[Critique] Les chevaliers blancs : Vincent Lindon et Louise Bourgoin rejouent avec conviction le drame de l’Arche de Zoé

21 janvier 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Après le matricide dans terrible A perdre la raison (2012), le réalisateur belge Joachim Lafosse aborde encore un sujet douloureux. Sortant du huis clos pour filmer le désert, il s’inspire du procès de l’Arche de Zoé, association dont l’objectif annoncé était de permettre à des orphelins dans un Tchad en guerre de trouver des familles d’accueil en France et dont les membres ont condamnés en France pour « tentative d’enlèvement de mineurs ». Un film fort, porté par un Vincent Lindon toujours aussi extraordinaire. Un film très dur aussi, à intransigeant, à voir en salles.

Note de la rédaction :

En 2007, une douzaine de bénévoles de l’association L’Arche de Zoé débarque au Tchad avec pour mission de sauver et ramener en France des enfants orphelins. Leur mission est financée par des français désespérés d’adopter, la légalité et les agréments ne sont pas respectés, mais les membres de l’association ont pour eux la forte conviction de bien agir, de sauver des enfants et que la justice français en ne pourra pas renvoyer ces enfants une fois ceux-ci arrivés en France. Sur place, au Tchad, il mentent et disent installer un orphelinat où les enfants sont soignés, vaccinés et en sécurité. Ils demandent à des chefs de villages de leur envoyer des orphelins pour les protéger mais n’avouent jamais qu’ils comptent les ramener en France. Evidemment, impossible de dire si les enfants qui leur sont envoyés sont bien orphelins et s’ils ont en dessous de 5 ans, âge préférable pour les futurs parents qui ont financé cette mission privée. En octobre 2007, la police Tchadienne arrête les membres de l’association entrain d’enlever des enfants pou r les emmener vers la France.

Filmé au Maroc, dans le désert, au cœur d’une communauté tchadienne exilée, le film a une magnifique mise en scène, mais la caméra de Joachim Lafosse ne quitte jamais les silhouette et les visages de ses personnages principaux. A travers une demie douzaine de portraits de membres de l’association (et le portrait de leur guide plus détaché, joué par Réda Kateb, ainsi que celui d’une journaliste venue suivre l’opération en observatrice incarnée par Valérie Donzelli), Joachim Lafosse montre encore une fois et avec infiniment de rigueur comment « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Mettant en scène de manière implacables les débats et les discours « humanitaires » et en même temps de plus en plus faussés de bénévoles venus pour une bonne cause et qui finissent hors la loi et hors l’éthique, Lafosse réussit à créer un vrai malaise. Dans cet entreprise de moralisateur, au sens le plus noble du terme, il est magnifiquement aidé par ses acteurs, tous plus intenses les uns que les autres, au premier rangs desquels un Vincent Lindon qui n’en finit pas de nous subjuguer. Un film beau, fort et douloureux.

Les chevaliers blancs
, de Joachim Lafosse, avec Vincent Lindon, Louise bourgoin, Valérie Donzelli, Réda Kateb,Bintou Rimtobaye, France/ Belgique, 1h52. Le Pacte. Sortie le 20 janvier 2016.

Visuels : photos officielles du film.


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