LIVE REPORT: Beauregard, le flamboyant festival Normand

13 juillet 2016 Par Coline Renault | 0 commentaires

« John » a fait fort cette année encore pour la 7ème édition du festival Beauregard: 90 000 festivaliers ont vibré au fil d’un week-end de concerts de qualité, une affluence record qui n’enlève rien au charme si particulier de l’événement musical normand. Beauregard, c’est le cadre enchanteur d’un parc ombragé autour d’un château du XIXe, où des lampions suspendus aux arbres semblent danser au rythme des concerts qui s’alternent sans essoufflement entre les deux scènes. Mais Beauregard, c’est aussi une programmation éclectique, tour à tour accessible et pointue, dans une ambiance toujours bon enfant. Les 30 Juin, 1 et 2 juillet, de Nekfeu à Robert Plant, Toutelaculture y était et vous raconte ce « ptete bien que oui, ptete bien que nan » 100% normand. 

Beauregard

30 Juin Before nostalgique avec les Insus

Jeudi soir, les festivités s’ouvraient en compagnie « des Insus » pour un before nostalgique qui affichait complet. Devant près de 30 000 personnes, les ex-Téléphones ont réanimé avec ferveur leurs titres historiques en réduisant à néant les 3 décennies qui se sont écoulé depuis le succès d’ « un autre monde », replongeant une foule de quinquagénaires – souvent accompagnés de leurs enfants- dans une époque des 45 tours qui n’aurait rien perdu de sa modernité. Nullement dérouté par l’absence de Corinne, le public a renoué dans un bonheur manifeste avec un duo Aubert-Bertignac resplendissant de complicité.

Vendredi 1 Juillet

 Pour la première journée du festival et aussi du mois de juillet, la météo s’est montrée aussi surprenante que se voulait la programmation, obligeant les groupes de l’après midi à composer avec un public quelque peu refroidi par la pluie. Après une première prestation sans fausse note de Nuit, les américains de Brian Jonestown Massacre ont ravi les amateurs de rock indépendant, loin des têtes d’affiche mainstream de la programmation. Ensuite, place aux jeunes voix montantes de la musique française qui ont enfin réussi à réveiller le grand public en même temps que percaient les premières éclaircies. Feu! Chatterton, le très parisien quatuor de dandys confiait pendant la conférence de presse être là autant pour se faire connaître que pour profiter du festival comme un concert de proximité en plein air, celui de «la légèreté de l’être ». Pari réussi, le groupe s’impose comme la bonne surprise francophone du festival. Un brin de poésie baudelairienne habite les textes sublimés par la mélodie, elle même enchantée par la prestation. Voix trainante et notes élégantes, le chanteur charme et danse: le concert est intense. Quelques minutes plus tard, Nekfeu enflamme une foule unanime de – 25 ans qui connaît chaque morceau sur le bout des doigts. Animations en tout genre, confettis, ballons géants, le spectacle est frais et colore un style urbain sans concessions. La suite de la soirée semble saluer les années 90 : Beck, insaissable artiste aux airs de cow boy, offre un concert à mi chemin entre l’électro et le hip hop, avant que The Chemical Brothers achève de faire monter la tension. Leur mix electro-rock profond et vibrant semble répondre à une scénographie inquiétante et explosive qui plonge le public dans une transe hallucinante : clowns, silhouettes et sourires machiavéliques dessinent un univers inquiétant, jusqu’à l’explosion : des robots gigantesques se dressent face à la foule pour conclure le concert en apothéose. Après une telle expérience, difficile pour les groupes suivants de maintenir la tension chez les spectateurs un brin exsangue de force après ce concert éprouvant ; c’est néanmoins avec une efficacité certaine que The Shoes conclue la première journée.

Les Brigittes, sensuelles et taquines en fin d'après midi le samedi 2 juillet

Les Brigittes, sensuelles et taquines en fin d’après midi le samedi 2 juillet

Samedi 2 Juillet

L’après midi s’avère prometteur ce samedi, entre un soleil éclatant et une programmation accrocheuse, qui, bien qu’un brin proprette pour certains, a su accrocher le grand public. Naïve Beat New Beaters ouvre les festivités en invitant à la danse les premiers curieux avec des morceaux pops à l’arrière goût de disco. Peu de retenue ici : on joue le jeu de la spontanéité avec un concert juvénile plein de bonne humeur. Quelques minutes plus tard, l’ensemble du public semble se diriger unanimement vers la scène B, où les Brigittes semblent jouer avec les spectateurs un délicieux et langoureux jeu de séduction. En robe de soirée brillante sur une scène décorée de palmiers et de flamands roses, la sensualité lumineuse du duo français fait mouche: l’air mutin et les minauderies s’entremêlent avec un concert intime mêlant des chansons exclusives et les morceaux bien connus des ondes.

La Femme enchaîne avec un rock juvénile et désabusé. Crinière rousse et légère arrogance nonchalante, Marlon, le chanteur, laisse parfois sa voix s’érailler, tandis qu’un musicien fait glisser une bouteille de whiskys pendant le public. Les paroles, elles, dansent entre amour, tromperie et mycose. Le ton est donné.

S’il y a une chose qu’il faut reconnaître au festival Beauregard, c’est la grande variété de ses food trucks: du houmous au kébab en passant par les huitres, il y en a pour tous les goûts. Mais pas le temps de traîner au bar à mojitos ou à vin, car Robert Plant vient d’arriver sur scène avec la prestance grave des monuments musicaux. Fort de ses airs de vieux lion sage, il enchaîne avec justesse les morceaux avec une vigueur juste et maîtrisée: à près de 70 ans, l’ancien de Led Zepplin n’a rien perdu de sa fougue et de son brio. Si aux goûts de certains, son répertoire manque assurément de reprises de son groupe d’antan, la qualité musicale semble avoir envoûtée la foule, immobile et impressionnée. Le volume sonore n’est pas excessif : limitant, certes, les mouvements du public mais soulignant les subtilités musicales de sa prestation.

00h, The Avener fait son apparition sur scène et transforme le parc en club à ciel ouvert en remixant ses tubes bien connus: la foule, dansante et chantante, se délecte de ses reprises de « Big jet plane » et au court d’un concert 100% estival.  Mais la soirée n’est pas finie. The Kills déchaîne la foule déjà enthousiaste à travers un rock furieux qui contraste délicieusement avec le son lisse du Dj niçois. Finalement, l’artiste canneais Fakear conclut en apothéose la soirée et signe définitivement avec ce retour à la maison l’avènement de son succès, 3 ans après sa première apparition au festival Beauregard, un dimanche après-midi. Son électro est transcendant, à la fois serein et incisif, teinté d’Asie. A 2h du matin, Fakear semble clôre avec ses airs d’ailleurs le voyage de cette dernière journée musicale, comme si celle-ci n’avait cessé de nous emmener toujours plus loin, et c’est avec une sensation de complétude que les festivaliers quittent le parc, alors que le lendemain, on attend de la fraicheur avec Jain et Beirut.

 

©Photos: Coline Renault


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