[Critique] du film « Three billboards » Magnifique tragi-comédie noire, entre vengeance et pardon

29 janvier 2018 Par
Gilles Herail
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Martin McDonagh continue de tracer le sillon de son cinéma si particulier, à mi-chemin entre les frères Coen et Tarantino. 3 billboards succède brillamment aux déjà cultes Bons baisers de Bruges et 7 psychopathes, nous offrant un divertissement tragi-comique de très grande qualité. Qui offre à Frances McDormand l’un de plus beaux rôles de sa carrière. Notre critique.

Synopsis officiel: Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

three-bilboardsMartin McDonagh est un cinéaste rare et encore mal connu du grand public, malgré la côte d’amour dont bénéficient ses précédents films (auprès d’une poignée de fans). On retrouvait déjà dans Bons baisers de Bruges, L’Irlandais et 7 psychopathes cet univers si particulier. Un peu de l’absurdité pathétique des frères Coen. Un peu des explosions de violence graphique et de la truculence de Tarantino. Beaucoup de tragi-comique surtout, avec des scénarios sur le fil, passant du croquignolesque au mélodrame avec la même facilité.

Le réalisateur nous embarque cette fois aux côtés d’une mère endeuillée qui demande justice, prête à tout pour que le meurtrier de sa fille ne reste pas impuni. Une forte en gueule qui décide de frapper un grand coup, en remettant en cause l’efficacité de la police sur des espaces publicitaires rappelant un fait-divers abjecte que tout le monde souhaiterait oublier. Frances McDormand incarne avec toute sa gouaille et sa détermination cette femme plus crainte que respectée, qui va donner un méchant coup de pied dans la fourmilière d’une petite bourgade américaine faussement paisible. Dont les vieux démons vont brutalement se réveiller, alors que les « panneaux de la vengeance » exacerbent des tensions et une violence latente jusque là enfouies.

Martin McDonagh signe peut-être là son film le plus abouti, réunissant tout ce qui fait la rareté de son cinéma, en y ajoutant une ampleur inédite. Le casting est impérial: Frances McDormand, au sommet de son art, Woody Harrelson, incroyablement charismatique, Sam Rockwell, étonnant. 3 billboards est autant une histoire de vengeance que de pardon, une comédie noire qu’un mélodrame, une satire qu’un témoignage sincère désespéré. On rit beaucoup, on est intrigué, ému, transporté. De l’excellent cinéma, et un candidat sérieux pour les Oscars.

Gilles Hérail

Three Bilboards, les Panneaux de la vengeance, une tragicomédie de Martin McDonagh avec Frances McDormand, Woody Harrelson et Sam Rockwell, durée 1h56, sortie le 17/01/2018

Bande-annonce et visuels officiels.