Règles et politique : 4 commandements aux mains des femmes

8 mars 2016 Par Amel Bouziani | 0 commentaires

Pour ce dossier spécial « Journée de La Femme », nous souhaitions aborder un sujet défendu : il s’agit du sang, plus précisément, des Règles. Et si la culture reste très frileuse à aborder ce sujet frontalement, la sphère politique, elle, semble de plus en plus avoir de « règles », pour aborder les règles : de la taxe tampon au congé mensuel, petit tour des préoccupations politiques nouvelles qu’occasionnent les règles. 

Dans l’espace public, parler de règles est souvent mal-perçu, voire interdit. Ce n’est pas très correct ou bien c’est « sale ». Traditions, religions ont dressé un mur contre ce sujet qui s’est étendu jusqu’au divertissement culturel. Que ce soit dans le spectacle vivant, la musique ou même en bandes-dessinées, le cycle menstruel et ses méfaits se fait quasi rarement. Même pour les évoquer, les règles sont enjolivées de métaphores toutes plus fantasques les unes que les autres : « les anglais ont débarqué », « la saison des fraises », « la visite du petit chaperon rouge » ou le très enfantin « ragnagna ».

De nombreux débats ont permis de concilier droits, politique et règles comme le droit de savoir de quoi sont composés nos tampons ? La « taxe tampon », pourquoi cela existe ? Un droit au congé pour les premiers jours de règles en entreprises ? Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de la journée internationale des Droits de la Femme, plus que le raccourcis « Journée de La Femme ». Il est temps pour les femmes de se rebeller, de briser les tabous et de se faire entendre ! On ne s’en « tamponne » pas. Il est temps d’imposer des « règles ».

Règle 1 – Composants tu devras connaître

Dès les premières gouttes, une serviette ou un tampon mis en place pour protéger les vêtements, tel est le rituel de millions de femmes indisposées dans le Monde. Un geste plus que banal. Mais que savons-nous vraiment de leur fabrication ? Pourquoi est-il si difficile d’obtenir leurs compositions ?

#BonjourTampaxOùestLaCompositionDeVosTampons : ce long hashtag est créée par Mélanie Doerflinger, étudiante de 20 ans. Suite au témoignage d’une mannequin, Lauren Wasser, l’étudiante a été profondément choquée. Cette jeune femme a perdu sa jambe droite à la suite d’une infection appelée « syndrome du choc toxique » (SCT) provoquée par le port d’un tampon. Mélanie est une femme volontaire, avec beaucoup de crans, elle a comme but de faire « cramper » la marque Tampax. Celle-ci refuse de rendre visible les composants de ses protections hygiéniques sur ses paquets.  L’excuse : pas assez de place. Une pétition est lancée, sur change.org en juillet 2015. Mélanie a pu rassembler plus de 220 000 signatures à ce jour. Objectif : 300 000. Elle est soutenue par le magazine 60 millions de consommateurs, les supers connasses, Mémé dans les Orties et autres associations féministes.

Le fait d’avoir enfin les compositions visibles pourrait aider à  briser le tabou des règles sur la place publique. Une des choses les plus naturelles au monde qu’est le cycle menstruel est devenue un sujet repoussoir. Il en est assez d’entendre qu’avoir mal aux ovaires est normal ! De voir dans les pubs des femmes pleines d’énergie ou prouver l’étanchéité de la serviette illustrée par des gouttes bleues. Trop de mensonges à bannir surtout qu’il s’agit de la santé de millions de femmes en jeu. Le risque cancérigène est important mais on préfère taire pour l’intérêt du profit.

La page Tampax.fr a publié ses compositions, mais est-ce suffisant ? Les autres marques feront-elles de même ?

