Classique
Ouverture du Festival Classique au Vert avec Alexandre Kantorow

Ouverture du Festival Classique au Vert avec Alexandre Kantorow

20 août 2020 | PAR Victoria Okada

Le 15 août dernier, le Festival Classique au Vert s’est ouvert avec un récital époustouflant du pianiste Alexandre Kantorow. Le premier prix du Concours Tchaïkovsky est venu avec des œuvres de son compositeur favori : Brahms.

Festival entièrement reconsidéré

Classique au Vert est le volet classique des Festivals du Parc Floral de Paris, dont les deux autres sont Paris Jazz Festival et Pestacles (pour les petits). Si chacun de ces trois festivals est assez indépendant en termes de dates et de programmation (même si le changement de direction l’année dernière a entraîné quelques rapprochements entre eux), les organisateurs ont dû, pour des raisons que nous connaissons tous, revoir la copie et déplacer les dates pour du 15 août au 23 septembre au lieu des week-ends de juillet et d’août. Ils ont ainsi réussi à créer un festival dans lequel les trois identités s’entremêlent. Cette année, les concerts ne se limitent pas à des week-ends mais seront également donnés certains mercredis et un jeudi. Pour Classique au Vert, comme beaucoup d’autres festivals, il fallait renoncer aux invitations initialement programmées des artistes résidant à l’étranger et faire appel à de nouveaux musiciens.

Force magistrale d’Alexandre Kantorow

C’est ainsi que s’ouvrait cette édition particulière de Classique au Vert le samedi 15 août, avec le pianiste Alexandre Kantorow. L’attente du public est palpable : dès l’ouverture de la porte, nombreux sont ceux qui se précipitent afin de trouver les meilleurs places (à demi-jauge, placement libre).
D’abord, deux brèves allocutions se succèdent, dont celle du directeur artistique Julien Kieffer qui remercie chaleureusement la ville de Paris pour la maintien du Festival et reçoit des applaudissements nourris. Ensuite, Alexandre Kantorow entre en scène sous un accueil très chaleureux. Il a choisi de donner un programme entièrement constitué d’œuvres de Brahms. Les mélomanes les plus assidus l’ont déjà entendu interpréter les quatre Ballades op. 10 et la Rhapsodie op. 79 n° 1 qui figurent au cœur de son répertoire actuel. Ouvrir un récital par ces Ballades ayant des caractères fortement intériorisés, qui plus est en plein air, est un risque. Les bruits des alentours — chants d’oiseaux, rires et cris de promeneurs, pleurs de bébés… — perturbent le silence qu’exige le compositeur mais le pianiste entre immédiatement dans sa bulle musicale et y entraine tout le public, nous proposant une écoute concentrée. Dès lors, les bruits du parc ne sont plus des bruits mais des accompagnements harmonieux au gré de son du piano. Et le silence prodigieux après le 4e Ballade, pendant quelques secondes, le temps qu’il laisse ses mains sur le clavier pour goûter le son qui disparaît, est éloquent pour illustrer la concentration du public.


Dans la Rhapsodie, il propose des contrastes de toute sorte, de dynamiques, de caractères, mais surtout d’atmosphères. Et le clou de cet après-midi est la Troisième Sonate. Il le présente depuis peu au public, mais avec une perfection époustouflante. A une sonorité dense, le premier mouvement est marqué par une férocité et une grandiloquence savamment contrôlées. Mais la douceur est là aussi, par exemple dans le 2e mouvement, sous forme de tendresse. Le thème du Scherzo est furieux, alors que le deuxième thème et le trio sont calmes, mais c’est un apaisement entre les tempêtes. Dans l’Intermezzo, le triolets répétés ont eux seuls une théâtralité, avec d’extraordinaires crescendos et decrescendos. Dans le Finale, chaque interrogation et sa réponse sont mises en relief avec une grande variation de couleurs et d’atmosphères. Aussi peut-on dire qu’à travers cette sonate, l’interprète montre clairement la double-face du romantisme, affirmation du subjectivité et intériorité, questionnements et réactions.
Tout au long du récital, le piano sonne comme un orchestre, évoquant souvent l’épaisseur de cordes et la brillance de cuivres. Le temps qu’il accorde entre les quatre Ballades ainsi qu’entre les cinq mouvements de la Sonate est parfaitement intégré dans l’œuvre, de sorte que l’auditeur vit chaque œuvre sans interruption. C’est l’un des exemples de la vision large et globale du jeune pianiste exceptionnel.

Les Festivals du Parc Floral continuent jusqu’au 23 septembre. Concerts gratuits, avec l’entrée au Parc (2,5€/1,5€)
Prochains concerts du Classique au Vert en août : 23 août à 16h avec Diana Tishchenko (violon) et José Gallardo (piano) ; 27 août à 18h avec Karine Deshayes (mezzo soprano) et Orchestre de chambre de Paris, Hervé Niquet (direction) ; 29 août à 16h avec le Concert de la Loge. Informations

Photo © Stéphane Delavoye / V.O.

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