Classique au vert : Un cru 2018 so jazzy

14 septembre 2018 Par
Christophe Dard
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Quel est le point commun entre Stravinsky, Leonard Bernstein, Aaron Copland et Mendelssohn ? Ils font partie du répertoire joué par les musiciens français et internationaux présents pour la 21ème édition de Classique au Vert. Mais cette année, les nombreux visiteurs ne devaient pas oublier leur passeport entre des excursions en Europe centrale et un voyage aux Etats-Unis.

 

© JL Elan

© JL Elan

 

Une canopée de mélodies sur la paresse estivale du Parc Floral de Paris. Du 11 août au 2 septembre 2018, la musique classique a choisi son jardin d’été pour déposer des brassées d’harmonies dans chaque oreille des spectateurs venus assister aux concerts.
Classique au Vert, le plus important festival de musique classique en Ile-de-France a proposé, comme chaque année, une programmation éclectique et accessible précédée, en lever de rideau, des traditionnelles scènes amateurs et des ateliers aussi divertissants qu’intelligents, Si on découvrait le samedi pour comprendre les œuvres jouées ensuite sur la grande scène et Si on chantait le dimanche pour permettre à chacun de donner de la voix aux côtés d’un chef de chœur.

 

© JL Elan

© JL Elan

 

Mais cette édition 2018, qui a bien sûr laissé la place aux incontournables tels Mozart et Mendelssohn (magnifiquement interprétés par le trio Sora, Pauline Chenais, Angèle Legasa et Magdalena Geka), avait envie de voir de près la Statue de la Liberté. Les week-ends ont en effet pris l’accent américain et une place importante a été laissée au jazz. Et contrairement à ce que disait Claude Nougaro avec la java, il n’y avait pas d’eau dans le gaz entre le classique et le jazz… Bien au contraire ! A l’instar de l’œuvre de Leonard Bernstein et de George Gershwin, les pianistes Marcela Roggeri, François Chaplin, Vanessa Benelli Mosell et David Lively, le clarinettiste Florent Héau et le violoncelliste Henri Demarquette ont laissé entendre que le jazz était l’enfant légitime dans lequel la musique classique pouvait fonder de grands espoirs. C’est auprès du jazz que la musique classique a même trouvé un refuge réconfortant outre-Atlantique lorsque les nuages sombres de l’antisémitisme, des dictatures et de la guerre ont assombri l’Europe au cours du siècle dernier. La musique classique et le jazz s’échangent même leurs compositions. Le quatuor Debussy, ensemble inédit réuni pour célébrer l’anniversaire de la disparition de Claude Debussy, en 1918, donne ainsi une couleur jazz aux oeuvres du père de L’Après-midi d’un faune, et s’accordent avec le swing des morceaux d’un Lionel Belmondo par exemple.

 

L'Orchestre de chambre de Paris dirigé par Eivind Gullberg Jensen (de dos) et la mezzo-soprano Hanna Hipp © JL Elan

L’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Eivind Gullberg Jensen (de dos) et la mezzo-soprano Hanna Hipp © JL Elan

 

Enfin, lors du dernier week-end de Classique au Vert, début septembre, l’Orchestre de chambre de Paris, avec l’éblouissante mezzo-soprano Hanna Hipp, a interprété du Ravel, du Sibelius et du Berlioz, évocations des tendres amours d’été qui, comme la saison, se retirent déjà sur la pointe des pieds de la scène du temps pour laisser l’automne s’y installer. Mais le dernier concert du festival, le 2 septembre, avec le Classique au Vert Orchestra (de jeunes musiciens amateurs incroyables), avec des compositions de Schoenberg et Copland au programme, a rappelé que malgré la mélancolie des jours d’automne qui se fardent de vent et de froid, la musique reste, voyage, s’émancipe et sera la première à annoncer le retour des beaux jours.

 

Pierre Mosnier. Il a dirigé le Classique au Vert Orchestra le 2 septembre © JL Elan

Pierre Mosnier. Il a dirigé le Classique au Vert Orchestra le 2 septembre © JL Elan

 

Espérons que Classique au Vert s’installera de nouveau l’été prochain au Parc Floral de Paris. Ce festival est l’une des rares manifestations qui ouvre, avec décontraction et générosité, la musique classique au plus grand nombre et permet au public de rencontrer les artistes à la fin de leur concert. Et puis se promener en famille ou entre amis, bronzer, lire sous les arbres ou s’allonger dans l’herbe pourraient se sentir bien orphelins des charmes de la musique classique qui depuis plusieurs années a bien raison de passer son mois d’août à Paris.

Christophe Dard