, se mesure à un texte de Jean-Luc Lagarce, L’Apprentissage. Outre la prise difficile, corps suant, de la langue singulière de l’auteur, le comédien s’attaque encore à un texte poignant et des plus durs, sans complaisance toujours, mais cette fois la pudeur en partance, du moins regardant la crudité du corps appauvri des yeux caves du malade.

 

Celui qui raconte, -car c‘est ainsi Lagarce, sans nom, juste un attachement flou au personnage n’en gardant que la sève universelle-, sort d’un coma ou d’une perte de conscience. Il s’éveille, écoute, regarde, les réflexes deviennent actes, interrogés. Loin de la critique des conditions de l’hébergement hospitalier, Celui qui raconte dit cette étrangeté de fait : lui patient, chose végétative et sans histoire pour ces filles qui travaillent à soigner. Ce texte commande, devait être un récit de naissance. L’auteur aménage le thème en le condensant à l’état émergent, la conscience des autres et celle du moi. Comme un enfant, celui qui raconte est perplexe devant le miroir, il transcende la vision du corps souffrant par la découverte, celle d’un autre soi.

Alain Macé habille seul la scène. D’une poursuite n’éclairant qu’un visage à une lumière plein feu, le rideau s’ouvre sur la vie ou sur une mort délivrant de la rage de l’impuissance. Sur un espace à la nudité légèrement stylisée le comédien déambule comme un pantin désarticulé. Il grimace sa souffrance, ironise et systématise le décalage du texte et du jeu, les tenant les plus écartés possibles, parallèles injoignables. Linéaire, le parti pris pourrait lasser, seulement, comme le corps en convalescence, le jeu se défait de son masque déformant, il le délaisse jusqu’à la plus désarmante simplicité. D’une danse macabre grotesque et distanciée, assistée d’un ennui teinté de sourires, la ronde ralentit et s’arrête. Une direction heureusement audacieuse car elle charme le cynisme et l’enferme un instant et laisse à voir le combat puis une forme de murmure devant la menace de la mort. Recueilli dans un silence, celui d’un jeu s’effaçant, les portes de l’hôpital peuvent s’ouvrir sur la ville, l’été, le souffle, la vie ?

L’Apprentissage de Jean-Luc Lagarce, mise en scène par Sylvain Maurice, jusqu’au 25 octobre 2008, Théâtre Les Déchargeurs  Réservations au 08 92 70 12 28.

Lagarce


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