Fictions

« Sous le soleil de Satan » de Bernanos : Histoires de curés

« Sous le soleil de Satan » de Bernanos : Histoires de curés

25 février 2019 | PAR Julien Coquet

Premier roman de l’écrivain catholique, Sous le soleil de Satan rend compte des tourments d’un prêtre confronté au Diable.

La scène est célèbre : alors que Maurice Pialat reçoit sous les huées la Palme d’or, en 1987, pour Sous le soleil de Satan, le réalisateur déclare : « Et si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Alors que Les Ailes du désir de Wim Wenders était donné favori, le jury récompensait à l’unanimité une œuvre difficile à la langue retorse. Et comment Pialat avait-il pu mettre en images la pensée de Bernanos, « un écrivain de la vision fulgurante plus que du récit » (Michel Crépu) ?

Le roman se décompose en trois actes. Dans le prologue, la jeune Germaine Malhorty, surnommée « Mouchette », tue d’un coup de fusil son amant, un marquis notable. Bernanos introduit ensuite son personnage principal : l’abbé Donissan. Un peu maladroit, peu sûr de lui, pratiquant la flagellation, Donissan est pur mais doute constamment de lui. En se rendant au village voisin, il est abordé par Satan lui-même qui le met à l’épreuve. Doté d’un don de vision à travers les êtres, Donissan essaye de sauver l’âme de Mouchette. Un acte fou le conduira à une retraite forcée à Lumbres.

La préface éclairante de Michel Crépu replace dans son cotexte l’œuvre écrite entre 1919 et 1926 et la difficulté qu’il y a à la lire aujourd’hui : « Pour le voir, il faut se déplacer, accepter d’être déplacé par lui, entrer dans un monde d’intensités inouïes dont on peut se demander, à la relecture, si elles sont encore audibles au lecteur du XXIème siècle ». En effet, dans une France déchristianisée, Sous le soleil de Satan a-t-il encore un impact ? Soulève-t-il encore des frissons chez le lecteur ? Il est permis d’en douter… La langue de Bernanos n’est pas abordable par le commun des lecteurs. Alors que Journal d’un curé de campagne (chef-d’œuvre !) possède une certaine netteté et un souffle romanesque, le premier roman de Bernanos s’enfonce dans les réflexions sur le Mal et la sainteté, car c’est là le cœur du roman. « La croyance repose, la transcendance bouleverse ». Certes, mais on aurait peut-être aimé une plume un peu plus reposante et moins obscure. Les questionnements sans fin, la multiplication des adjectifs, les quelques références à l’actualité (l’écrivain républicain Saint-Marin est une caricature d’Anatole France) alourdissent le roman. Sous le soleil de Satan est réservé aux esprits torturés, nous conseillerons plutôt Journal d’un curé de campagne.

« Ainsi que tu t’es vu toi-même tout à l’heure », avait dit l’affreux témoin. C’était ainsi. Il voyait. Il voyait de ses yeux de chair ce qui reste caché au plus pénétrant – à l’intuition la plus subtile – à la plus ferme déduction : une conscience humaine. Certes, notre propre nature nous est, partiellement, donnée ; nous nous connaissons sans doute un peu plus clairement qu’autrui, mais chacun doit descendre en soi-même et à mesure qu’il descend les ténèbres s’épaississent jusqu’au tuf obscur, au moi profond, où s’agitent les ombres des ancêtres, où mugit l’instinct, ainsi qu’une eau sous la terre. Et voilà… et voilà que ce misérable prêtre se trouvait soudain transporté au plus intime d’un autre être, sans doute à ce point même où porte le regard du Juge ».

Sous le soleil de Satan, Georges Bernanos, Folio classique Gallimard, 464 pages, 7,90€

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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