« 17 » de Bernard Chambaz, le manège du temps

5 avril 2017 Par
Jérôme Avenas
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Tout commence par une commémoration : « si on n’a pas attendu 2014 pour commémorer 14-18, j’ai vu arriver 17 sur le tard. Alors, il m’a paru que je n’avais pas le droit de laisser filer un anniversaire pareil, ce coup de cymbale sidérant. »17bc Cet anniversaire, c’est bien entendu celui des révolutions russes (février et octobre) évoquées à travers deux figures historiques : Alexandre Fiodorovitch Kerenski et Boris Leonidovitch Pasternak. Kerenski est l’homme de la révolution d’octobre « le premier amour de la révolution », Pasternak, « vit une une grande histoire d’amour en 17 ». Un recueil de poème en naîtra « Ma sœur la vie » sous-titré « Été 1917 ». Du chiffre 17, naît une réflexion sur la vie et la mort. Donc sur le temps. Donc sur l’Histoire. L’exercice devient quasi oulipien puisqu’il s’agit de se donner pour contrainte d’établir la biographie de personnages historiques uniquement nés ou morts en 17 (de tous les siècles) sur le modèle de la « vie brève ». Apparu à la fin du XVIIème siècle (on songe notamment à John Aubrey), ce genre littéraire esquisse la vie d’une personne en quelques faits marquants  : « Abréger toute une existence, parfois en six dates, quand deux sont déjà prises par la naissance et la mort. »
Défile alors devant les yeux ébahis du lecteur, avec une grande délicatesse, de l’humour parfois, toujours avec beaucoup d’art, toute une galerie de portraits : Margaretha Geertruida Zelle (Mata Hari, centenaire de sa mort), Monk (centenaire de sa naissance), Francisco de Hollanda (comme c’est piquant !)… Feinte futilité ludique du projet, 17 apparaît comme une véritable méditation sur l’absurdité du cours de la vie. Hasards ? Forces irrépressibles ? De quoi est faite l’Histoire ? Et d’ailleurs, « personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser » écrivait Claude Simon en exergue de son roman L’Herbe, citant , lui aussi, Boris Pasternak. Bernard Chambaz ne commence pas autrement – « le lilas pâlit » – avant d’épuiser totalement le chiffre 17, jusqu’à l’effacement dans l’anodin : 17 « le plus petit nombre aléatoire, le numéro d’urgence au téléphone ».

Bernard Chambaz, 17, éditions du Seuil, mars 2017, 144 pages, 15 €