[Cannes 2016, Compétition] Baccalauréat, Christian Mungiu sonde les affres de la corruption

19 mai 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Déjà lauréat de la palme avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007 le réalisateur roumain Christian Mungiu est de retour avec Baccalauréat. Avec un thème commun à un autre films Roumain présenté à Cannes : Caini (Dogs) de Bogdan Mirica parlait aussi de corruption. Chez Mungiu, comme d’habitude, le drame est lent, parfaitement cadré et le basculement se fait dans les brumes finement exprimées de la psychologie humaine. Baccalauréat est un très beau film qui se mérite. 
Note de la rédaction :

Médecin dans une petite ville de Transylvanie, Romeo (Adrian Titieni) est un homme accompli qui s’est résigné à sa position sociale et aux blocages de l’administration Roumaine après avoir, avec sa femme, Magda (Lia Bugnar), rêvé de changer le pays en 1991. La prunelle de ses yeux et sa revanche dans la vie est sa fille, Eliza (Maria Dragus), qu’il rêve de voir partir vivre une vie probe et pleine d’avenir à l’étranger. Et au début du film tout est parti pour : elle est déjà acceptée à Cambridge, il ne manque plus à cette excellente élève de réussir excellemment sont baccalauréat roumain pour partir vivre en Angleterre. Mais la veille de l’examen, alors que le papa poule dépose sa fille un peu à côté de son école pour rejoindre plus vite sa maîtresse, la jeune-fille se fait agresser et on essaie de la violer. Déboussolée, elle rate la première partie de l’examen. Romeo fera-t-il de gros compromis pour que sa fille puisse réaliser son rêve? 

Réaliste toujours, le cinéma de Christan Mungiu ausculte au scalpel les noirceurs et des contradictions de l’âme humaine. Il n’épargne rien à ses personnages : ni à son héros encore trop naïf et très égoïste, à qui tout échappe, ni à la jeune-fille passive punching-ball d’événements assez terrible. Une froideur qui peut rendre Mungiu antipathique mais qui va parfaitement avec son image esthétique et grise et la manière dont les cadres saisissent souvent de loin et comme un décor les visages et les corps en mouvements. La corruption entre par la grande porte de l’amour paternel, dans ce film intransigeant, mais Mungiu ne transige, ni sur la limpidité du mécanisme qui précipite dans la faute face à ses propres principes moraux et l’ordre qu’ils ont établi, ni sur le trouble des sentiments qui mènent au passage à l’acte. Jusqu’à la photo finale, fausse ingénuité, survie et vrais compromis se côtoient et semblent faire le malheur d’une famille lambda qui suit la pente raide d’un système politique et social très corrompu. Sous les auspices bienveillants de « je te rends un service, tu m’en dois un » sans même que l’argent circule, les fondations de la société semblent se transformer en sable mouvants. Un film lent, dur et dont la beauté de moraliste sans jugement se mérite.

Baccalauréat  (Graduationde Christian Mungiu, avec Adrian Titieni et Maria Dragus, Roumanie, 2016, en compétition.


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