Chez Gallimard, 70 ans d’histoire retracée du Festival d’Avignon

25 juillet 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Alors que la 70e édition du Festival d‘Avignon s’achève, on parcourt avec enthousiasme l’histoire d’un rendez-vous artistique incontournable pour les amateurs de spectacle vivant et de création contemporaine grâce à la somme coécrite par les spécialistes Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque qui reparaît chez Gallimard dans une version augmentée et actualisée tout à fait stimulante. 

Tout commence en 1947 avec la rencontre enchantée entre une ville quelque peu ensommeillée après la guerre dont elle porte encore les stigmates et un homme, poète, acteur et metteur en scène, animé d’une incommensurable force d’action pour sortir le théâtre français de ses murs clos et de son étroite capitale. Pour faire souffler un vent nouveau sur un genre cantonné au divertissement bourgeois, il convoque le ciel, la pierre et la nuit, « le lieu de tous les possibles » comme le rappelle son digne successeur, Olivier Py, qui signe avec le lyrisme enflammé qui le caractérise, une préface à l’ouvrage évidemment axée sur ses habituelles marottes : le poétique, le politique, le peuple et le divin. Convaincu que la culture appartient à tous, Jean Vilar ne peut que représenter, à ses yeux comme pour tous les lecteurs, l’espoir et l’exigence d’un théâtre éminemment populaire. Le livre invite d’ailleurs à repenser sans caricature ni démagogie le caractère politique et généreux de l’utopie vilarienne et qu’il ne suffit pas de s’autoproclamer « populaire » pour en garantir la vivace pérennité.

Bien que nécessaire, le combat est rude. En attestent les nombreux revers essuyés par Vilar lui-même et ses valeureux successeurs. Le Festival s’est toujours placé sous les signes forts de l’innovation et du changement, de l’aventure et de la rupture, de la jeunesse et de l’insurection. Il traverse avec détermination (et même offensive) les périodes d’interrogations, les crises et réformes en profondeur, les querelles esthétiques… Dès 48, les lettres rouge sang et les motifs révolutionnaires de Jacno qui illustrent les affiches en sont manifestes.

Les auteurs de l’ouvrage réactualisent leur première mouture et l’histoire plus récente telle qu’elle est relatée témoigne d’un festival toujours fragile et combatif. En 2003, Bernard Faivre d’Arcier vit une fin de mandat houleuse et douloureuse puisque la 57e édition du festival n’a pas lieu. La mobilisation des intermittents du spectacle aboutit à son annulation. Piloté par un jeune binôme inventif et audacieux, le festival se relève l’année suivante et revit un nouvel état de grâce dans l’effervescence créatrice et la prise de risque artistique. A peine ébranlé par les commentaires d’une critique bien conservatrice à laquelle s’adjoignent quelques artistes du même acabit qui cristallisent d’inutiles tensions polémiques autour du vaseux  »postdramatique », il apparaît néanmoins que le festival triomphe de l’adversité et témoigne de la vitalité du genre théâtral lorsqu’il s’inscrit dans son temps. Après une décennie aussi stimulante, intervient la prise de fonction compliquée d’Olivier Py, directeur malheureux car non reconduit à l’Odéon. Enfant du Festival où il a présenté quelques productions marquantes dont La Servante, il prône à son tour les dimensions populaires et politiques d’un théâtre ancré dans le présent alors que ses premières programations très attachées au passé s’apparentent à une forme de relative restauration.

Avignon est un immense plateau de théâtre, il est aussi un forum où s’organisent des rencontres, des débats qui aboutissent à une réflexion estimable sur la création artistiques et les politiques culturelles. Les deux sont au cœur de l’ouvrage écrit dans un style très agréable à lire et fort bien documenté, qui abonde en textes et en images. Sans emphase, les deux auteurs rendent compte de la richesse de l’histoire du festival. Mnouchkine, Chéreau, Planchon, Béjart, Vitez, puis, Ostermeier, Castellucci, Delbono, Warliowski, Garcia, Fabre, Marthaler, bien d’autres encore, les plus grandes signatures du spectacle vivant figurent dans les quelques 600 pages comme autant de souvenirs pour les aînés ou de regrets pour les plus jeunes.

Cette histoire du festival riche en rebondissements, continue d’inspirer, de fasciner. Elle a même fait, cette édition, l’objet d’un feuilleton à succès orchestré par Thomas Jolly et sa Piccola Familia. Les épisodes joués quotidiennement à la mi-journée et retransmis sur internet alliaient une verve pleine d’allant mais beaucoup de simplicisme. On leur préfère l’ode plus sincère et subjective, moins mainstream aussi, de Jérôme Bel à la Cour en 2013. Pour un contenu plus savant et complet, l’Histoire du Festival d’Avignon qui reparaît chez Gallimard est un objet mémorable et précieux.


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