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Benoît Jacquot : « Le premier, le seul et dernier râteau que Casanova ait pris en pleine poire ! »

Benoît Jacquot : « Le premier, le seul et dernier râteau que Casanova ait pris en pleine poire ! »

15 mars 2019 | PAR Gregory Marouze

Le cinéaste Benoît Jacquot revient sur Dernier Amour, film inspiré d’un épisode original, singulier des mémoires de Casanova. Vincent Lindon y incarne un Casanova vieillissant et vulnérable. Pour Toute La Culture, Benoît Jacquot a parlé de l’origine du film, du comédien et de sa vision de Casanova.  Sortie le 20 mars. 

Pourquoi avez-vous eu l’envie de faire un film sur Casanova ? Sur un Casanova vieillissant ? Et, avec dans le rôle-titre, Vincent Lindon ?

Benoît Jacquot : Je ne pensais pas faire un film sur Casanova. Mais il se trouve que Vincent Lindon, avec qui j’ai des liens extrêmement amicaux, avec qui j’ai déjà tourné plusieurs fois, m’a demandé avec la véhémence qu’on peut lui imaginer … c’est-à-dire que, quand je dis demander, c’est un mot un peu faible ! M’a quasiment « braqué » le rôle éventuel de Casanova en m’indiquant que c’était lui. Un point c’est tout ! Je l’aime énormément, je m’entends très très bien avec lui. Donc je me suis dit : pourquoi pas ! quand un acteur est à ce point persuadé et à ce point volontaire pour des raisons X, Y ou Z, pour prendre un rôle, c’est assez irrésistible pour quelqu’un qui filme. Si ce n’est pas n’importe quel acteur.

J’ai cherché ce que je pourrais bien faire dans les épisodes successifs qui composent ses mémoires et je me suis souvenu de cet épisode londonien qui concerne un Casanova déjà mûr. Puisqu’en réalité, il avait déjà une quarantaine d’années quand ça lui est arrivé. Donc moi, je l’ai vieilli d’une dizaine d’années. Et j’ai donc aiguillé le scénario, le chantier scénaristique, la production, et Vincent Lindon lui-même sur cette histoire-là.

Dans toute la vie de cet aventurier à tous égards qu’était Casanova, c’est le seul, l’unique, le premier, et sans doute le dernier râteau, qu’il ait pris en pleine poire ! C’est vrai qu’a fortiori, une fois décidé tout ça, l’idée de faire un film sur Casanova, d’après ses propres mémoires, mais qui s’attacherait, plutôt qu’aux conquêtes, aux clichés de Casanova, à un échec, à un échec amoureux à proprement parler, à quelque chose d’assez douloureux, s’est mise à me mobiliser, à m’intéresser réellement. Beaucoup ! Et Lindon aussi. Donc, à nous deux, on s’y est mis.

Avec ce film, avez-vous l’impression de comprendre davantage, ou moins (on se perd peut-être), le personnage de Casanova ? Avez-vous eu l’impression de le connaître plus intimement ou, peut-être, moins ?

C’est une question très forte mais pour y répondre exactement et honnêtement, c’est assez difficile parce que c’est immédiatement paradoxal ! Plus il s’éloigne, plus l’accès à une sorte d’intimité, d’identité réelle et authentique, s’éclaircit en quelque sorte. C’est à force d’opacité qu’il devient réel. Et donc, compréhensible en quelque sorte. Et connaissable. Fréquentable !

J’ai lu les Mémoires, très jeune. J’ai été immédiatement saisi par ce désir en actes, cette mobilité, cet appétit de vie, d’aventures de toutes sortes. Dans une langue, en plus, qui n’était pas la sienne, puisqu’il a choisi de l’écrire en français. De ne parler plus que le français. D’écrire ses Mémoires en français dès lors qu’il ne retournait plus chez lui. Et il se trouve que le français, la langue de l’écrivain Casanova, est absolument exceptionnel ! Tout ça est très énigmatique, très mystérieux. C’est un personnage qui ne ressemble à peu près à aucun autre. Il a très certainement des traits communs avec tous les aventuriers de l’époque. Il en rencontre, il en connaît. Mais on a gardé évidemment de lui l’image du séducteur irrésistible, du cavaleur frénétique.

Du coup, pour accéder à quelque chose d’intime chez lui et qui peut nous toucher, ça m’a paru une très bonne occasion de traiter, d’essayer de représenter, de faire quelque chose avec un épisode où justement, il sort du cliché qu’était le sien, y compris de son vivant. Puisque chaque fois qu’il apparaît quelque part, il apparaît avec ça ! Monsieur Casanova, celui qui a séduit Machine, Machine, celui qui a roulé Machin, Machin. Le joueur. Le bandit. Le voyageur. L’exilé. Tout ça à la fois ! Et qu’un personnage de jeune femme déroute tout ça et le mette devant quelque chose qu’il n’a jamais rencontré, à savoir que le temps passe, qu’on ne reste pas forcément le même, et qu’à un moment les choses ne se passent plus comme sur des roulettes, ça m’intéressait beaucoup. Du coup, on accède à quelque chose d’un peu vulnérable.

Interview de Grégory Marouzé réalisée à Lille le jeudi 28 février 2019.

Synopsis : Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire. 

Dernier Amour, de Benoît Jacquot

avec Vincent Lindon, Stacy Martin, …

Scénario :  Chantal Thomas, Jérôme Beaujour, Benoit Jacquot
D’après « Histoire de ma vie » de Giacomo Casanova
Image : Christophe Beaucarne
Son : Pierre Mertens, Paul Heymans, Olivier Goinard
Décors : Katia Wyszkop
Costumes : Pascaline Chavanne
Montage : Julia Grégory
Musique originale : Bruno Coulais

Durée 1h38

Sortie le 20 mars 2019

Remerciements cinéma Le Métropole de Lille et UGC Ciné Cité Lille.

Visuels Carole Bethuel, Les Films du Lendemain,  Diaphana Distribution 

Anne Teresa de Keersmaeker dans l’élan de Bach à l’Opéra de Paris
A l’Auditorium de Bordeaux, un ciné-concert “Sueurs froides” d’une vertigineuse beauté
Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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