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La désintégration : Philippe Faucon aborde l’endoctrinement islamiste avec nuance

La désintégration : Philippe Faucon aborde l’endoctrinement islamiste avec nuance

10 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Dans son nouveau film, le réalisateur de « Samia » et « Making off » aborde un sujet qui fait peur : l’endoctrinement de jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils acceptent de mourir pour une foi qu’on leur présente comme la seule orthodoxie musulmane. Loin de tout sensationnalisme, et ancré dans le milieu difficile mais bigarré de la banlieue de Lille « La désintégration »met très directement en cause le modèle français de coexistence.  Un film important qui sort le 15 février sur nos écrans.

Le blond Hamza (Ymanol Perset) s’appelait « Nicolas » avant sa conversion à l’Islam. Le regard fixe et dur, il pratique avec ferveur et se met à suivre un coach aussi séduisant qu’inflexible, Djamel (formidable Yassine Azzouz). Djamel comprend fort bien les jeunes hommes de vingt ans, au moment où leur seul nom suffit à discriminer lors d’un entretien d’embauche et où ils se trouvent un  perdus entre l’arabe qu’ils parlent avec leurs parents et le Français qu’ils utilisent lorsqu’ils boivent avec leurs amis. A la suite d’une injure raciste, Nasser (Mohamed Nachit) frappe un homme. Il se retrouve sans nulle part où aller et Djamel l’héberge  se met à l’instruire. Il lui fait comprendre qu’il a rompu avec l’essentiel : Allah. Djamel parvient également à attirer dans son sillage le jeune Ali (Rashid Debbouze). Dernier fils d’une femme pieuse, travailleuse et ouverte (elle accepte finalement avec joie la fiancée non musulmane de son fils aîné si celui-ci est heureux), Ali est un garçon travailleur, qui finit une formation dans les systèmes automatiques, après un Bac Pro. Mais malgré ses classeurs irréprochables et ses lettres de motivations parfaitement tournées, il n’arrive pas à obtenir le stage qui lui servirait de passerelle pour entrer de pain pied dans la vie professionnelle qu’il mérite. Autour de lui, il voit que ses camarades français trouvent du travail mais pas ceux qui sont » noirs et arabes ». Dégoûté par ce racisme, il abandonne ses études, trouve un travail dans la manutention et étudie avec de plus en plus de ferveur auprès de Djamel, avec Nasser et Hamza. Il devient violent à la maison et juge le manque de pratique de sa mère et de sa sœur. Après avoir touché son premier acompte pour son nouveau travail, Ali disparaît. Djamel a commandé à ses trois dernières recrues une mission terroriste.

Abordant tous les thèmes qui fâchent avec courage et franchise, « La désintégration » n’en demeure pas moins un film plein de nuances. Si l’inflexibilité et le fanatisme se lisent petit à petit dans les yeux des nouveaux « mouhadjidin », le scénario et les dialogues -auxquels l’intellectuel algérien Mohamed Sifaoui a participé- savent montrer plusieurs visages de l’Islam, à travers les personnages de la famille d’Ali, et également de l’imam de la mosquée locale. Le personnage de la mère (sublime Zahra Addioui) est en ce sens porteur de toute la complexité d’une identité musulmane assumée mais prête à dialoguer. Enfin, si le film décrit une situation tragique d’exclusion sociale et n’est pas tendre avec le racisme banalisé dans notre pays, il sait également montrer de « bons français » ouverts et intelligents, comme le professeur d’Ali qui l’encourage avec des mots justes à s’accrocher pour décrocher son stage, malgré le racisme. « C’est à ces ‘racistes’ de te discriminer, pas à toi de le faire », lui dit-il. Extrêmement bien filmé, porté par la voix chaude et angoissante de Yassine Azzouz en prédicateur, La désintégration est un film juste et élégant, qui dit le principal en à peine plus d’une heure.

« La désintégration », de Philippe Faucon, avec Yassine Azzouz, Rashid Debbouze, Ymanol Perset, Mohamed Nachit, Zahra Addioui, France, 2011, 1h18. Sortie le 15 février 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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