Si « Toutes les femmes sont des aliens », Olivia Rosenthal en est un talentueux spécimen

4 avril 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Cinéphile avertie, on se souvient du passage inspiré dédié à La Féline de Jacques Tourneur dans Que font les rennes après Noël ?, Olivia Rosenthal dissèque, dans ce sublime petit recueil, trois films cultes. Trouble dans l’identité, trouble dans le genre, trouble dans la famille, pas un détail n’échappe à l’œil affûté de l’écrivaine.
Note de la rédaction :

Des écrivains qui à leurs heures perdues s’essayent à la critique cinématographique, on en connait, plein. Des critiques de cinéma, dont la plume, de texte en texte, se pare de teintes littéraires, on peut en citer, quelques-uns. Mais rares sont les spectateurs-écrivains, les écrivains-spectateurs, qui nous introduisent aux confins de leur cinémathèque personnelle et réussissent, à la seule force de leurs mots, à mettre en image scènes mythiques et émotions intimes.

Olivia Rosenthal nous installe donc tout près d’elle, à ses côtés sur ce qu’on imagine être un canapé moelleux. Face à nous un écran sur lequel vont se succéder trois classiques du genre. Curieux programme pourtant que celui qui nous attend puisqu’à l’affiche de ce ciné-club singulier figurent la série des quatre Alien, Les Oiseaux et Bambi – et quelques extraits du Le Livre de la jungle également. Si pour nous la projection des films de Hitchcock et de Ridley Scott est une (avant)-première, Olivia quant à elle les redécouvre. Une chance pour nous car, comme elle l’écrit dès la première page, « Il faut toujours connaître la fin pour pouvoir raconter une histoire ».

Sous sa plume, une plume fluide et délicate mais scandée par un rythme décousu, la saga des Alien se transforme en une parabole sur le pouvoir et la dangerosité des femmes. En effet, à la vue de cette femme puissante en combinaison moulante, « on se dit que oui, il va y avoir un problème forcément ». Ne cachant pas la confusion qui envahit sa mémoire, ni les impressions qui la saisissent au moment de ce second visionnage, Olivia Rosenthal nous embarque avec elle dans une méditation poétique sur la féminité et la maternité. Femme-alien par excellence, Ellen Ripley incarne toutes ces « autres » qui s’affranchissent des normes et se libèrent des chaînes auxquelles les attache traditionnellement et fermement leur posture féminine.

Il est aussi question de libération dans les textes consacrés respectivement aux Oiseaux et au monde faussement enchanté de Walt Disney. Olivia Rosenthal tire le fil familial, rumine sans cesse les mêmes questions, les tord en tous sens : Comment compose-t-on une famille ? Que nous montre Hitchcock sinon la mort en direct de la famille américaine ? Bambi, « sous ses airs de gentille et naïve comédie musicale », ne disqualifie-t-il pas « le rôle des parents et ruine, du même coup, l’édifice qu’ils ont eux-mêmes sagement construit pour nous donner envie de nous reproduire » ? Qu’est-ce que Le Livre de la Jungle sinon l’histoire d’une adoption homosexuelle ?

Les films, aimés ou délicieusement terrifiants, vus ou revus, construisent notre perception du monde. A la façon dont Olivia Rosenthal s’en s’empare, les interprète à contre-courant, laisse apparaître des réalités jusqu’alors dissimulées, une idée pourtant se dégage. Tous les films nous mentent. Mais, chaque spectateur est souverain de s’en faire une lecture émancipatrice et se libérer ainsi, malgré la peur et de manière joyeuse, de la norme, de toutes les normes sans exception.

Toutes les femmes sont des aliens, Olivia Rosenthal le leader politique des aliéné(e)s que nous sommes !

Olivia Rosenthal, Toutes les femmes sont des aliens, Verticales, Gallimard, 160 p., 10 euros. Sortie février 2016.
visuel : couverture du livre


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: