[Festival Biarritz Amérique latine] »El Presidente » Ricardo Darin incarne « le président normal » de l’Argentine

30 septembre 2017 Par
Olivia Leboyer
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sommet

Le réalisateur de Paulina se lance dans le film politique : primé par Arte, son El Presidente se révèle redoutablement brillant et efficace.

Voici une fiction politique très maligne, spirituelle, plutôt profonde. Pour incarner l’Argentine, l’acteur emblématique Ricardo Darin (Les neuf reines, Dans ses yeux, El aura, Les nouveaux sauvages : l’équivalent de Gérard Depardieu pour nous) ; pour incarner le Chili, Paulina Garcia (Gloria, Voix off) ; et même une apparition de Christian Slater pour incarner le chargé de mission américain !

Car toute la réflexion tourne autour de la question de l’incarnation : Herman Blanco (!) (Ricardo Darin) a été élu sur le slogan, très anti-fédéraliste, du « je suis comme vous ». Un homme simple, du peuple. Oui, mais capable de citer Marx et de reconnaître ses légitimes ambitions. Un homme trouble, plus complexe qu’il n’y paraît. Ce président normal participe à un sommet latino-américain sur l’autonomie énergétique. Logiquement, c’est le Brésil qui devrait imposer ses vues. A moins que d’autres alliances ne se nouent… Le Président mexicain a élaboré toute une stratégie, les Américains s’inquiètent et sont prêts à offrir beaucoup pour que l’Argentine suive leur plan. Comment exister au sommet ? Le public de Biarritz a éclaté de rire à la réplique bien sentie de l’émissaire américain Christian Slater : « Nous, un Président des Etats-Unis, on en a un, mais tous les Présidents du monde, comment voulez-vous qu’on les connaisse tous ? ». Ricardo Darin/Blanco va donc tenter de tirer son épingle du jeu : seulement, les sales affaires personnelles surgissent pile à ce moment. Son gendre est impliqué dans un mic-mac louche. Il fait venir sa fille en urgence au sommet chilien : mais, cette belle jeune femme dépressive se met soudain à avoir des réminiscences inquiétantes. Le passé refait surface, à contretemps, en plein milieu des sommets enneigés, juges implacables.

Sans temps morts, Santiago Mitre filme l’action politique au galop, tandis qu’un cheval récurrent figure la mauvaise conscience de celui qui, au-dessus de ses concitoyens, a peut-être brouillé la frontière entre le Bien et le Mal.

El Presidente, de Santiago Mitre, Argentine, 114 minutes, avec Ricardo Darin, Paulina Garcia, Dolores fonzi, Elena Anaya, Erica Rivas. Festival Biarritz Amérique latine, Hors compétition-fenêtre Arte. Sortie française le 3 janvier 2018.

visuels: affiche du Festival; photo officielle du film.