Théâtre

L’Ouest solitaire : Bruno Solo et Dominique Pinon en frères sanguinaires au Marigny

22 septembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Ladislas Chollat met en scène une des pièces de la trilogie de Leenane du jeune dramaturge irlandais Martin McDonagh (par ailleurs réalisateur de A Bruges) au Théâtre Marigny. Une jolie performance sur fond de haine, d’alcool et de fond rance de religion joliment interprété par Bruno Solo et Dominique Pinon.

Dans la petite ville de Leenane dans l’Irlande des années 1990, le père Welsh (Pierre Berriau) a l’impression de faillir à tous ses devoirs d’homme d’Église : meurtres et suicides s’enchaînent et même l’équipe de football féminine qu’il a personnellement prise en charge triche et cogne au point de multiplier les cartons rouges. Quant aux jeunes écolières comme Girline (Elsa Rozenknop), elle n’hésitent pas à vendre de l’alcool pour se payer des fringues. La pièce commence après l’enterrement des deux frères Coleman. C’est par accident que l’ainé, Connor (Dominique Pinon tout en hyperbole), a tiré sur le vieil homme. Habillés pour la cérémonie, les deux frères invitent à conter-cœur le prêtre alcoolique à boire un verre chez eux. Mais ils oublient vite leur chagrin et le tristesse respectueuse qui serait de circonstance pour reprendre leurs querelles haineuses de vieux célibataires. Connor est extrêmement colérique et violent. Quant à son petit frère Valène (excellent Bruno Solo), son avarice l’étouffe, et il empêche son frère de toucher à son alcool ou à ses chips achetées au rabais. Derrière ces scènes de ménage quotidienne, l’on découvre une violence fratricide qui traumatise le père Welsh.

Dans une très belle scénographie parfaitement étouffante imaginée par Ladislas Chollat et Emmanuelle Roy, Solo et Pinon excellent à faire sentir en version française la bassesse d’âme de deux frères encroûtés dans leurs rancœurs. L’on rit beaucoup, mais jaune aux vacheries que s’envoient les deux frères. En figure de mystique raté et moqué, Pierre Berriau est touchant, tandis-qu’Elsa Rozenknop apporte un peu de fraicheur à ce théâtre de l’anti-catharsis, où les rots ,es « putain » et les titubements s’enchaînent avec une lenteur suffocante. Sur un rythme difficile à saisir, « L’ouest solitaire » dévoile les affres de l’âme humaine en province irlandaise. L’occasion de découvrir, magistralement interprétée, une pièce originale qui a été nominée pour les prestigieux Tony Awards Outre-Atlantique.

« L’Ouest solitaire », de Martin McDonagh, mise en scène Ladislas Chollat, avec Dominique Pinon, Bruno Solo, Pierre Berriau, Elsa Rozenknop. Assistant à la mise en scène : Grégory Vouland, Décors : Emmanuelle Roy, Lumières : Alban Sauve, Costumes : Christiane Chollat, Doby Broda, Musiques : Frédéric Norel.

 

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La SACD a décoré Nelly Kaplan
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “L’Ouest solitaire : Bruno Solo et Dominique Pinon en frères sanguinaires au Marigny”

Commentaire(s)

  • J’ai toujours plaisir à aller au théâtre à condition que la pièce et les acteurs forment un ensemble cohérent. On m’a dit beaucoup de bien de la pièce « L’ouest solitaire » avec le trop rare Dominique Pinon et Bruno Solo, que je connais comme acteur de cinéma, mais pas comme acteur de théâtre.

    J’avoue que je n’ai pas été déçu. Les acteurs sont absolument extraordinaires. Ils portent le spectacle sur leurs épaules et c’est du lourd ! (lire la suite sur mon blog http://fanchic2011.blogspot.com/2011/10/la-bassesse-humaine.html)

    novembre 1, 2011 at 13 h 08 min

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