À Valence, Gaëlle Bourges revisite le musée d’art et d’archéologie

1 juin 2018 Par
Maïlys Celeux-Lanval
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Placée sous le signe des créations féminines et féministes, la huitième édition du festival Ambivalence(s) de Valence (Drôme) programme trois créations inédites, parmi lesquelles L’Assiette d’Hubert de la chorégraphe Gaëlle Bourges. Le décor de cette performance ? Le jardin et les salles du musée de Valence !

© Jean-Louis Fernandez

Du 28 mai au 2 juin 2018, Valence passe entre les mains des femmes. 18, plus exactement, accompagnées de seulement 4 hommes, ont écrit, mis en scène et interprètent les trois créations stars du festival. Atomic man, chant d’amour (Julie Rosselo-Rochet et Lucie Rébéré) interroge la notion de virilité jusqu’à l’absurdité ; Certaines n’avaient jamais vu la mer (Julie Otsuka et Richard Brunel) retrace l’histoire méconnue de Japonaises émigrées aux Etats-Unis dans les années 20 ; et L’Assiette d’Hubert, format hybride de la chorégraphe Gaëlle Bourges, réinvente l’idée de visite guidée.

© Jean-Louis Fernandez

Tout commence dans le jardin du musée d’art et d’archéologie de Valence. Charmant au demeurant, même sous une pluie diluvienne, comme nous avons pu en faire l’expérience en ce mercredi 30 juin. Une poignée de visiteurs, casque sur les oreilles et protégés par les parapluies rouges prêtés par le musée, écoutent tout à la fois la voix douce de Gaëlle Bourges, les gouttent qui tombent et la bande-son musicale. On passe devant des sculptures détrempées, dont un nu alangui, qui donne l’occasion à la chorégraphe d’évoquer Jean-Luc Godard et son film Le Mépris (1963). Ou, plus exactement, la fascination des producteurs du film pour les fesses de la comédienne Brigitte Bardot, qui supplièrent Godard de les faire apparaître à l’écran. Émoustillée par la diffusion du dialogue célébrissime du film (« Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? »), Gaëlle Bourges nous invite à faire le tour de la statue pour en observer le postérieur, dissimulé dans les feuillages.

© Jean-Louis Fernandez

Puis, enfin au sec, on passe entre des paysages peints et une photographie de sous-bois du contemporain Éric Poitevin. Là, Gaëlle Bourges reprend son rôle de chorégraphe et invite quelques spectateurs à se transformer, l’espace d’un instant, en nymphes amoureuses… Tandis qu’elle se réapproprie les gestes de Vaslav Nijinski dans L’Après-midi d’un faune (1912). Plus loin, elle nous explique sa passion pour Hubert Robert, célèbre peintre de paysages du XVIIIème : avec une pointe d’humour, elle se demande à qui appartient le petit chien que l’on voit sur presque toutes ses toiles… À Fragonard ? Ce coquin ! Enfin, ultime étape dans la salle où sont exposés des centaines d’oiseaux empaillés. Elle y invite Nick Drake et son Way to Blue à fermer la marche… Nous laissant en tête un brin de mélancolie. Cette visite, unique en son genre et riche en références, révèle le musée en lieu de rêves où enjeux intimes et politiques (car bien souvent, son ton se fait féministe) se rencontrent avec fracas. Chapeau.

Images : © Jean-Louis Fernandez