[Cannes 2016, Quinzaine] « Neruda », une parenthèse poétique et originale de la vie du célèbre chilien

13 mai 2016 Par Hugo Saadi | 0 commentaires

Pablo Larrain, le réalisateur de No revient à la Quinzaine avec de nouveau Gael Garcia Bernal, pour présenter son film Neruda. Alors qu’il est en train de réaliser le biopic sur Jackie Kennedy (avec Nathalie Portman), ici, il ne cherche pas à tracer la dense vie du poète chilien, mais il se concentre davantage sur un épisode précis de sa vie : sa clandestinité et la fuite à travers la Cordillère des Andes. Une prise de risque réussie grâce au recul qu’il met dans sa réalisation et au duo d’acteurs.

 Note de la rédaction :

  »Neruda ». Dès la lecture du titre, on pourrait penser à un long biopic sommaire retraçant les différentes étapes de la vie intense du poète et sénateur chilien. Que nenni. Le réalisateur Pablo Larrain (No, El Club…) s’empare d’un épisode particulier pour livrer un film dense, poétique et bouleversant.

Il nous plonge en 1948, le Chili est confronté à la Guerre Froide. Pablo Neruda, fervent communiste tente de quitter le pays avec son épouse, mais échoue. Il est donc contraint de vivre dans la clandestinité et démarre alors un véritable jeu du chat et de la souris entre lui et Oscar Peluchonneau, l’inspecteur chargé de le traquer. Cette traque sauvage entrecoupée par des instants de poésie et de mystère entre les deux personnages s’avère passionnante à suivre. Si le résultat est si fluide malgré la densité des propos à traiter, c’est notamment grâce à une réalisation tout en sobriété et deux acteurs qui se donnent merveilleusement bien la réplique à distance. Gael Garcia Bernal, l’inspecteur, arrive à jouer de son personnage maladroit et benêt tandis que Luis Gnecco, revêt avec brio le costume du poète.

Pablo Larrain joue également avec le spectateur autour de la voix off de l’inspecteur, qu’il fait réagir directement avec les scènes de Neruda. L’effet de style est surprenant et souvent très comique. La comédie tient une part non négligeable dans le film, et notamment à travers le personnage de Neruda, cette légende littéraire qui s’échappe à sa condition d’homme en fuite en se laissant aller dans des cafés littéraires en dissimulant son visage sous une perruque. L’autre part comique de « Neruda » se résume au personnage de Peluchonneau, ce policier « mi-abruti mi-con » pour reprendre les termes d’un des personnages du film (on aurait également pu choisir « fil d’infection vénérienne pour le qualifier et montrer à quel point le second degré est bien de mise).

Outre les performances des acteurs et les ruptures de tons bien amenés, le film ne délaisse pas pour autant le fond. La Guerre Froide, la situation des intellectuels communistes (Picasso apparait par deux fois dans le métrage) ainsi que la dure répression et la manipulation de l’opinion public, Pablo Larrain ne laisse aucune ombre à son tableau. Le final, dans des décors enneigés de la cordillère des Andes est bien maîtrisé et le film se termine sous des airs de western. Une belle proposition de cinéma qui laisse espérer un biopic réussi sur la femme de Kennedy.

Visuels © Participant Media

« Neruda », un film de Pablo Larrain, avec Gael Garcia Bernal, Alfredo Castro, Luis Gnecco, biopic chilien, 1h47. Prochainement au cinéma.


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