Règle 2 – Plus d’hygiène tu réclameras

Et si les hommes avaient leurs règles comment ça se passerait ? Lorsque le débat avait été lancé sur les réseaux sociaux, certains en rigolaient, d’autres prenaient le sujet à coeur : « ils auraient des congés payés », « les tampons et serviettes seraient remboursés par la sécurité sociale ». Une série de vidéos ont été publiées en ligne par l’ONG Wateraid qui a imaginé un monde où les hommes seraient indisposés. Ils créent la publicité « MANPONS » qui joue de manière habile sur les clichés de pubs qui ciblent les hommes comme par exemple celles pour les rasoirs (effets spéciaux, grosse voix bien virile, les prouesses de la science pour un tampon parfait). Ce n’est même plus question de   « cadeau de dame nature ».


Si les hommes avaient leurs règles….. par LeHuffPost

Mais cette vidéo a surtout pour but d’amener les gens à signer la pétition : pour donner un meilleur accès d’hygiène.  Selon Wateraid, plus de 2,5 milliards de personnes sur terre n’ont pas accès aux toilettes et ce sont surtout les Femmes qui sont le plus touchées par ce problème d’assainissements. Il faut aussi penser aux femmes sans abri qui font face aux difficultés du cycle menstruel. Une campagne est lancée par trois femmes britanniques avec titre : #thehomelessperiod. Une pétition de leur part a réuni des milliers de signatures afin que les femmes sans-abris aient de quoi se protéger.

Règle 3 – La taxe « tampon » tu lutteras contre

Pour prendre du porte-monnaie, plutôt que de se soucier de la santé, le gouvernement préfère augmenter la « taxe tampon » (comme si ce n’était pas assez cher) avec un taux plein à 20% sur les protections périodiques. Heureusement les frondeuses, le collectif Georgette Sand, a adressé en février 2015 au ministre des Finances, Michel Sapin une pétition afin d’en demander la baisse. Elle a rassemblé plus de 17 000 signatures à ce jour afin de baisser le taux à 5,5%. En décembre 2015, le « oui » a été prononcé, la baisse a bien été votée. Depuis le 1er janvier, les protections hygiéniques féminines bénéficient du taux de 5,5%, la suppression totale de cette taxe pourrait apporter un gain de pouvoir d’achat, en théorie en baisse de 12,1% ! L’objectif Transition est un site qui permet de vérifier les prix et si la baisse a bien été effectuée partout en France. Le site s’appelle TaxeTampon et en participant vous pourrez dénoncer quelconque abus. Les règles ne concernent pas que la gente féminine, les hommes peuvent aussi cliquer « je participe » et aider les femmes.

Il est intéressant de voir comment les règles sont parvenus jusqu’à être un débat dans l’Assemblée Nationale et comment le tabou des règles a migré comme objet politique et économique. D’ailleurs, même Obama s’était exprimé à ce sujet, jugeant cette taxe dérisoire, dans une interview qu’il a donné le 15 janvier à la Maison Blanche.

Obama discute de la « tampon tax » avec Ingrid Nilsen

Règle 4 – Congé « spécial règles »tu demanderas

Une entreprise qui offre une journée de congé voire une semaine pour cause de règles, cela fait rêver. Et bien, une entreprise anglaise a relevé le défi ! Pour le bien-être de ses employées, l’entreprise Coexist, basée à Bristol, propose d’organiser le temps de travail en fonction des menstruations de ses salariées. Enfin le tabou des règles douloureuses au travail est soulevé ! Il faut une nouvelle fois le préciser : avoir des règles douloureuses ce n’est pas normal. 8 femmes sur 10 subissent des transformations corporelles pendant leurs menstruations et 3 à 10% ressentent des syndromes prémenstruels violents : douleurs, très grande fatigue, troubles psychologiques comme la dévalorisation de soi, il y a aussi le besoin de s’allonger, de se réchauffer le bas du ventre. Ainsi, sur son effectif de 24 personnes, la société Coexist laisse ses 17 femmes pouvoir choisir entre deux solutions : soit travailler à leur domicile ou prendre un ou deux jours de congés. La politique « spécial règles » n’a pas encore été mise en place mais un séminaire intitulé : s’engager pour une politique des règles : valoriser les cycles naturels au travail. Organisé le 15 mars prochain, 50 entreprises seront au rendez-vous.

Visuel – tampon © libreexpression.org


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