Soirée Dominique Besnehard aux Fauvettes, avec le sublime Pialat « A nos amours »

20 juin 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

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Hier, le cinéma Les Fauvettes organisait une soirée Dominique Besnehard, à l’occasion de la réédition de son excellent livre autobiographique Casino d’Hiver, co-écrit avec Jean-Pierre Lavoignat (collection J’ai lu). On le connaît agent, producteur, mais comment oublier le formidable acteur, chez Pialat ? En projetant A nos amours, les Fauvettes nous ont offert une soirée d’une intensité exceptionnelle.

Note de la rédaction :

A nos amours révélait la toute jeune Sandrine Bonnaire, renversante de naturel. Le film commence en chronique d’une éducation sentimentale, pour prendre une dimension presque monstrueuse, sauvage. Suzanne sort avec des garçons, glissant sans trop s’appesantir d’une aventure à l’autre. Quelque chose, chaque fois, la pousse à aller voir ailleurs. Entre son frère possessif et ombrageux (Dominique Besnehard), sa mère dépressive (Evelyne Ker) et, surtout, son père, brutal et entier (Maurice Pialat), elle étouffe. Ecrasante, puis absente, la figure du père cristallise toutes sortes de dérapages. Par deux fois, le père, apparition par excellence, entre dans la pièce, en ouvrant la porte. Pialat évite les explications psychologiques, nous plongeant directement dans le quotidien de cette famille où la violence et l’amour circulent en folie douce ou furieuse.

Comme un peintre, Pialat distille par touches ces débordements et autres contradictions : Suzanne est triste, mais les bras des hommes lui rendent, momentanément, l’apaisement ; le père aime les siens, mais les insulte avec férocité et les quitte sans ménagement ; le frère aime sa sœur et sa mère mais distribue les coups pour rafistoler sa drôle de famille. Suzanne s’interroge sur la longévité et la valeur des sentiments. Fait-elle partie du lot des personnes qui ne sont pas vraiment capables d’aimer ? Est-ce si simple ? Inattendus, francs et dérangeants, les dialogues entre la fille et son père nous touchent avec force.

Après la projection, Dominique Besnehard nous a régalés d’histoires émouvantes et drôles sur Maurice Pialat, d’anecdotes sur le tournages. Connaissant la famille Berri de l’intérieur, le jeune Dominique a abordé le rôle dans une position bizarre, à cheval entre la fiction et la réalité. L’acteur Pierre-Loup Rajot (magnétique et un peu trop rare), qui joue l’un des amants de Suzanne, a rejoint sur scène Dominique Besnehard. Il nous a émus vivement en racontant comment, croisant Pialat dans la rue des années après, celui-ci lui a proposé de manger avec lui : « -Non, j’ai déjà mangé », a-t-il répondu, « – Tant pis pour toi » a répliqué Pialat. Pierre-Loup Rajot n’avait, en fait, pas encore mangé. Pourquoi avoir décliné l’invitation ? « – Parce que j’étais trop heureux qu’il me le propose. » Un peu comme Pialat, la tendresse se dit ou se cache avec une brutalité souvent confondante, triste et belle.

Un film inoubliable et une soirée réconfortante. Nous ne saurions trop vous recommander la lecture du Casino d’Hiver de Dominique Besnehard, plein d’esprit, de tendresse et de beaux fantômes (« J’ai lu »).

A nos amours, de Maurice Pialat, France, 1983, 1h35, musique de Klaus Nomi, avec Sandrine Bonnaire, Dominique Besnehard, Evelyne Ker, Cyril Collard, Pierre-Loup Rajot, Christophe Odent, Valérie Schlumberger.

visuels: affiche et photo officielles du film.


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