[Cannes 2016, Quinzaine] « L’économie du couple » Bérénice Bejo et Cédric Kahn et la crise

13 mai 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

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Après Les chevaliers blancs, Joachim Lafosse livre un film resserré, très fort, sur un couple en pleine séparation. Co-écrit avec Mazarine Pingeot et Fanny Burdino, L’économie du couple montre sans fard la place de l’argent dans nos vies, et dans l’amour. Frappant, le film sonne juste. Ce matin, avec le très beau Neruda de Pablo Larrain, puis cet emballant L’économie du couple, bonne pioche à la Quinzaine.

Note de la rédaction :

Marie (Bérénice Bejo) et Boris (Cédric Kahn) ont apparemment tout : beauté, allure, deux adorables jumelles de dix ans et un superbe appartement-loft avec jardinet. Seulement, en-dessous, les choses sont comme gangrenées. Séparé, le couple vit en cohabitation forcée, tant que Boris n’a pas de travail suffisamment stable. Entrepreneur de travaux, il a toujours plus ou moins vécu aux crochets de Marie, qui possède l’appartement, un bien de famille. Entre eux, quinze ans de vie commune et un grand amour, que l’on ne peut effacer aussi simplement. Entre eux aussi, des dissensions, des cris, et de vives questions d’argent.

Martelées, tendues, les discussions abordent sans cesse, frontalement, la place de l’argent. Boris répète qu’il n’a pas à avoir honte, qu’il a d’ailleurs apporté au capital mobilier la valeur travail, en effectuant des travaux importants. A l’une des fillettes qui lui demande pourquoi il est moins riche que maman, Boris répond : « Riche ? Pour toi, c’est juste l’argent ? Il n’y a pas que ça, sinon c’est vraiment triste. Il y a riche d’amis, riche d’amour, riche d’idées ». Boris aime appuyer sur le fait que Marie est une héritière, une fille à papa. Reproche injuste car Marie, professeur, travaille. « Ce qui est à moi », cette revendication revient, occultant le « nous » mis à mal, fil perdu. Car, tout le long du film, on sent l’amour qui a existé, et qui existe encore, malgré tout, entre Marie et Boris. Une scène bouleversante, où toute la petite famille danse sur du Maître Gim’s, nous donne une idée de la tendresse qui les reliait jadis.

Mais ce court répit laisse place aux batailles de chiffres, aux évaluations. Le bel appartement, espace partagé, n’offre plus de refuge. Même la salle de bain n’est plus un lieu d’intimité. Sous le regard d’amis consternés, ou de sa mère (formidable Marthe Keller), assez désapprobatrice, Marie s’efforce de tenir sa ligne et de chasser Boris de sa sphère. « C’est terrible, j’ai l’impression que je ne l’ai jamais regardé de ma vie. Je ne sais plus le regarder », lance-t-elle, désemparée. Soudain, on ne reconnaît plus celui qu’on a aimé, ni soi-même, du coup. Tout le film parle d’argent et d’amour, difficile équation.

Il y a une grande âpreté et beaucoup de douceur dans ce film (le thème musical est très beau), où nombre de spectateurs se sont reconnus.

L’économie du couple, de Joachim Lafosse, France, 1h38, avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Margaux Soentjens, Jade Soentjens, Marthe Keller. La Quinzaine des Réalisateurs 2016, en compétition.

visuels: affiche officielle de la Quinzaine 2016, en une, photo ©Hugo Saadi: Joachim Lafosse, Bérénice Bejo et Cédric Kahn sur scène après la projection de ce matin.


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