James Bond : Quantum of Solace vs Casino Royale ?

7 novembre 2008 Par loic | 1 commentaire

Casino Royale, dernier opus de la série des James Bond, avait créé une forte attente : Daniel Craig s’était révélé particulièrement convaincant et les efforts des scénaristes pour renouveler le genre étaient généralement appréciés. Quantum of Solace, qui prolonge la volonté de moderniser le mythe, répond-il aux attentes ?

La première chose à constater est que Quantum of Solace décevra tous ceux qui iront pour reconnaître le James Bond qu’ils connaissent. En effet, il n’y a aucun gadget hi-tech, et il a perdu l’habitude de cumuler les expériences sexuelles. De plus, James Bond n’est plus un dandy plein d’humour avec une certaine tendance à la misogynie mais un homme violent motivé par un désir de vengeance loin d’être unanimement partagé. Que dire de ces changements sinon qu’ils sont plutôt légitimes ? Ces éléments qui faisaient le charme des précédents films devenaient, à la longue, les ingrédients d’une « recette James Bond » un peu rébarbative. Daniel Craig n’a pas de gadget, soit, mais on ne remarque cette absence que si l’on va voir le film avec des attentes, c’est-à-dire avec une idée préconçue de ce que l’on va voir sur l’écran. D’autre part, Quantum of Solace est l’unique film de toute la saga (!) où James Bond ne concrétise pas sexuellement avec la James Bond Girl. Ce renoncement ne fait que renforcer leur relation toute en demi-teinte.

La grande faiblesse du film est certainement le scénario qui n’est pas incompréhensible, mais simplement considérablement elliptique. Si l’intrigue de tout James Bond se doit d’être relativement obscure et pas entièrement claire à la première vision du film, Quantum of Solace fait défaut à la règle : l’intrigue est simplette mais les étapes de sa résolution sont tellement cachées qu’elle ne présente aucun intérêt. Une fois le spectacle fini, certaines questions subsisteront dans l’esprit du spectateur et elles ne trouveront aucune réponse : qu’est-ce que Matisse (ami de Bond) vient faire dans le film ? pourquoi meurt-il ? comment Bond découvre-t-il la base dans le désert ? pourquoi Dominic Green s’en prend-il à l’eau ? Toutes ces interrogations prouvent que le récit est mal conduit. Par défaut, le spectateur se rétractera sur le seul désir de vengeance de James Bond et de sa compagne, qui reste le ciment du film.


Cette faiblesse est compensée par une réalisation particulièrement attentive aux personnages. Peut-être que l’on doit, pour cela, féliciter Marc Forster pour son découpage (s’il en est l’auteur) sensible aux gros plans, qui veille à laisser des temps morts où s’expriment simplement la psyché des héros (cf. une très belle séquence dans la grotte entre Daniel Craig et Olga Kurilenko). Même si le récit s’effrite très rapidement, chaque séquence est convaincante, aucune ne laisse penser qu’il y a quelque chose qui cloche : tout ceci nous amène à se dire qu’on a affaire à un réalisateur qui maîtrise les éléments de son film (le scénario mis à part, bien sûr). Alors qu’à l’écrit, le personnage féminin interprété par Olga Kyrilenko devait être un peu fade (elle n’a d’autre intérêt que de vouloir se venger d’une histoire sordide), elle devient intéressante grâce au visage bien joli de l’actrice, par ses costumes, par ses postures, … Il y a donc véritablement un travail de création au niveau de  la mise en scène qui se fait indépendamment (trop, peut-être) du récit bancal. L’intérêt du film réside dans cet effort fécond, et d’autant plus beau qu’il est rare et particulièrement inattendu ici.

Même si Quantum of Solace s’inscrit dans la lignée de Casino Royale (il s’agit, en quelque sorte, de la même histoire qui se prolonge), il est presque son opposé. Casino Royale revenait aux origines de l’espion, le montrait faible (séquence de la réanimation après l’empoisonnement) et désespérément amoureux. Quantum of Solace, à l’inverse, le révèle froid, parfois insensible et aucun ennemi ne semble l’inquiéter particulièrement. Le scénario de Casino Royal tentait une modernisation osée en multipliant les intrigues ; Quantum of Solace revient à un classicisme plus solide tout en ne reniant pas le nouveau souffle apporté par Casino Royale (cf. la dernière séquence épilogue, qui intervient une fois l’intrigue principale). Enfin, en accord avec la tradition de la saga, le générique se clôt avec ces mots : « JAMES BOND WILL RETURN ». On en est ravi, particulièrement cette fois-ci.

L. Barché

Quantum of Solace, de Marc Forster. 1H47.

Avec Daniel Craig, Olga Kurilenko, Mathieu Amalric.


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