Interview de Daniel Barber cinéaste d’Harry Brown avec Michael Caine

8 janvier 2011 Par
Coline Crance
| 3 commentaires

 Harry Brown ( voir notre critique et notre jeu concours), petit bijou cinématographique de ce début d’année 2011 du cinéaste Daniel Barber avec le grand Michael Caine,  sort en salle le mercredi 12 Janvier. Toutelaculture.com a eu la chance de pouvoir rencontrer Daniel Barber qui s’exprime sur ce film violent, engagé mais passionnant.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de traiter ce sujet extrêmement difficile sur les banlieues londoniennes ?

J’ai lu le script , et il m’a vraiment touché. Pour moi c’était une histoire importante , une vraie histoire. Elle aborde beaucoup de problèmes de la société : la drogue, la violence, la vie dans des appartement des immeubles insalubres. Ce sont des problèmes que l’on retrouve en Angleterre, en Allemagne, en France, partout à travers le monde. Tout le monde est confronté à ce genre de problèmes. Il m’a semblé que c’était important de raconter cette histoire. Je pense ou du moins j’espère que les gens en voyant ce film seront obligés de s’interroger, de réfléchir à comment il réagirait face à certaines situations.

Comment avez vous réussi à vous imprégner de cette atmosphère et comprendre le quotidien des gens qui vivent dans ces cités ?

Je suis né à Londres et j’ai grandis à Londres. J’ai fait mon lycée près de là où se passe l’histoire d’Harry Brown. J’ai connu le quotidien de ces cités quand j’étais jeune. Être Londonien m’a aidé je pense à capter cette atmosphère et bien comprendre ce qui se passait réellement dans cette histoire. Je voulais faire un film réaliste. Durant le tournage, je pense avoir toujours frôlé la frontière entre le genre du documentaire et celui de la pure fiction avec cette question omniprésente qui est celle de la violence. Je souhaitais toujours garder cette équilibre entre une violence réaliste et celle qui appartenait au domaine de la pure fiction et créer un balancement entre l’envie de dire et de montrer quelque chose et un projet artistique, mon film , incarné par Michael Caine.

Pourquoi avez vous choisi Michael Caine pour incarner ce justicier de la dernière heure ?

Parce qu’il est fantastique ! Je pense qu’il n’y pas beaucoup d’acteur qui ont 77 ans et qui continuent de tourner partout dans le monde. C’est vraiment un excellent acteur. J’oserais même dire « Le plus grand acteur du monde ! » (rires) Non mais il convenait aussi parfaitement à l’histoire. Michael Caine est anglais et il a vécu à Londres près du quartier où se situe le film. Il est comme Harry un ancien combattant car il a combattu en Corée. De plus pour ce rôle, je voulais un acteur doué d’une grande sensibilité, qui fait transparaître ses sentiments plus qu’il ne le dit. Michael Caine était l’homme parfait. Et puis je pense qu’en ayant Michael Caine dans mon film, cela permet aussi par sa popularité de donner une vraie dimension internationale au sujet que je traite.

 Comment avez-vous procédé pour réussir à constituer la bande de jeunes ?

Le casting pour sélectionner les jeunes a été long et difficile. Avec mon directeur de casting nous avons au départ pris beaucoup de jeunes. Je cherchais vraiment des gars avec des vraies personnalités et proches du vécu des garçons dans le film. Au fur et mesure nous avons réussi à en garder quinze , tous doués d’une forte personnalité et pour certains d’un lourd passé. L’un des jeunes Jamy se prostituait à Londres juste avant de tourner le film. Je l’ai tiré de là et pris pour qu’il tourne ce film. Il avait le rôle en lui. Et pour moi , le choix des acteurs était vraiment important, je voulais à tout prix avoir cette authenticité. Ne jamais trahir leur vie pour en faire un simple film de fiction.

Cette expérience de tournage a été pour moi d’ailleurs extrêmement intéressante. J’avais parfois l’impression de faire un film et un documentaire. J’avais le script mais je passais plus de temps à les écouter et à les observer. Lors de la scène de la garde à vue, je les ai laissé faire. Ils avaient déjà tous eu auparavant des démêlés avec la Police. Je n’avais aucune raison de les diriger. Et je pense que le plus drôle a été leur relation avec Michael Caine. Elle montre cette contradiction ou cette émulation qui s’était soudain installée entre la réalité et le cinéma. Aucun des jeunes n’a reconnu Michael Caine et ils lui ont tout le long du tournage porté peu d’attention. Mais je pense que finalement c’était mieux pour le film et puis cela a donné lieu à une expérience vraiment intéressante.

Vous avez tourné un film extrêmement réaliste qui frôle bien souvent avec le documentaire. Comment avez-vous fait pour avoir une telle authenticité notamment quand vous décrivez la pression et le travail qu’ont les policiers dans ces quartiers difficiles ?

J’ai beaucoup parlé avec les policiers. Car c’était important de comprendre leur métier et comment ils le vivaient au jour le jour. La police en Angleterre a vraiment une place importante donc je ne pouvais pas me mettre de négliger ce travail préalable pour la crédibilité de mon film. J’ai travaillé sur leur langage et leur attitude vis à vis des jeunes et inversement. Les policiers sont par contre  joués par des acteurs. Mais Emily avant le tournage a suivi pendant deux semaines une policière sur le terrain. Mais il est sur que les jeunes ont contribué pour beaucoup dans le caractère authentique de mon film , avec notamment la scène de la garde à vue.

Ce film reste néanmoins une fiction et emprunte notamment beaucoup au genre du western notamment à travers votre façon de filmer certaines scènes. Comment définiriez-vous votre , peut-on rapidement le qualifier de « western moderne ou urbain » ou bien justement par son absence de manichéisme , faut-il plutôt le considérer comme un film engagé qui décrit et dénonce une seule et réelle réalité ?

Effectivement, certains éléments sont tirés du western dans mon film. Une histoire finalement assez simple :  un homme qui n’a rien à perdre et qui décide de se venger son ami .. Quelque part on retrouve donc certains codes de l’honneur etc , qui sont présents dans les westerns. Mon cameraman s’est aussi inspiré de ce genre dans sa façon de filmer : plans larges, assez longs, gros plans sur les visages…

Mais là où, oui, mon film se distingue du western c’est par son absence de manichéisme. Certes il y a une opposition très nette entre deux formes de violence, une pour le fun et gratuite incarnée par les jeunes et une violence légitime et obligatoire face à la propre violence de la réalité. Mais néanmoins Harry Brown se place quand même au-dessus de la loi. Cette absence de manichéisme fait justement que je considère mon film comme un film politique et engagé. Je souhaite qu’il heurte les esprits et apporte une réflexion. Par sa violence, je pense que certaines personnes n’aimeront pas le film , d’autres l’apprécieront , mais pour moi ce n’est que du positif. Je voulais qu’il soit le témoignage vrai de ces graves problèmes de société qui sévissent aujourd’hui..

Harry Brown de Daniel Barber, film britannique avec Michael Caine, Emily Mortimer, Ben Drew, Charlie Creed- Miles. Sortie le 12 Janvier durée :1h43


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COMMENTAIRES:

  1. crance-philouze

    après lecture de l’interview, j’irai voir le film, ce que je n’aurai peut-être pas fait, sans cet apport. merci

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