Aurélien Bory suspend le corps dans l’espace

31 mars 2016 Par Araso | 0 commentaires

Dans le cadre d’une nocturne exceptionnelle au Musée Picasso, Aurélien Bory a fait le lien entre les deux expositions « Picasso. Sculptures » et « Miquel Barcelò, Sol y sombra » avec « Corps Noir » une performance unique.

Note de la rédaction :

Sous les volutes majestueuses de l’Hôtel Salé au pied du grand escalier, Aurélien Bory installe un cube noir. La texture des parois rappelle celle des tampons encreurs. A l’intérieur se cache Stephanie Fuster pour qui le circassien a composé en 2008 son spectacle de Flamenco « Questcequetudeviens? » (à revoir en ce moment au Monfort dans le cadre du festival (Des)Illusions). Déjà à l’époque, le duo explore le concept de la boîte. Dénudée, Stéphanie danse et laisse sur les parois translucides l’empreinte de la chaleur de son corps.

Suivant un procédé similaire, « Corps Noir » joue sur les traces laissées par le corps, conducteur d’eau et de chaud, sur les parois feutrées. L’empreinte est blanche sur fond noir. Comme la membrane qui engloutissait Kaori Ito dans « Plexus », celle du cube niché au pied de l’escalier de l’Hôtel Salé respire, le son produit est amplifié et résonne dans les couloirs du musée. D’abord figurative, laissant apercevoir très nettement les cuisses, l’articulation des hanches, le mamelon des seins, les contours du visage, le dessin des oreilles, l’ombre en contrepoint de Stéphanie Furster se fait plus abstraite. Ici il ne reste de son corps qu’une trainée de poudre, là un enchevêtrement cubiste, sous l’oeil invisible de Picasso et Barcelò.

Régulièrement un bras mécanique passe pour effacer la surface. Reboot. Ce travail d’Aurélien Bory s’inscrit dans la continuité de ses recherches, autour d’une poésie respiratoire initiée dans « Plexus » et dans une réflexion autour de l’objet mécanisé entamée avec « Sans Objet ». Et si le corps restait suspendu, pour quelques secondes de plus, dans l’espace? Et si notre rétine stroboscopique se posait lentement, comme une caresse, sur cette image pour ralentir, savourer un peu plus? C’est dans ce genre de moments, dont Aurélien Bory a le secret, que l’on a envie de tout arrêter pour respirer et apprécier, enfin.

Visuels © Aurélien Bory


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