Cannes 2018 : BlacKkKlansman de Spike Lee en immersion manichéenne dans le Ku Klux Klan

15 mai 2018 Par
Yaël Hirsch
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Airs que Spike Lee n’avait pas monté les marches depuis 1991 et qu’on attend son nouveau chef-d’œuvre depuis La 25e Heure, BlacKkKlansman était peut-être le film de la compétition qui suscitait la plus grande curiosité. Grosse déception.

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Tout commence bien avec une intrigue percutante : un Afro-Américain (John David Washington, le fils de Denzel) qui s’enrôle dans la police et infiltre le Ku Klux Klan dans un bled du Colorado avec un collègue juif (Adam Driver). Sur fond de guerre du Vietnam, de soul et de mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, on entre dans le quotidien étrange de ce héros qui cherche une troisième voie pour aimer et servir son pays en réformant son racisme de l’intérieur…

Sujet intéressant et politique, bon angle, bons acteurs et bonne musique, tout était réuni pour constituer l’excellent Spike Lee qu’on attend depuis La 25e Heure il y a quinze ans. Et puis plouf : les ânes bâtés du Ku Klux Klan sont tous des machines à proférer injures et appels à la haine contre les noirs et les juifs, la jolie étudiante pasionaria de la cause noire nous fait un cours sur un des théoriciens des African-American studies, W. E. B. Du Bois, et même les « gentils » blancs sont soit juifs, soit fantomatiques.

Plutôt que parler de réforme et de troisième voie, Spike Lee livre un western sans effusion de sang et avec beaucoup d’invectives. Les mouvements circulaires de la caméra, les split screens grossiers et les running gags n’en peuvent mais : le scénario patine et le final « documentaire » sur les événements de Charlottesvile est un florilège de morale anti-Amérique de Donald Trump qui finit d’enfoncer un clou déjà bien rouillé. Dommage.

BlacKkKlansman, de Spike Lee, avec David John Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Etats-Unis, 2018, 2 h 08. En compétition.

Visuel : photo officielle du film