[Critique] du film « Bad Moms » les mamans parfaites se libèrent de leurs chaines

8 août 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Bad Moms est une comédie exutoire qui vise à décomplexer les mères de l’incroyable pression qui pèse sur elles. Mila Kunis et Kristen Bell se sont voler la vedette par l’explosive Kathryn Hahn qui apporte une énergie dévastatrice et se livre à un one-woman show hilarant. Dans une farce régressive qui s’amuse à déconstruire le modèle parental et éducatif rêvé par la société américaine bien-pensante. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : En apparence, Amy a une vie parfaite : un mariage heureux, de beaux enfants et une carrière qui décolle. En réalité, elle se met tellement la pression pour être au top sur tous les fronts, qu’elle est sur le point de craquer.

La comédie américaine a perdu de sa superbe au box-office et s’exporte beaucoup moins bien qu’auparavant. Le public français en est resté à Ben Stiller et Eddie Murphy et ne s’est jamais approprié ses stars contemporaines (Will Ferrell, Steve Carell, Paul Rudd, Kevin Hart, etc.). En méconnaissant encore plus la nouvelle génération de comédiennes qui règnent désormais sur le comique US (Mélissa McCarthy, Tina Fey, Amy Poehler, Kristen Wig, Amy Schumer, etc.). Bad Moms se situe dans la lignée de Sisters et de Bridesmaids, transposant les codes des films de potes en conservant la vulgarité et le caractère régressif, tout en ajoutant une touche féminine. L’environnement n’est pas nouveau, une partie du public y sera réfractaire (nous en parlions à propos de Nos Pires Voisins 2) mais le résultat est une nouvelle fois ultra efficace. L’affiche souligne la filiation avec Very Bad Trip et annonce la couleur : les mamans parfaites en ont plus qu’assez et vont se libérer de leurs chaines (en faisant n’importe quoi).

Plusieurs films ont déjà tenté de dynamiter la représentation fantasmée de la mère parfaite, en racontant les dessous de la grossesse (Un heureux événement, Joséphine 2) ou en imaginant des mamans indignes (Tanguy, Papa ou Maman). Bad Moms se garde bien d’attaquer le sacro-saint sentiment maternel et décrit des mamans contentes de l’être, mais excédées par les attentes démesurées qui pèsent sur elles. Au sein du « Brave new world » des classes moyennes supérieures, ses banlieues huppées et son rêve éducatif et parental inatteignable. Un monde où les enfants doivent manger équilibré, faire du sport (tous les types), jouer plusieurs instruments, parler quinze langues et s’investir dans l’associatif, tout en réussissant leur épanouissement personnel. La pression des parents est avant tout celle des enfants, mis en compétition dès la maternelle, obsédés par leur réussite individuelle, sujets à un stress monstre et à l’angoisse de ne pas réussir.

Bad Moms parodie avec bonheur les luttes d’image, de réputation, de classe et de pouvoir qui régissent le contexte éducatif et le décor de l’école. Un terrain de jeux miné où tout le monde fait semblant, pour éviter d’être jugé et stigmatisé comme une « mauvaise mère ». Le scénario force le trait dans une peinture caustique de l’association des parents d’élèves, dirigée d’une main de fer par une Présidente qui fait régner la terreur du politiquement correct (géniale Christina Applegate, vue dans Anchorman). Une totalitariste de la culpabilisation qui va devoir affronter une adversaire de taille, Mila Kunis, revendiquant le droit de ne pas toujours être un parent idéal. Le fond est moins trivial qu’il n’en n’a l’air et l’analyse plus fine qu’il n’y parait, malgré les dix dernières minutes qui ne peuvent s’empêcher de tomber dans le didactisme lourdingue.

Le scénario a eu la bonne idée d’éviter le road-movie alcoolisé et s’amuse plutôt à transgresser les lieux du quotidien. La rébellion des mères passe ainsi par des petits riens qui deviennent d’hilarantes séquences grâce au montage et à l’implication des comédiennes. Une virée apocalyptique dans un supermarché, une grève des devoirs et du petit déjeuner, la redécouverte du sexe (grand moment d’apprentissage sur l’anatomie masculine). Et surtout un malin plaisir à verbaliser et à assumer les pensées les plus honteuses sur leurs enfants. Mila Kunis et Kristen Bell se défendent mais la vraie star de Bad Moms est bien Kathryn Hahn (Anchorman et Les Miller). Une comédienne brillante, à l’énergie folle, qui fait souffler un vent de folie et de libération et rend chacune de ses apparitions cultes. On se surprend à rire plus que franchement, et beaucoup plus régulièrement que dans la plupart des comédies US du millésime 2016. De l’efficacité, du rythme, des idées et un sujet de société : tout ce que l’on demande à ce genre de comédies.

Gilles Hérail

Bad Moms, une comédie américaine de Jon Lucas et Scott Moore avec Mila Kunis, Kristen Bell, Kathryn Hahn, Christina Applegate, Annie Mumolo, durée 1h38, sortie le 03/08/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film


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