« Le serpent aux mille coupures »: Tomer Sisley impressionne dans un polar noir de Eric Valette

2 avril 2017 Par
Gregory Marouze
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Toute La Culture a envie de soutenir Le serpent aux mille coupures. Le film de genre, à part les comédies, est relativement délaissé par le cinéma français qui laisse toute entière la place au cinéma américain. Heureusement, quelques cinéastes – tels les gaulois du village d’Astérix – résistent pour imposer du vrai cinéma de genre, qui ne copie pas le cinéma anglo-saxon. C’est le cas de Eric Valette, qui signe avec Le serpent aux mille coupures son sixième long-métrage. Et si le film contient quelques menus défauts, il mérite le détour…

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Eric Valette est une sorte d’« anomalie » dans le cinéma français. Voilà un réalisateur qui s’évertue, coûte que coûte, à imposer le cinéma de genre dans notre production hexagonale. Comme certains de ses collègues européens – Fabrice du Welz, Hélène Cattet et Bruno Forzani, … – il persévère dans un cinéma noir ou d’action en partie délaissé par les producteurs français. Ces derniers préfèrent financer les dernières comédies de Dany Boon et quelques autres, dont les succès publics sont assurés.

Valette est le réalisateur de Maléfique, l’excellent thriller politique Une affaire d’état, La Proie avec Alberty Dupontel. Il fit également un détour par les Etats-Unis qui ne laisse pas un souvenir impérissable (One missed call – remake d’un film de Takashi Miike -, Hybrid), et réalisa des épisodes de séries TV (Braquo, Crossing Lines, Le Transporteur).

Le serpent aux mille coupures est la transposition cinématographique d’un roman noir de DOA, qui en signe le scénario et les dialogues. Eric Valette se chargeant, quant à lui, de l’adaptation.

Ce qui étonne et ne fonctionne d’ailleurs pas toujours dans le film (soyons honnête), est le mélange des genres. Valette réalise un film qui mixe le thriller, le cinéma noir et d’action, le drame social, le pamphlet contre le racisme, une tentative de greffe du cinéma français avec les polars made in USA et Hong-Kongais, …

Avec Le Serpent aux mille coupures, on a parfois l’impression de regarder un très bon téléfilm dans lequel serait injecté une inquiétude, une noirceur, une violence inhabituelles.

Mais, si la mixture ne prend pas toujours, la tentative de Valette est à soutenir et défendre.

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Le film démarre très bien. La photographie nocturne – magnifique – installe d’emblée un climax, une ambiance sur ces champs du Sud Ouest de la France. Dès les premières minutes, une violence sourde, brutale, explose à l’écran. De celle qu’on a peu l’habitude de voir dans le cinéma français. Certaines scènes sont d’ailleurs un peu complaisantes (le film, parfois très gore est interdit aux moins de 16 ans) mais on ne peut reprocher à Valette et ses producteurs de ne pas être allés au bout de la radicalité de leur proposition de cinéma.

Le premier atout du film est sa mise en scène : Valette soigne ses cadres, signe des séquences de gunfights d’une belle virtuosité qui détonne dans une production française ayant tendance à découper les scènes d’action à « la va comme je te pousse ». Valette sait filmer une fusillade, une explosion, un combat au corps à corps.

L’autre grande qualité de Le serpent aux mille coupures est sa distribution : Tomer Sisley – souvent fade – étonne dans le rôle du motard, sorte d’« homme sans nom » qui semble sortir tout droit d’un polar de Melville, ou d’un western de Leone. Il est sec, froid, inquiétant, méthodique. Il fait peur. On n’a jamais vu Sisley de cette manière au cinéma. Il signe là sa meilleure performance.

Les seconds rôles sont choisis avec une méticulosité qui fait plaisir à voir. Toutes les actrices et acteurs sont à leur place : Pascal Greggory, Stéphane Debac, Erika Sainte, Cédric Ido, Gerald Laroche, …

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La palme revient à l’impressionnant Terence Yin, dans le rôle du tueur à gages Tod, aux tendances sociopathes. Yin n’est pas un inconnu pour les amateurs de cinéma asiatique qui l’ont vu dans des films de Johnie To et des productions avec Jackie Chan.

Les décors ont aussi leur importance. Bien utilisés, certains renvoient à de grands classiques du polar français comme Le Choix des Armes de Alain Corneau (le corps de ferme).

Le dernier point positif à signaler pour ce Serpent aux mille coupures est le regard que porte Valette sur le racisme. Comme Yves Boisset en 1975 avec son Dupont Lajoie, Valette fait un portrait terrifiant de la beauferie, de la bêtise, de la xénophobie. Ces petits fachos frustrés (pléonasme) sont terrifiants. En définitive, ils sont les personnages les plus effrayants du film.

Si, une nouvelle fois, on peut émettre certaines réserves sur Le serpent aux mille coupures, on ne que saluer l’entreprise, l’abnégation d’un cinéaste qui ose proposer autre chose que le tout venant de la production hexagonale. A voir, donc !

Grégory Marouzé.

Synopsis : Sud Ouest de la France, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…

Le Serpent aux mille coupures de Eric Valette

Scénario, Dialogues DOA

Adaptation Eric Valette

avec Tomer Sisley, Pascal Greggory, Stéphane Debac, Erika Sainte, Cédric Ido, Gerald Laroche, …

Durée: 1h46

Sortie le 5 avril 2017

Interdit aux moins de 16 ans

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