Cinema
Atelier Next step Semaine de la Critique, petite communauté idyllique au Moulin d’Andé

Atelier Next step Semaine de la Critique, petite communauté idyllique au Moulin d’Andé

10 décembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

Le Moulin d’Andé est l’un de ces lieux idylliques, comme le Clarens rêvé par Rousseau dans La Nouvelle Héloïse. Un espace hors du temps, où pourrait s’instaurer une petite communauté des cœurs et des esprits : depuis 1998, le Moulin accueille des scénaristes venus se ressourcer, pour écrire au calme (jadis, François Truffaut ou Alain Cavalier, étaient déjà des habitués du lieu). Pour la troisième édition, la Semaine de la Critique invite les jeunes cinéastes sélectionnés en 2016 pour leur court-métrage à l’Atelier Next step : en vue, leur premier long métrage.

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Une petite société choisie, en pleine nature, nous nageons dans l’idéal de Rousseau. Mais l’endroit n’est pas une utopie, il existe bel et bien. Eclectique et exigeante, la Semaine de la Critique cannoise ne pouvait trouver plus beau cocon pour son atelier Next step. Quelle est l’idée ? Accompagner dix jeunes réalisateurs sélectionnés pour leur court en 2016 dans leur passage au long métrage. Loin de tenir le court pour un brouillon ou un exercice de style, les sélectionneurs de la Semaine ont le souci de repérer une œuvre, quelle qu’en soit la durée. Quinze ou trente minutes suffisent à manifester une personnalité, un regard sur le monde. En écoutant le coordinateur de Next step, Rémi Bonhomme, et l’attachée de presse de la Semaine Dany de Seille, parler de leurs lauréats, on mesure à quel point le lien humain et la confiance réciproque comptent dans le long processus de création.

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Mais il n’est pas non plus question d’abreuver ces dix jeunes gens de compliments pendant toute une semaine : chaque jour, ils sont soumis à des séances de réflexion, pour améliorer leur travail. Plusieurs consultants, réguliers ou extérieurs, lisent ainsi les moutures du scénario envisagé et cherchent les failles. Nous avons eu la chance d’assister à une séance sur le projet d’Antoine de Bary, dont le court L’enfance d’un chef, avait reçu le Prix Canal + à la Semaine. Vincent Lacoste y joue un jeune acteur déjà usé, qui a connu le succès trop tôt : voilà qu’on lui propose, à cause de la ressemblance physique ( !), d’incarner le Général de Gaulle. Un modèle d’homme un peu surdimensionné pour un jeune homme qui connaît, à ce moment, une sérieuse crise de virilité. Le projet de long métrage développe en partie le thème du court. Avec sympathie et rigueur, le scénariste Julien Lilti (co-scénariste d’Hippocrate de Thomas Lilti, avec le même Vincent Lacoste, et réalisateur du beau Adama) et la consultante Nadja Dumouchel livrent leur ressenti, insistant sur ce qui leur demeure encore trop esquissé, un peu flou. Mieux saisir un personnage, retirer quelques scènes, mieux faire le lien entre deux événements, les petits accrocs sont identifiés, auscultés. Il s’agit d’écouter le scénario, à plusieurs, pour en comprendre toutes les résonances, y compris intimes.

Après un déjeuner très convivial, retour au travail, avec une séance collective, animée par le vendeur international Gabor Greiner (responsable des acquisitions chez Films Boutique). Si leur premier film est encore en projet, les jeunes cinéastes écoutent avec intérêt les multiples steps qu’il leur faudra, un jour, affronter. Comment élaborer une stratégie pour les festivals, comment choisir sa « première » mondiale, comment faire le lien entre le distributeur et le producteur, autant de questions qui se poseront bientôt et qui, souvent, influent sur la vie d’un film. Injustices ou divines surprises (Films Boutique représentait le superbe Divines, primé à la Quinzaine). Une session « musique de films » est également programmée pour la fin de l’atelier.

Et ces dix réalisateurs, qui sont-ils ? Nous avons vu les dix courts-métrages. Leur manière, très personnelle, d’appréhender le temps, nous a frappé. Un court d’une dizaine de minutes, comme Prenjak de l’Indonésien Wregas Bhanuteja, possède un rythme et une intensité dramatique forts. Un court de 18 minutes, Ascensao du portugais Pedro Peralta, impose magnifiquement un événement unique, étiré, véritable tableau. Le plus long, Le soldat vierge d’Erwan Le Duc (39 minutes) conjure le temps et la mort en une imprégnation poétique sensuelle et désolée, très belle. Le brésilien Fellipe Fernandes (O délirio é a redençao dos aflitos) décrit les bruits et les évolutions urbaines de Recife, avec beaucoup de talent. Mais il faudrait aussi parler de la taïwano-philippine Rina B.Tsou qui conte dans Arnie les amours déçues d’un pauvre pêcheur rejeté par la mer ; de la grecque Konstantina Kotzamani, qui crée avec Limbo un univers trouble, oppressant, très singulier ; du canadien François Jaros au Oh what a wonderful feeling hypnotique et puissant ; de la portugaise Cristèle Alves Meira avec Campo de viboras, où se mêlent frustrations et pulsions de mort ; de la française Marina Diaby pour son émouvante La fin du dragon (où l’on a plaisir à retrouver Noémie Rosset, que l’on avait adorée dans Artémis cœur d’artichaut d’Hubert Viel).

A tous, nous souhaitons le meilleur : nous avons hâte de découvrir, dans quelque temps, leur nouveau film.

Atelier Next step, Semaine de la Critique, 5-9 décembre 2016, Moulin d’Andé-Céci, 65 rue du Moulin, 27430 Andé, www.moulinande.com.

visuels: photos officielles, photo ©Olivia Leboyer.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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