Habitat et écologie : la fin du divorce (dixit J.L Borloo et la Cité de l’architecture)

13 mai 2009 Par
marie
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Ce matin, le ministre de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement Durable, Jean Louis Borloo, proclamait la fin du « divorce » entre la « nature » et « l’architecture » et célébrait « la nouvelle écriture de l’homme et du bâti ». La Cité de l’architecture vernissait en grandes pompes (vertes) sa nouvelle exposition « Habiter écologique, quelles architectes pour une ville durable ». Tout un programme…

Fidèle à de durables habitudes, la Cité de l’architecture n’a pas fait pas, pour une exposition dont le sujet a pourtant vocationhabitat-ecolo à toucher un large public, dans la vulgarisation. Fière de son nom, elle s’est adressée à des architectes, des urbanistes et autres bobos érudits, et, pire encore, elle a pris le pli, courant mais non moins énervant, de partir des concepts pour arriver aux faits réels. Pour un sujet aussi terre-à-terre que l’habitat, une telle méthode, si élégante soit-elle, déconcerte. Dès son arrivée, le visiteur est plongé dans de grandes et pompeuses expressions telles que « approche holistique de l’architecture » ou de jolies titres comme « l’écologie comme une évidence », « Allons-nous vers un effondrement du modèle de société occidentale  ? »

Passé ces panneaux très sciences pipos, l’expo reparcourt l’Histoire de l’habitat écologique : suite à leur divorce, l’architecture et la nature ont mis plus d’un siècle (le XXe ) pour se retrouver et, dans cette histoire de couple mouvementée, la fin des années 60 et le début des années 70 ont été particulièrement décisives pour  un tel  rapprochement. En 1980 en France, l’Etat décide de mettre la main à la patte –« Après la crise pétrolière, le ministère de l’Ecologie et du cadre de vie s’engage pour les énergies renouvelables »- tandis que dans les têtes des intellectuels de gauche, fleurissent les théories de l’écologie politique, et notamment la « décroissance » de Serge Latouche.

Quelques chocs pétroliers et une importante crise économique plus tard, une fois ces fondations intellectuelles posées, l’exposition s’embarque sur le terrain mais toujours par panneaux dans les maisons des architectes précurseurs en matière d’habitat  écologique : précurseurs des précurseurs l’américain Frank Lloyd Wright (1867-1959) prône une architecture « organique », tandis qu’Alvar Aalto (1898-1976) dénonce les effets nocifs d’une « architecture standardisée ». Habitats géniaux, ultra-fonctionnels et quai mystiques, ces maisons sont des laboratoires de laboratoires, des prototypes qhabités uniquement par leurs concepteurs et, à la limite, (ce qui fut le cas pour Wright) ses disciples.

Ce fut peut-être dans certaines de ces « maisons ateliers » qu’ont été pensées les habitats écologiques à l’honneur de cette visite, que ces derniers aient déjà intégrés le paysage (les maisons vanilles de Montpellier, les maisons bioclimatiques de Saint Cloud, ou cette maison du Rhône enterré dans une colline et dans laquelle la lumière ne vient que du dessus), qu’ils soient encore à l’état de papiers, ou en cours de construction. Adaptables, les immeubles du futur le sont pour les personnes qui l’habitent -leurs pièces modulabes sont utilisées au gré des humeurs et des saisons-, et pour leur environnement  : ils se fondent dans les bois comme le Scenoparc 10 du Cantal, ou, en jolis joints, entre deux immeubles anciens. Et cette intégration, ce mariage harmonieux du bâti à la nature que l’ère industrielle avait estimé caduque, rend obsolète la notion de fermeture : utiles comme jardins « bio » et collectifs les toits ne sont pas seulement des couvertures tandis que sur les murs, désormais aussi perméables et élastiques que des peaux, glissent des « lierres solaires », plantes toute humaines productrices d’énergie renouvelable…

lierres-solaires« Mon sentiment du mur, ce n’est plus la paroi d’une boîte. C’était une clôture de l’espace donnant, seulement quand il en était besoin, une protection contre la tempête ou la chaleur. Mais elle devait aussi faire entrer dans la maison le monde extérieur. C’est dans ce sens que je travaillais le mur et l’amenais vers la fonction d’un écran, un moyen d’ouvrir l’espace qui, à mesure que s’accusait notre maîtrise sur les matériaux de construction, allait finalement permettre la libre utilisation de l’espace tout entier sans affecter la solidité de la construction… la maison commençait à s’associer au terrain et à devenir naturelle à son emplacement sur la prairie. »

Wright peut parler et les architectes versifier, à son tour le visiteur s’est  réconcilié avec la Cité.

Crédit photo ci dessus : Hérault-Arnold

Cité de l’architecture & du patrimoine, Galerie haute des expositions temporaires, Palais de Chaillot
1 place du Trocadéro, 75116 Paris, Jusqu’au 1er novembre 2009, Plein tarif : 8 € / Tarif réduit : 5 € (gratuit pour les – 12 ans)Ouverture tous les jours de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h, fermeture le mardi. Pour les enfants, l’exposition complémentaire « N’en jetez plus et habitez écologique » est prévue.
Entrée payante, 1% du prix de vente des billets sera reversé à la Fondation Abbé Pierre

En ce moment à la cité de l’architecture et du patrimoine, l’exposition (gratuite) sur le Grand Paris ( pour lire notre critique et pour les renseignements pratiques cliquez ici)