Décharges, la poésie crépusculaire de Virginie Lou-Nony

10 janvier 2012 Par
Yaël Hirsch
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Auteure d’ouvrages pour la jeunesse et de plusieurs romans, Virginie Lou-Nony signe avec « Décharges » (dans la rentrée d’hiver d’Actes Sud) un texte bouleversant sur ces « immigrés de l’intérieur » que sont ceux et surtout celles qui se retrouvent à la merci d’un moindre ragot pour perdre leur emploi? Un livre sur la brèche, entre le vivant et le mort, la famille, la passion et la solitude, et qui laisse sont personnage principal vide, « KO debout ». Terrible et terriblement beau. Sortie le 1ier février 2012.

Alors que la rizière où ils travaillaient dans le sud de la France est fermée par ses actionnaires, Manuel et Eva multiplient les boulots précaires et ont du mal à nourrir leurs 3 enfants. Finalement, Eva trouve un emploi en CDI comme aide-soignante dans une clinique pour enfants d’une contrée peu accueillante du Nord de la France. Devant tant de stabilité, pas d’hésitation, la famille s’installe et Manuel trouve des boulots précaires à l’usine. Eva nettoie les cors, les effets et les  chambres des enfants mourants dont elle s’occupe. Tout au bas de l’échelle, elle souffre de son ignorance, dans son combat quotidien avec la mort, et du mépris de certains de ses collègues. Parmi ses patients, il y a un tétraplégique solaire et irrésistible au nom d’archange : Gabriel. Eva tombe sous le charme et multiplie les heures supplémentaires pour le croiser entre deux ascenseurs. Petit à petit, fondant comme neige au soleil, et tentant de vivre cet amour impossible,  elle délaisse les siens pour se laisser happer par la terrible atmosphère de la clinique que sa famille ne désigne plus que par le nom « Là Bas ».

Terriblement désabusé sur les rouages du pouvoir et l’exposition de certains humains à la merci d’individus cyniques et puissants, « Décharges » dresse  un portrait apocalyptique d’une institution soignant des gens jeunes handicapés, mutilés, et abîmés, à l’intérieur comme à l’extérieur, et placés aux confins de la mort. Intolérable et sans pitié à l’égard de l’héroïne suivant passivement le tumulte de sa clinique, la narration n’en est pas moins poignante et tristement, terriblement belle. Plume de génie qui sait saisir les moments des basculements et ceux des crêtes fragiles, Virginie Lou-Nony dégage une harmonie irrésistible et poétique de toutes ses décharges d’amertume. Elle parvient à transformer la boue en or, juste par le style, sans jamais flatter notre petite corde sensible de midinette. Elle donne ainsi raison à son personnage secondaire et touchant de professeur de musique, pour qui la beauté et l’amour ouvrent les voies de la pulsion de vie.

Virginie Lou-Nony, Décharges, Actes Sud, 208 p. 18 euros. Sortie le 1ier février 2011.

« Des bols sales, des miettes et du beurre écrasé plein la table de la cuisine. Une odeur de saleté dans toute la maison. Je crie. Je me débats pour ne pas être entraînée au fond par ce tourbillon lent. J’ouvre les fenêtres, je fais le ménage, je claque les portes pour crever la bulle de torpeur. Mais sa matière molle résiste à mes coups. » pp. 121-122.

 

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